

Voir aussi le dossier Education is not for sale
Arnaud Lechevalier est maître de conférences à l'Université de Paris 1 et chercheur au Centre Marc Bloch (Centre franco-allemand de recherche en sciences sociales à Berlin). Il enseigne actuellement à l'Université Européenne de la Viadrina (Francfort sur l'Oder). A l'articulation des sciences économiques, politiques et de la sociologie, ses travaux portent sur l'évolution des systèmes sociaux en Europe (emploi et protection sociale), notamment dans le cadre d'une approche comparative franco-allemande.
Le mouvement étudiant en Allemagne : Humboldt occupe les amphis ! par Arnaud Lechevalier
La réforme des études universitaires en cours actuellement en Allemagne s'inscrit dans le cadre d'un processus déjà à l'oeuvre dans la plupart des pays européens conformément à la stratégie dite de Bologne. En cela, le mouvement de protestation des étudiants, qui dure depuis plusieurs semaines outre-Rhin, est plus généralement révélateur des évolutions imprimées à l'université en Europe. Reste à comprendre pourquoi c'est en Allemagne que les étudiants se mobilisent.
Origines et gestion du conflit
En cette fin novembre, le mouvement de protestation des étudiants allemands perdure. Apparu au printemps dernier, il a été relancé cet automne, à partir de l'Autriche, avant de s'étendre à nouveau à la plupart des Länder. Il a donné lieu à plusieurs journées de manifestations, avec un moment fort le mardi 24 novembre. Sur la centaine d'universités que compte la République Fédérale, une vingtaine font toujours l'objet d'occupations de locaux (symboliquement ici : le grand amphithéâtre), qui ne paralysent pas pour autant l'ensemble des activités d'enseignement. Les organisations d'étudiants ont annoncé une « semaine d'action » à l'échelle fédérale pour la semaine débutant le 30 novembre. Elles mettent en avant trois revendications principales : la révision des modalités de mise en oeuvre de la réforme des études conformément au processus de Bologne (Bachelor-Master-Doktorat), à laquelle elles réclament d'être associées ; la pénurie durable de moyens ; la remise en cause des frais d'inscriptions, introduits dans certains Länder, et plus généralement le refus de la soumission de l'enseignement supérieur à une logique systémique de concurrence et de rentabilité.
Dans un contexte où le Bund s'est départi de l'essentiel de ses pouvoirs en matière d'enseignement supérieur, à l'exception partielle du financement – comme pour les « initiatives d'excellence » ou certains programmes de recherche – et où la concurrence entre les Länder se fait plus vive[1], la gestion du conflit donne lieu à un jeu de rôle où chacun des acteurs responsables cherche à passer aux autres la « patate chaude ». Le Bund se tourne vers les Länder, qui eux-mêmes reprochent au Bund de les étrangler financièrement. Les Länder, regroupés à l'échelle fédérale dans le cadre de la « conférence permanente des ministres de l'éducation et des affaires culturelles », en appellent à la responsabilité des établissements d'enseignement supérieur, qui eux-mêmes, par l'intermédiaire de la Hochschulrektorenkonferenz (la conférence des Présidents d'université), qui leur sert de porte-parole, mettent en cause les Länder.
Jusqu'à présent bien considéré par les faiseurs d'opinions, l'une des originalités de ce mouvement de protestation est qu'il donne lieu à un festival de déclarations d'assentiment parmi les responsables. Annette Schavan, la Ministre de l'éducation et de la recherche à l'échelle fédérale, tout en soulignant les réussites de certains cursus rénovés, partage certains « soucis » des étudiants et attend des Länder qu'ils mettent en oeuvre rapidement les correctifs annoncés par la résolution du 16 novembre dernier (voir plus loin). Elle a annoncé parallèlement une augmentation des bourses et une extension de leur condition d'attribution. Pour un peu la Chancelière irait elle aussi manifester avec les étudiants : dans un discours prononcé il y a quelques jours, elle a glissé que si la mise en oeuvre du processus de Bologne était irréversible des aménagements étaient tout autant nécessaires. De leur côté, le SPD, les Grünen et die Linke soutiennent les principales revendications des étudiants. Certains présidents d'universités, à l'image de Christoph Markschies, le Président de la Humboldt à Berlin, ont également fait part de leur « compréhension » en ce qui concerne les critiques adressées à la réforme des études.
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