

Revue philosophique et littéraire Alkemie, n°10 : Le Destin
Les mots et les images du destin sont innombrables : la mythologie grecque mentionne les trois Moires, filles d’Ananké (la Nécessité), déesses du destin dont Hésiode nous avertit déjà qu’elles « dispensent aux hommes les biens et les maux ». De même, Homère chante des héros qui n’agissent pas librement ; la trame de leur vie est au contraire tissée par des décrets divins (phaton). La tragédie grecque parle, quant à elle, de Moïra, c’est-à-dire de la Destinée, une et aveugle (au sens de prédétermination implacable de l’existence) mais aussi de tuchè (le bon ou le mal-heur). La philosophie antique pense le destin comme une fin, un télos, à commencer par le télos de la mort qui frappe chaque homme. Et le destin est alors identifié au logos lui-même, dont l’ordre caché transcende le désordre apparent du monde. Ainsi, selon les mots de Chrysippe, « le destin est la raison du monde ». Le destin est même une voix, celle qui guide la volonté humaine, une voix intérieure personnifiée par un daïmôn. L’idée de destin introduit donc à une étude psychologique de l’âme ; c’est dans cette direction que les Stoïciens ont mis en valeur, derrière l’impulsion (mouvement tensionnel de l’âme), l’assentiment du sage, son adhésion au Destin, lequel est alors traduit, notamment chez Cicéron, par le latin Fatum.
Or, si le destin est la métaphore du fil, de la limite, du lien, il est aussi la figure qui délie et délivre, sinon par la Providence ou par la grâce judéo-chrétiennes, du moins par la mort. Toute la pensée moderne a tenté de dénouer la notion de destin en essayant de conjuguer fatalisme et liberté, inné et acquis, nécessité et contingence, déterminisme et hasard – ce dernier n’étant peut-être pas autre chose qu’un caprice du destin…
Jamais l’idée de destin n’est devenue aussi inquiétante : que l’on songe à Kierkegaard, qui conçoit le destin comme le néant de l’angoisse, à Schopenhauer qui a vu dans le destin la raison absurde de la force de tout ce qui arrive, à Freud et à sa théorie sur la compulsion de destin (Schicksalszwang), à Heidegger, qui a mis en lumière la gravité de la dimension destinale du Dasein, à Chestov et à sa volonté tragique de délier le destin humain de la nécessité, ou encore à Cioran soulignant l’inévitable impasse de l’ipséité qui scelle le destin de chacun, ou à Kertész, qui nous révèle toute la tragédie de l’Être sans destin.
Le destin apparaît donc comme une notion privilégiée, tant s’imposent aujourd’hui encore le sens du tragique, du fatal, mais aussi le non-sens de l’existence individuelle abandonnée à elle-même hic et nunc. L’antique question du destin n’en finit donc pas de se poser : existe-t-il un lien entre les choses, un fil directeur conduit-il le cours des êtres ? Comment concilier la nécessité du destin et la liberté de la volonté ? L’idée de destin s’oppose-t-elle à la notion de possible ? L’aspiration nietzschéenne à un amor fati est-elle une attitude esthétique et éthique encore possible pour un libre esprit en face d’un destin pleinement assumé ? Comment comprendre la singularité de l’existence humaine et de ses oeuvres, si ce n’est par un destin individuel ? Et, entre génie individuel et histoire collective, où se joue pleinement le destin ?
Le n°10 de la revue philosophique et littéraire Alkemie se donne pour tâche de regrouper des articles consacrés à l’idée de destin, à sa généalogie, à son expression et à ses métamorphoses dans la littérature et les arts, et aux grandes questions philosophiques qu’elle ne manque pas de soulever dans la pensée contemporaine.
Les contributions inédites, en langue française, doivent être envoyées au comité de rédaction, à l'adresse info@revue-alkemie.com (en format Word, 30 000 à 50 000 signes maximum, espaces compris). Nous vous prions d'accompagner votre texte d’une courte présentation bio-bibliographique (en français), d'un résumé et de cinq mots-clefs en anglais et en français.
Date limite : 15 août 2012.
Site de la revue Alkemie (cf. les indications aux auteurs) : http://www.revue-alkemie.com
Directrice : Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR (mihaela_g_enache@yahoo.com)
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