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M. Fumaroli, Paris-New York et retour. Voyage dans les arts et les images

Parution livre

Information publiée le dimanche 3 mai 2009 par Marc Escola



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Paris-New York et retour - Voyage dans les arts et les images
Marc Fumaroli


Paru le : 18/03/2009
Editeur : Fayard
ISBN : 978-2-213-62483-9
EAN : 9782213624839
Nb. de pages : 634 pages

Prix éditeur : 26,00€


Quelqu'un, un beau matin, se réveille en pleine rue et s'aperçoit que les images publicitaires qui prolifèrent autour de lui et qui lui ont toujours semblé innocentes, ne le sont pas autant que cela.

Et si les hommes ressemblaient à l'image qu'ils se donnent d'eux-mêmes ? Ainsi commence, par ce déclic apparemment infime, un sinueux voyage dans le temps et dans l'espace, à partir de deux bases de départ successives, New York et Paris : New York, la capitale des images modernes et contemporaines, et Paris, la capitale par excellence des arts de la " Vieille Europe ". Enquête historique dans le temps relativement court des États-Unis et de sa formidable industrie des images, pèlerinage aussi dans le temps long de la France et de l'Europe des arts visuels, de l'Antiquité gréco-romaine à nos jours, de son Orient byzantin à son Occident d'Amérique latine, cette exploration à facettes de l'univers européen de la vue devient peu à peu l'itinéraire d'une conversion.

Une conversion à l'éternel retour de la beauté. Seule la beauté a rendu et peut rendre l'homme à lui-même et le monde humain habitable en les invitant à participer de la nature et de la grâce et à se libérer du vampirisme d'images-mirages, d'images-idoles, qui ne laissent sur leur passage, comme un vol de sauterelles, qu'un désert globalisé et privé de feuillage.

*  *  *

Dans Le Monde des livres du 2/5/9, on pouvait lire un article sur cet ouvrage:

"

Critique "Paris-New York et retour. Voyage dans les arts et les images", de Marc Fumaroli : feu le génie artistique LE MONDE DES LIVRES | 30.04.09 | 10h44  •  Mis à jour le 30.04.09 | 10h44
ongtemps, j'ai attendu le 63 à Paris dans les Abribus Decaux sans remarquer qu'ils ne se contentaient pas de protéger de la pluie", écrit Marc Fumaroli en guise d'introduction à son voyage à travers "les arts et les images". Un matin de septembre 2007, les Abribus lui apparurent comme les "vraies Expositions universelles de notre temps, des Crystal Palace en miniature", sorte de "Musée imaginaire" passé aux mains de publicitaires n'hésitant pas à utiliser un tableau de Van Gogh pour vendre des écrans Samsung.

Surprenante révélation pour ce spécialiste de la rhétorique à l'âge classique, professeur honoraire au Collège de France et académicien ? Pas vraiment : en 1991 déjà, il publiait L'Etat culturel, violent réquisitoire contre la démocratisation de l'art. Il y stigmatisait la confusion entre "loisirs de masse" et "oeuvres de l'esprit" qu'impliquait selon lui un tel volontarisme politique, contraire au "génie" national.

Paris-New York et retour redéploie aujourd'hui les thèses de ce premier brûlot, et ce à la fois dans le temps et dans l'espace. Nouveau "paysan" des grandes capitales culturelles, Fumaroli y tient le journal de ses flâneries, de ses visites et de ses lectures durant une saison new-yorkaise suivie d'un semestre parisien, multipliant les va-et-vient entre civilisation américaine et histoire européenne, les allers-retours entre actualité culturelle et mémoire savante, les oscillations entre marchandises "low brow" (populaires, massifiées), et références très "high brow" (élitistes, intellos).

Mais derrière le désordre d'un texte écrit "à sauts et à gambades" se dessine une thèse : aux yeux de Fumaroli, la perte d'aura subie par les oeuvres d'art, que Walter Benjamin avait diagnostiquée à une époque où la reproductibilité technique ne bénéficiait pas encore des ressources d'Internet et de la numérisation, est aujourd'hui arrivée à son terme. Plus rien ne distingue l'art dit "contemporain" du flux d'images dont nous bombardent les revues, les affiches et les écrans qui rythment notre consommation. Aussi le destin du modernisme en art est-il, selon lui, à chercher chez Balzac : tel Frenhofer, le personnage en quête d'absolu d'Un chef-d'oeuvre inconnu, les peintres auraient répondu à la concurrence de la photographie et du cinéma. Rejetant en bloc tout académisme, ils auraient épuisé leur art à force de coups d'éclats où la polémique fait office de publicité et où l'exégèse savante n'est jamais en reste sur les surenchères marchandes. Pour l'auteur, l'art contemporain n'est plus qu'une extension illimitée et vide des practical jokes de Marcel Duchamp, un cocktail de marketing et d'"entertainment" dont le saint patron serait le grand entrepreneur de spectacles Phineas Taylor Barnum. Celui-ci ne fut-il pas le premier à deviner "que la catégorie esthétique appelée à supplanter toutes les autres serait l'intéressant" ?

La charge est souvent féroce et les jugements à l'emporte-pièce ne manquent pas. Ainsi de la victoire de Barack Obama (possible à l'époque où Fumaroli écrivait son journal), qui ne serait pour l'essentiel que l'effet d'une "magistrale stratégie de blockbuster" - l'analyse politique est un peu courte. Ou du chapitre consacré à André Malraux, principal accusé dans L'Etat culturel : malgré l'édition en Pléiade des Ecrits sur l'art, Marc Fumaroli avoue n'avoir relu que Le Musée imaginaire, n'ayant "jamais eu la force de (s')aventurer, autrement qu'en diagonale, dans les suites de l'épisode initial de la gnose de l'art". Une telle hostilité de principe explique peut-être qu'il puisse reconnaître chez l'incriminé une "inspiration antibourgeoise, anticapitaliste, jacobine et marxiste", qui étonnera certainement plus d'un spécialiste...

PASSION ET NAUSÉE

La vigueur polémique de cet essai risque toutefois d'en masquer l'importance : Fumaroli y déconstruit la thèse naguère avancée par l'historien de l'art Serge Guilbaut, selon laquelle New York aurait volé l'idée d'art moderne à Paris. A cette idée de succession, Fumaroli oppose la solution de continuité : l'imagerie contemporaine émise par les Etats-Unis ne doit plus grand-chose à la longue histoire de son aînée européenne. S'il y a danger à s'aligner actuellement sur les valeurs cotées à New York, Londres ou Shanghaï, dit-il, c'est parce que le marché, devenu le seul prescripteur de légitimité, ignore ce soubassement social et intellectuel dont se nourrissait autrefois l'art (y compris durant l'entre-deux-guerres, lorsque le modernisme faisait rage à Paris) et que Marc Fumaroli nomme en reprenant un terme latin : otium.

Vrai repos, suspens attentif, l'otium est une forme de loisir voué aux choses de l'esprit, la mise entre parenthèses du negotium (le commerce) au profit de la vie contemplative, une "sphère de surcroît, un temps de luxe, un arrière-pays étranger à l'inertie comme à la mobilisation, où le libre jeu de l'esprit, des émotions, de la main artiste, explore ce qui reste caché à la vue pressée ou distraite". C'est un tel arrière-plan social et culturel qui ferait à présent défaut aux pourvoyeurs de l'art contemporain, voués à combler ce manque par un surcroît de consommation et de communication.

Oeuvrant à l'archéologie de ce "socle enfoui, mais présent" d'une culture européenne ayant longtemps pratiqué les mérites de l'otium, Marc Fumaroli observe en spécialiste de la tradition rhétorique le culte contemporain des reproductions industrielles, "reflets passifs de l'éphémère", aussi partagé à l'égard des arts visuels que l'était Baudelaire, chez qui une "grande", une "unique", une "primitive passion" pour les images le disputait à une "immense nausée des affiches".

PARIS-NEW YORK ET RETOUR. VOYAGE DANS LES ARTS ET LES IMAGES de Marc Fumaroli. Fayard, 634 p., 26 €.
Jean-Louis Jeannelle Article paru dans l'édition du 02.05.09

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Voir aussi le compte rendu de Philippe Rousselot, "Fumaroli tout à loisir" sur le site nonfiction.fr




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