

Journée d'étude
Les figures de l'à-peu-près
Samedi 20 mars 2010, Paris 4-Sorbonne,
Salle des ACTES de 9h30 à 17h45
Liste des intervenants :
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Tentative de définition et de délimitation du champ de l'à-peu-près
Nous ne réduisons pas l'à-peu-près à la figure de l'à-peu-près, même si une telle figure appartient à notre corpus. Nous employons ici la formule en un sens générique, comme « emploi légèrement impropre », « tournure un peu gauche », « langage approximatif » (Dupriez 1980 : 60). Toutefois, pour éviter les inconvénients d'une catégorisation trop lâche, nous nous intéressons aux figures qui non seulement relèvent du langage approximatif et de l'équivoque mais surtout qui, dans la plupart des cas, l'exhibent, le revendiquent, ou, à tout le moins, le commentent. Bref, nous nous intéresserons aux figures d'approximation (au sens large du terme) qui font voir les choses autrement en faisant violence au langage ordinaire, tout en jouant, plus ou moins, sur une équivoque du sens.
Caractéristiques socio-culturelles des figures de l'à-peu-près
La problématique des figures de l'à-peu-près interroge la norme langagière, la norme sociale du bien dire, et aussi une norme éthique du bien penser. Elle pointe d'emblée sur la dimension négative qui est souvent accolée à cette problématique.
Bien sûr, il ne s'agira pas dans ce dossier de substituer une approche systématique qualifiante en réaction à une représentation systématiquement disqualifiante, mais de restituer les calculs du vouloir dire et le poids des doxas, le jeu avec elles, avec le public. En particulier, ces figures sont fréquemment considérées comme non ou peu esthétiques (sauf dans la littérature transgressive). D'un autre côté, ils visent à mettre les rieurs de son côté, fût-ce à petit prix. Parfois, elles reposent sur des mécanismes de connivence et de distinction, de compréhension entre pairs, par-dessus le vulgaire. Cette compréhension à demi-mot renvoie au fait que nombre de ces figures reposent sur un décodage complexe, et construisent un ethos de distinction paradoxal, du retrait et l'entre soi (comme dans le cas du verlan ou d'autres pratiques de ce type). Bref, il y a là une sorte de communication codée, parallèle, en tension avec la nécessité d'être malgré tout compris, tension qui se gère différemment selon les figures ou les genres.
L'hypothèse des points de vue en confrontation
L'hypothèse des points de vue (PDV) en confrontation, développée dans le n° 160 de Langue française, paraît une piste intéressante à poursuivre à propos de l'analyse des figures de l'à-peu-près.
Qu'entend-on par PDV en confrontation ? Le processus figural repose sur l'actualisation inattendue d'un PDV au regard des manières habituelles de penser et de dire, en appui sur la singularité d'une expérience sensible et de son vouloir dire. Les PDV en confrontation sont en tension entre une dimension interactionnelle (confrontation agonique de PDV) et une dimension cognitive : la prédication n'est pas obligatoirement conflictuelle, elle peut projeter deux domaines notionnels ou deux espaces mentaux (Fauconnier 1984) l'un sur l'autre, à l'instar des travaux de Black 1962 et 1978, Cadiot 2001 sur la métaphore ou de ceux de Forget 2000 sur les figures de pensée. Autrement dit, confronter des PDV, ce n'est pas seulement les opposer violemment pour n'en retenir qu'un, c'est éventuellement les cumuler, voire les mettre en perspective, sur un mode explicite ou allusif, etc. Ces PDV sont des lieux privilégiés d'une énonciation problématisante, opacifiant le dit/dire, volontairement ou non, dans la mesure où les mises en rapport soulèvent de nouvelles questions. Ils se manifestent de diverses manières : en s'opposant au contexte, en opposant dans le cotexte des PDV différents co-présents ; dans d'autres cas, l'opposition de PDV opère in absentia par rapport à une manière conventionnelle de dire.
La production des figures de l'à-peu-près joue sur une connivence présupposée, avec des points de vue doxiques, des contrepoints de vue non doxiques, ce qui est intéressant aux plans sociolinguistique et éthique, mais aussi ce qui renvoie aux mécanismes de leur structure… Dans la lignée des travaux de Bonhomme (2000, 2005), on s'efforcera de rendre compte de l'à-peu-près à trois niveaux, au moins, structural, énonciatif et pragmatique.
NB : Le projet initial a été approuvé par le comité de direction du Français moderne. Les travaux de la journée, après expertises, seront publiés en 2011 dans le Français moderne (coordination Alain Rabatel, Université de Lyon 1-Iufm).
L'à-peu-près est défini par un double sens obtenu par un déplacement, sans contrepartie, de un ou deux phonèmes dans une phrase (Dupriez 1980 : 59). Ainsi défini, l'à-peu-près correspond au paragramme ; il se distingue de la contrepèterie qui repose sur un double déplacement.
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