

"Les mensonges budgétaires de la politique d'excellence : réponse de SLU à Valérie Pécresse", 25/02/2011
Dans une tribune publiée le 24 février sous le titre « Budget de l'Enseignement supérieur et de la recherche : la réalité qui dérange », Valérie Pécresse appelle à cesser les « vaines polémiques » concernant le budget de son ministère. Depuis plusieurs semaines, la réalité du meccano ministériel est apparue sous son vrai jour, mais au lieu de prendre acte de ces analyses convergentes et d'y répondre sur le fond, la ministre continue imperturbablement son entreprise de communication et persiste à vanter le bilan de son action.
Or, loin des chiffres ministériels d'augmentation de crédits des
universités et des organismes de recherche, les données d'Eurostat
indiquent une diminution de la part de la recherche en pourcentage du
PIB entre 2009 et 2010. Au lieu de permettre à la recherche de
« rattraper son retard », la politique de Valérie Pécresse a trois
résultats : 1/ L'effort de recherche est moins important en France que
dans les autres pays de l'Union européenne. Entre 2007 et 2009,
l'augmentation a été de 8,6% dans l'ensemble des pays de l'Union
Européenne, et de 6,7 % en France ; 2/ l'écart avec plusieurs grands
pays s'est accentué depuis 2007 : l'effort allemand est de +11,5% sur la
période, le danois de 18,4%, le finlandais de 17,5 pour ne prendre que
des pays qui consacraient déjà avant 2007 une part plus importante de
leur richesse nationale que la France à la recherche ; 3/ la part du PIB
consacré à la recherche est continûment inférieure depuis 2007 au
niveau de… 2002 (2,23%) et, selon les prévisions d'Eurostat, cette
proportion retomberait à 2,16% en 2010.
Sans vaine polémique, et contrairement aux multiples effets d'annonce de
la ministre, l'effort en faveur de la recherche n'est pas « une
réalité qui dérange », c'est un leurre qui dure.
Valérie Pécresse évoque une communauté d'enseignants et de chercheurs
qui saisiraient à pleines mains ces nouvelles opportunités, ayant déposé
plus de 750 projets au titre du Grand emprunt. La réalité est beaucoup
plus simple : en 2010, l'annonce du Grand emprunt a entraîné une
diminution de 125 millions d'euros des crédits de la MIRES,
immédiatement répercutée sur les financements de tous les laboratoires
et équipes. Le budget 2011 se traduit par de nouvelles baisses très
sensibles des crédits récurrents. Autrement dit, chaque laboratoire est
contraint de se prêter au jeu des appels à projet imposé par le
ministère sous peine de ne plus avoir les moyens de travailler, même
s'il ne cautionne pas la restructuration ainsi induite du paysage de la
recherche française autour de thématiques restreintes et d'un très petit
nombre de pôles de recherche, au détriment du plus grand nombre et de
la vitalité même de la recherche.
Sans vaine polémique, contrairement à ce que répète Valérie Pécresse,
les 750 projets ne sont pas la preuve de l'adhésion de la communauté des
chercheurs et enseignants-chercheurs, ni du succès de la politique
gouvernementale, mais la conséquence directe du garrot budgétaire bien
serré que le gouvernement a posé en amont sur les structures mêmes de la
recherche.
Valérie Pécresse a bien raison : « derrière les chiffres, il y a donc des réalités tangibles ». Le recours aux partenariats public-privé qui est devenu la pierre angulaire de la politique gouvernementale est un piège financier et juridique dans lequel seront prises les universités pour les deux décennies à venir. Dans un rapport récent, la Cour des Comptes met en garde contre les coûts supplémentaires – dont le seul avantage pour la majorité actuelle est qu'ils sont différés. En outre, le Crédit impôt recherche qui est, dans sa forme actuelle, la deuxième niche fiscale du pays, produit des comportements opportunistes et des effets d'aubaine qui détournent des sommes considérables de leur objet initial. La ministre ne peut l'ignorer : après les syndicats et les associations, même les rapports successifs de l'Assemblée nationale, du Sénat et de la Cour des comptes ont dénoncé les effets négatifs qu'ont de tels choix sur les finances publiques et sur l'effort de recherche. Aucune de ces institutions n'est écoutée : la majorité gouvernementale ignore ces critiques et conserve le dispositif en l'état. Bien plus, il ne cesse de l'aggraver en fragilisant les universités et les organismes de recherche. Ainsi de nombreux établissements sont passés dans le rouge ou ont des budgets très contraints, ce dont les présidents d'université s'inquiètent aujourd'hui publiquement. Ainsi le CNRS voit ses crédits de base diminuer de 15% en moyenne nationale. Ainsi encore, les Bourses de docteur ingénieur sont récemment supprimées alors même qu'elles permettaient de rapprocher le monde des entreprises et la recherche, rapprochement pourtant souhaité par la ministre.
La tribune de Valérie Pécresse est donc la démonstration inquiétante
d'un véritable autisme : elle refuse toute véritable discussion, elle
espère nous réduire au silence en alignant des chiffres de plus en plus
éloignés de la réalité. Elle répond avec constance à côté des
interpellations qui soulignent les dangers de sa politique pour
l'ensemble du système de recherche. En lieu et place du débat
nécessaire, une obstination butée à tresser ses propres louanges, Ã
asséner à longueur de communiqués les mêmes chiffres trompeurs jetés Ã
la face d'un monde universitaire exaspéré. Il y a moins d'un an, sur un
autre dossier – la réforme de la formation des enseignants –, le
gouvernement avait procédé de la même manière : aujourd'hui, il doit
pourtant prendre acte de la catastrophe annoncée et en rabattre. Les effets des mêmes mensonges et du même
travestissement répété de la réalité commencent à se manifester très
concrètement dans la recherche et l'enseignement supérieur.
Après les appels à la « décence » de janvier, voici venu février
et le temps de cesser les « vaines polémiques ». Il en est
pourtant d'utiles et de décentes.
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