

COLLOQUE INTERNATIONAL
14-15 mars 2010
« Mouloud Feraoun. L'Instituteur-écrivain humaniste.
Aselmad-Amyaru n ggul »
Initié et organisé par
Boussad BERRICHI (Univ. Canada)
dans le cadre du festival du film amazigh
à Tizi-Ouzou (Kabylie, Algérie)
« Durant la guerre implacable qui ensanglanta la terre d'Algérie, Mouloud Feraoun a porté aux yeux du monde, à l'instar de Mammeri, Dib, Kateb et quelques autres, les profondes souffrances et les espoirs tenaces de son peuple. Parce que son témoignage a refusé d'être manichéiste, d'aucun y ont vu un témoignage hésitant ou timoré. C'est en réalité un témoignage profondément humain et humaniste par son poids de sensibilité, de scepticisme et de vérité.» Tahar Djaout
I. Argumentaire
1. Préambule
Mouloud Feraoun est né en 1913 à Tizi Hibel, en Haute Kabylie. Comme sa famille était très pauvre, c'est à l'aide d'une bourse qu'il réussit à commencer et continuer ses études, pour devenir instituteur, en 1935. Il a enseigné dans différents postes en Algérie, puis a été nommé inspecteur des centres sociaux. Il a été coauteur du premier livre de lecture de l'Algérie indépendante, l'Ami fidèle. Il a été assassiné le 15 mars 1962 avec ses amis dans la cour d'un centre social, par un commando de l'OAS (Organisation armée secrète).
M. Feraoun a laissé une oeuvre dans laquelle il traduit l'âme de sa société et à travers elle celle de tous les autochtones colonisés. Selon la critique universitaire, il apparaît comme un pionnier de la littérature francophone de Tamazgha (Afrique du nord) mais aussi comme un témoin essentiel. Son premier roman Le fils du pauvre (roman, Le Puy, Cahiers du Nouvel Humanisme, 1950) est devenu un classique. D'autres oeuvres ont suivi : La Terre et le sang (roman, Paris, Le Seuil, 1953) ; Jours de Kabylie (Alger, Baconnier, 1954) ; Les chemins qui montent (roman, Paris, Le Seuil, 1957). Il a publié une étude sur le grand poète Si Mohand sous le titre Poèmes de Si Mohand (Paris, éd. de Minuit, 1960 ; Journal 1955-1962 (Paris, Le Seuil, 1962), paru juste après sa mort ; Lettres à ses amis (Paris, Le Seuil, 1969) ; L'Anniversaire (Paris, Le Seuil, 1972). Il a collaboré à plusieurs périodiques dont Journal des instituteurs de l'Afrique du Nord, Soleil et Algeria, de quatre manuels scolaires de l'enseignement élémentaire, L'Ami Fidèle, et d'un roman (inédit) La Cité des roses paru en 2007 à Alger. Son oeuvre reste unique par l'humanisme, la bonté et la sérénité qu'elle dégage. Elle s'exprime dans une langue limpide, directe et accessible. L'auteur a toujours oeuvré pour offrir à ses lecteurs un monde authentique pour dire l'amitié et la fraternité entre les hommes et femmes. Aussi bien n'oublions-nous pas qu'une des plus belles définitions qui soit donnée de l'humanisme est celle de l'écrivain Térence, ancêtre de Feraoun, il y a 2000 ans : « Homo sum, humani nihil a me alienum puto » (Je suis homme, rien de ce qui est humain ne m'est étranger).
2. Problématique
Dans son oeuvre, M. Feraoun raconte sans détours des souvenirs de son enfance, de sa jeunesse, de son parcours d'instituteur, décrit les siens et donne une leçon d'histoire sur son époque. Et le discours social qui traverse son oeuvre reflète celui de sa société. Nous nous remarquons que les événements rapportés dans ses textes ont des ancrages dans l'histoire et que la diégèse se mêle et se confond parfois avec la trajectoire de l'auteur. Le réalisme littéraire a rapproché l'oeuvre romanesque de la réalité en conférant aux oeuvres une certaine socialité ; néanmoins, comme toute organisation sociale, la société d'une oeuvre littéraire tient sur elle-même des propos du discours social. L'auteur et son oeuvre sont inscrits au coeur même d'une Histoire en plein changement, ils ne pouvaient laisser indifférents.
Cette journée d'études s'interrogera sur : Pourquoi Mouloud Feraoun? Que représente M. Feraoun pour un lecteur d'aujourd'hui ? Quarante neuf ans après la mort de l'auteur, qu'en est-il de la réception de son oeuvre? Pourquoi certaines oeuvres de l'auteur sont devenues des classiques dans les études littéraires? Comment peut-on lire M. Feraoun à la lumière de l'actualité régionale (Tamazgha) et internationale : immigrations-émigrations, identité(s), interculturalité-transculturalité, rapport à l'autre, guerres, conflits, …etc ?
Enfin, que faudrait-il comprendre par "instituteur-écrivain humaniste"? Par quoi ce Colloque sur M. Feraoun se différencie-t-il des autres manifestations scientifiques? Et surtout, quels sont les outils indispensables à l'analyse de la trajectoire de l'auteur et de son oeuvre? Ce sont des questions majeures auxquelles ce Colloque tentera d'apporter des réponses - et préconisera d'autres stratégies de lectures des oeuvres littéraires et autres textes d'hier, d'aujourd'hui… et à venir…
Boussad BERRICHI (Canada)
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