


Lise Schreier
Seul dans l'Orient lointain. Les voyages de Nerval et Du Camp
Editeur : Publications de l'Université de Saint-Etienne
Travaux du Centre interdisciplinaire d'études et de recherches sur l'expression contemporaine
Collection "Lire au présent"
2006
ISBN : 2-86272-427-0/ Ean 13 : 9782862724270
174 pages
23.00 €
Présentation de l'éditeur:
Le 22 octobre 1849, Gustave Flaubert et Maxime Du Camp réalisent enfin
un grand rêve: ils s'embarquent pour l'Orient, «seuls, indépendants,
ensemble». Dix-huit mois durant, les deux amis vont être inséparables.
Ils ont leur lanterne, une unique pelisse, ils se lavent ensemble; ils
partagent des femmes, du pain, des plaisanteries, des nuits sous la
tente, et surtout le plaisir de vivre à deux. Nulle trace ne subsiste
pourtant de cette intimité dans les publications de Du Camp, qui a
choisi de se représenter seul en Orient. Or l'oblitération de Gustave
dans les textes de Maxime ne constitue pas une exception, mais bien
plutôt la règle: les plus célèbres écrivains français du dix-neuvième
siècle se sont également embarqués avec un compagnon de route dont ils
ne font pas mention dans les pages qu'ils ont publiées à leur retour
d'Orient. Ainsi Nerval a-t-il lui aussi choisi de faire l'impasse sur
ses amis Fonfrède et Rogier. C'est que la solitude orientale, véritable
convention littéraire, permet alors aux jeunes artistes de se créer une
identité littéraire basée sur l'indépendance et la masculinité,
identité jugée indispensable à leur carrière, tant par les écrivains
eux-mêmes que par le public.
Extrait de l'introduction :
Ce livre n'aurait peut-être pas vu le jour sans la surprise que m'a
causée, il y a des années, la lecture conjointe des écrits de voyage de
Gustave Flaubert et du Nil de Maxime Du Camp. Les pages de Flaubert
fourmillent de petits détails intimes sur le quotidien des deux amis,
partis ensemble pour dix-huit mois. Au contraire, dans celles que Du
Camp destine à la publication, le nom de Flaubert n'apparaît pas une
seule fois. Les voyages en Orient du dix-neuvième siècle ont déjà fait
couler beaucoup d'encre; nulle part pourtant je n'ai pu lire
d'explication satisfaisante à l'oblitération de Flaubert dans les
textes de Du Camp. Il me semblait à l'époque que l'hypothèse d'une
brouille entre les deux hommes, explication communément avancée par la
critique, ne suffisait pas à résoudre l'énigme de la disparition de
Gustave dans les pages de Maxime. Aussi ai-je entrepris de lire
d'autres récits de voyage en Orient, pour m'apercevoir que le cas de
Flaubert et Du Camp ne constituait pas une exception, mais bien plutôt
la règle. Au dix-neuvième siècle en effet, nombreux sont les écrivains
qui ne franchissent pas seuls la Méditerranée, reviennent en France
pour publier le récit de leurs exploits, et choisissent de ne pas
mentionner leur compagnon de route dans les pages qu'ils livrent au
public. C'est à cette curieuse omission littéraire, aussi répandue
qu'indiscutée, qu'est consacré ce travail.
Rien de plus heureux que la compagnie d'un autre en voyage. La
complicité qui se noue sur la route est inégalable; elle importe
d'autant plus que l'on part loin et longtemps. La figure du loyal
compagnon a connu une véritable fortune littéraire: Percy G. Adams l'a
bien montré, mentionnant Gilgamesh et Endiku, Roland et Olivier, Don
Quichotte et Sancho Pancha, Candide et Cacambo, Robinson et Vendredi ou
encore Cleveland et Igloo. Mais le compagnon de voyage est également un
être bien concret et incarné, capable de tenir les rôles les plus
divers, devenant tour à tour confident, collaborateur, Doppelgänger,
cuisinier ou secrétaire.
Sommaire:
DU RHIN AU NIL : LES " IMPRESSIONS COMMUNES OU DISTINCTES " DE GERARD DE NERVAL
La présence de l'autre en Europe
Nerval, " jeune homme " de Dumas en Allemagne
Le départ et les omissions du Voyage en Orient
" FONFRIDE (DE), voyageur en Orient "
Nerval et Fonfrède collaborateurs ?
Les avatars du compagnon de voyage
" La hantise du Doppelgänger "
Nerval et Rogier à Constantinople
Impressions communes ou distinctes
DU NIL AUX EGOUTS DE PARIS : L'EMANCIPATION LITTERAIRE DE MAXIME DU CAMP
" La sotte idée de faire un voyage ensemble "
Cher Théophile
Du Camp Orientaliste
Individualité, vocation littéraire et masculinité
Voyage autour de mon corps
L'émancipation littéraire
Conclusion générale
A. Cousin de Ravel, Quignard, Maître de lecture. Lire, vivre, écrire
P. Engel, Les Lois de l'esprit. Julien Benda ou la raison
M. Crouzet, M. Myself ou La Vie de Stendhal (nouvelle version)
Laurence Brogniez (dir.), Écrits voyageurs. Les artistes et l'ailleurs
O. Biaggini, B. Milland-Bove (dir.), Miracles d'un autre genre
Sévigné, Lettres de l'année 1671
A. Pope & J. Swift, Pensées sur différents sujets
H. Melville, Le Marchand de paratonnerres, suivi de La Véranda
S. Kierkegaard, La Crise et une crise dans la vie d'une actrice
E. Maigret et M. Stefanelli (dir.), La Bande dessinée : une médiaculture
I. Raynauld, Lire et écrire un scénario - Le Scénario de film comme texte
J.-F. Bédia, Les Ecritures africaines face à la logique actuelle du comparatisme
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Commentaire - Tome I : Études d'introduction
P. Engel, Les lois de l'esprit, Julien Benda ou la raison
P. E. Fobah, Introduction à une poétique et une stylistique de la littérature africaine
O. Rosenthal, Ils ne sont pour rien dans mes larmes
A. Alciato, Il libro degli Emblemi, secondo le edizioni del 1531 e del 1534
Marc Azéma, La Préhistoire du cinéma