Fabula, la recherche en littérature (agenda)

Matérialités et immatérialité de l'église au Moyen Age

Evénement

Information publiée le jeudi 1 juillet 2010 par Alexandre Gefen (source : Stéphanie Diane DAUSSY)

Du 22 octobre 2010 au 23 octobre 2010, Bucarest, New Europe College (2 jours)

Si l'expérience des matériaux et de la matérialité est intense à chaque époque de création, il revient au Moyen Age d'avoir cherché à l'articuler explicitement sur une expérience plus complexe d'immatérialité. De l'une à l'autre se développe, durant le Moyen Age, une pensée de la « continuité discontinue », de la tension entre séparation et communication du matériel et de l'immatériel. Que cette tension soit pensée comme participation du premier au second ou seulement comme réflexion de l'invisible dans le visible, l'accent tombe sur la communication dans les philosophies néoplatoniciennes, relayées par les théologies immanentistes ; il est mis sur la séparation dans les théologies – parfois dominantes – plus soucieuses d'établir une rupture entre les deux mondes. Partant du constat qu'il n'y a pas de distance infranchissable entre la matière et l'immatérialité, entre l'humain et le divin, il s'agit de savoir ce que le Moyen Age entend par immatérialité et comment le lien se fait avec la matière. Comment aussi la matière est reçue et travaillée comme une potentialité de son contraire. Tout en évitant de confondre les deux pôles du matériel et de l'immatériel, on se gardera tout autant de les séparer, comme trop souvent on le constate quand les diverses sciences s'ignorent l'une l'autre. L'objet de ce colloque pluridisciplinaire est de penser la matérialité comme une puissance (signe, symbole, trace, promesse… ?) d'immatérialité.

On entendra les matérialités au sens large de réalités concrètes, visibles : tout objet tangible comme un texte, une image, une architecture, un chantier, une orfèvrerie, un objet cultuel, un livre, une sculpture, et même un rituel, un genre littéraire, un programme iconographique, une procédure juridique, un contrat etc. Le pluriel est l'indicatif d'une grande ouverture.

Il est sans doute plus difficile de préciser a priori la définition de l'immatérialité, sinon comme le résultat du travail des artisans/artistes/penseurs/écrivains qui, partant d'une matière brute, parviennent à une oeuvre dont l'aura excède manifestement la seule littéralité des mots, des images, des constructions, des espaces. Sans doute que la tension entre le visible et l'invisible est déjà un indicateur de cette réalité autre (en particulier dans les phénomènes de visions et de visionnaires). Plus subtilement, l'intervention des thèmes iconographiques dans la commande et la réception des oeuvres relève de ce dialogue entre l'intention et la signification officielle ou parallèle qui ne peut se faire sans le support d'un objet précis ; il serait utile d'envisager, dans ce contexte, les rapports entre les tendances théologiques médiévales occidentales et orientales quant aux modalités d'approche des matérialités. Le fait de montrer et de cacher en même temps (ou de ne montrer que dans des circonstances particulières) relève-t-il d'une volonté d'évoquer un mystère avec retenue et de recharger la quête du sacré menacé par la profanation du regard ? Peut-on identifier des stratégies par lesquelles les images marquent les seuils et les limites de l'espace sacré, l'installation des images dans un livre ou dans un lieu, le simple fait d'écrire, les usages de voiler et de révéler, de lire à haute voix ou au contraire de tenir en silence des textes entiers, d'approcher l'absence tout autant que la présence, de ne disposer bien souvent que de restes ou de reliques pour évoquer des totalités disparues ou sublimées, constituent autant de pistes de travail permettant d'appréhender comment s'opère cette médiation entre un « matériau » et sa formulation esthétique, spirituelle, incorporelle. On pourrait déjà avancer que la quête de la lumière en toutes choses de la création est l'expression de ce désir de voir Dieu incarné et invisible à la fois. Dans notre réflexion sur la représentation de l'invisible il faudra accorder une place importante à la figuration de l'église comme lieu de culte, corps mystique du Christ, communauté des chrétiens, symbole de l'Univers, ainsi qu'aux pratiques liturgiques, telles qu'elles se retrouvent dans la littérature.

Il nous a semblé opportun d'explorer cette voie qui peut renouveler l'étude plus éprouvée des techniques afin de redonner à la poésie, à la symbolique, à l'interprétation, à la contemplation, le dernier mot des entreprises artistiques médiévales. Les approches orientales et occidentales seront exposées. Les théories contemporaines viendront utilement questionner les pensées médiévales traditionnelles ou déjà soucieuses de modernité.

Pour néanmoins s'assurer prudemment d'une convergence de communications, il est proposé de se limiter à tout ce qui touche l'église, tant dans son objet monumental ou ses ornements, que dans sa représentation ou sa citation littéraire, ou même sa métaphore, sans oublier la compréhension du phénomène ecclésial dans les autres religions que la religion chrétienne.


Responsable : New Europe College/ CEM Bucarest / Univ. Lille3

Url de référence :
http://irhis.recherche.univ-lille3.fr/dossierPDF/C-Bucarest%202010.pdf

Adresse : 147 rue du général Leclerc59134 Fournes-en-Weppes



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