

APPEL A CONTRIBUTIONS POUR LE NUMERO 13.
Thème du numéro : "LES MÉCHANTS" (titre provisoire)
"Est-il bon ? Est-il méchant ? L'un après l'autre. Comme vous, comme moi,
comme tout le monde". Diderot
"La nature a laissé dans les meilleurs d'entre les hommes un petit fond de
méchanceté". Bergson
"Il y a seulement deux catégories d'individus, ceux qui sont méchants et ceux
qui sont très méchants ; mais nous sommes parvenus à un accord et nous
appelons les méchants les bons et les très méchants les méchants". Fritz Lang
En choisissant ce thème, nous avons voulu marquer une certaine rupture en
optant pour un sujet un peu moins académique qu'à l'habitude. Il ne s'agit
pas, comme ce fut le cas avec "Fenêtres sur mer", "Voyages au centre de la
chair" et dans une moindre mesure avec "L'image de soi", d'adopter une
démarche contemplative et descriptive ; il ne s'agit pas non plus, comme dans
"Aux frontières du virtuel" ou "Commencer/finir", de proposer une démarche
analytique, théorique. C'est pourquoi ce numéro ne porte pas pour titre "La
méchanceté" mais "Les méchants" : il s'agit de pointer une certaine catégorie
de comportements bien présents dans les différents arts de l'image (en amont,
dans l'intention artistique elle-même comment caractériser l'oeuvre d'un
méchant? ; ou en aval, chez des personnages fictionnels par exemple) et de
s'interroger sur les enjeux de cette présence. Ce numéro se veut volontiers
polémique et "décalé" par rapport à ce que le lecteur de la revue, après
douze livraisons, peut s'attendre à y trouver.
Axe général du numéro :
Ce numéro 13 de La Voix du Regard pourra s'orienter dans deux directions, qui
formeront en fait une dialectique :
Les méchants comme figures du Mal
Les méchants pensés en dehors de la catégorie du Mal
Le questionnement central pourra alors être celui des formes et fonctions des
méchants : rattachés au Mal, ils invitent à une réflexion éthique et posent
un problème moral ; mais d'un autre point de vue la question éthique peut
paraître secondaire, si ce n'est inopérante, et alors leur fonction demeure
principalement un signe dramatique et narratif (du type : les indiens
attaquent la diligence), tant il est vrai qu'il faut un méchant pour faire
avancer une action, un obstacle pour faire triompher le héros. On verra
notamment que cette alternative induit également deux façons pour le
lecteur-spectateur de considérer les méchants : dans le premier cas,
suscitant la peur ou l'identification, il est immédiatement pris au sérieux ;
dans le second cas il peut faire l'objet d'une prise de distance et peut ne
pas être pris au sérieux. La conception des méchants dans un système de
représentation influe donc directement sur la tonalité globale de l'*uvre.
Autour de ces deux axes se dessine un corpus de notions que nous vous
proposons comme autant de suggestions : médisance, jalousie, trahison,
misanthropie, cruauté (l'art de la cruauté), cynisme.
APPROCHE TYPOLOGIQUE DES MÉCHANTS
S'interroger sur l'étymologie du mot "méchant" : "celui qui est mal tombé".
D'où question du destin : est-on prédestiné à être méchant ? Question de la
méchanceté comme nature : on naît méchant ou on le devient ?
Les signes plus ou moins conventionnels permettant de reconnaître le
méchant : attributs visuels, langage, comportements sociaux, etc...
Y a-t-il une évolution dans la représentation des méchants à travers
l'histoire des arts de l'image ?
Les méchants, une population hiérarchisée : les degrés de la méchanceté (la
méchanceté dans les rapports sociaux quotidiens : jalousie, trahison, etc.).
Les méchantes : quelles sont les caractéristiques de la méchanceté au
féminin ? (voir le type de la garce et de la femme fatale, voir aussi les
"James Bond girls" méchantes).
La question du transfert des représentations de la méchanceté sur le
non-humain :
- Les méchants-machines : les machines douées d'une volonté
destructrice propre : Hal (2001), Christine, L'Ascenseur.
- La bestialité réelle (Alien, Les Dents de la Mer) ou métaphorique
(Que la bête meure). S'interroger sur l'expression "Chien méchant" : pourquoi
l'alliance de cet animal à la méchanceté ?
- Les méchants et la part d'ombre : la méchanceté comme l'envers de
quelque chose d'autre (pas forcément la bonté).
- La représentation des méchants dans les scènes de martyre (Passion
du Christ) : obéit-elle à des codes esthétiques en peinture ? Quelles
attitudes adoptent les méchants autour de la croix ? Comment sont représentés
leurs visages ?
LA MYTHOLOGIE DE LA MÉCHANCETÉ
Les méchants dans la Bible. L'Enfer des méchants : Dante, etc. Les
représentations de Judas.
Fascination pour les figures supérieures du méchant :
- fascination pour son intelligence (Seven, Les Liaisons dangereuses,
Vautrin chez Balzac le cynisme de Vautrin comme discours de vérité sur la
société, porteur d'une lucidité supérieure)
- fascination pour ceux qui ont fini par incarner le mal de façon
mythique dans la culture de masse : voir Darth Vader dans La Guerre des
étoiles, Hannibal Lecter dans Le Silence des Agneaux).
La figure du Serial Killer (American Psycho)
Les figures du "bête et méchant" : Fargo, Henry, portrait of a serial
killer, C'est arrivé près de chez vous.
LES FIGURES DU MAL
On pourra considérer l'hypothèse suivante : les méchants peuvent être des
figures du Mal, c'est-à-dire les actualisations possibles du Mal, cette
idée abstraite et irreprésentable en elle-même (méchants = le mal
narrativisé).
Hypothèse inverse : les méchants qui font le mal sans être possédés par le
Mal, sans métaphysique : voir notamment la composante de l'intérêt ou de la
bêtise dans la méchanceté.
Voir des figures comme les sorcières, les suppôts de Satan, différents
types de méchants, etc. Aborder la hiérarchisation historique des
figures infernales.
Les "fâcheux" au théâtre (voir pièces de Molière) : leurs caractéristiques
et fonctions narratives.
Les liens inconscients entre méchant-barbare-étranger : visions de
l'extra-terrestre (contre-exemple : E.T.), figure de l'Alien, sens
premier de "barbare", etc.
Traiter quelques exemples a contrario : dans la tragédie et l'épopée
grecques par exemple, les ennemis ne sont pas pensés à travers la catégorie
des "méchants" (voir les Perses chez Eschyle, les Troiens dans l'Iliade).
LES MÉCHANTS ET LE RÉCIT
L'absence de méchants : quels problèmes pour un récit ? Un récit peut-il
fonctionner sans méchants ? Voir La Ligne rouge (T. Malick), où l'on pourrait
s'attendre à voir des méchants (présence voulue par le genre du film de
guerre) alors qu'ils sont absents du récit. S'interroger sur l'absence de
méchants dans les sit-coms.
La présence exclusive des méchants : quels problèmes pour un récit ? Voir
Impitoyable (C. Eastwood), ou les romans de J. Ellroy, où tous les
personnages sont des méchants, à des degrés divers.
Peut-on s'identifier à un méchant ? Un méchant peut-il être un héros
littéraire?
La méchanceté est-elle représentable ? Quels problèmes spécifiques
pose-t-elle au récit ?
Y a-t-il une esthétique de la cruauté ? Le récit n'érige-t-il pas la
cruauté en art?
Prévoir quelques contributions sur certains auteurs liés au thème par leur
*uvre : Laclos, Sade, Lautréamont, Barbey d'Aurevilly (Les Diaboliques),
Octave Mirbeau (Le jardin des supplices), Apollinaire (Les 11000 verges)...
Les méchants dans les films d'horreur et gore (Jason, Freddy, Michael Myers
dans Halloween, Scream).
Le transfert opéré par ce récit particulier qu'est le jeu vidéo : on ne tue
pas le méchant, on est le méchant (gratuité de la violence : s'amuser à
être méchant).
LES MÉCHANTS ET L'UNIVERS ENFANTIN
Les méchants dans le conte. La figure du "Grand méchant loup" : voir
Bettelheim, la méchanceté comme manifestation pulsionnelle du Ça.
Les méchants dans la bande dessinée
Les méchants dans le dessin animé (ne pas oublier le "cas" de South Park)
LES MÉCHANTS ET LA MORALE
Question de la justification du méchant : idée que le méchant a ses raisons
("ce sont les autres qui l'ont rendu méchant", voir la problématique
sociale), alors que le mal se nourrit et se justifie de lui-même (il est
ontologique) : voir le spot publicitaire Orangina : "Pourquoi est-il aussi
méchant ? Parce que" ; voir aussi les spots Danone (le petit garçon qui vole
son yaourt à la petite fille et le mange devant elle) et Gervais.
Rapports entre méchanceté et culpabilité : le méchant repenti, la question
des scrupules et de leur absence, etc.
Lien entre méchanceté et péché originel : la problématique religieuse. Voir
Seven : le méchant comme archange exterminateur.
Le méchant comme antidote contre la morale bien pensante : Tatie Danielle,
Pour le pire et pour le meilleur.
La diabolisation dans le discours médiatique : voir évolution du traitement
médiatique des Serbes pendant le conflit yougoslave.
Le discours moral à travers la représentation des méchants aux Guigols de
l'info : marionnettes de Le Pen et Mégret, etc.
Se poser la question : la télévision donne-t-elle la parole au méchant ? Le
fait même de passer à la télévision ne gomme-t-il pas la méchanceté ? (la
télévision comme productrice de sympathie et d'idéalisation).
L'esthétique du méchant : le méchant et le laid (le monstre dans la
peinture).
Examiner la question des signes physiques du méchant comme signes moraux de
sa méchanceté. Voir Lavater et la croyance en la physiognomonie (idée
néo-platonicienne du corps comme image de l'âme) : sources de l'antisémitisme
nazi, etc.
------------------------------------------
DATE LIMITE DE REMISE DES ARTICLES : 1er SEPTEMBRE 1999
Cette date est véritablement une date limite. Avant d'envoyer un texte sur un
sujet de votre choix, informez-nous de votre projet, par courrier, e-mail ou
téléphone : nous devons être en mesure d'établir le sommaire prévisionnel, à
partir de vos propositions, au début du mois de juillet. Tous les textes
doivent être en français, envoyés dactylographiés et sur disquette MACINTOSH
Word 5 à l'adresse suivante :
LA VOIX DU REGARD
19 rue Corbon
75015 Paris
Tel /Fax: 01-48-28-72-74
E-mail : hugsurf@aol.com
Merci de faire connaître cette annonce autour de vous et auprès de vos
étudiants et collègues.
RA
Comment l’art déjoue les frontières invisibles
Topographies, architextures. Espèces d’espaces perecquiens (Cahiers Georges Perec, n° 12)
Entité et identité (ENTIDENTIC 2012)
Une autre mesure. L'image sous l'angle des proportions.
La critique littéraire d'Alexandre Dumas (père)
Esthétique et politique des cartes
Maurice Blanchot et l'Allemagne
Preoccupied: The Words, Wounds and Works of Occupations Past and Present
LGBTQI Graduate Students and Academia (MLA Graduate Student Caucus)
Tropes of Passing Time in the 19th-Century European Novel (MLA Graduate Student Caucus)
La littérature québécoise de 1990 à aujourd’hui : doutes, certitudes et espaces de nouveautés
The Romanian Journal of Modern History
Théorie et pratique dans la recherche en danse
“Fastes & Famines” (Colloque des études françaises du 19ème siècle)
Héros voyageurs et constructions identitaires
Emma, c'est nous : penser l'expérience de lecture
The Spring of Our Discontent Renewal, Recycling, Re-Assembling (Grad Students)
Impressions d'Extrême-Orient, n° 4 - Hommage à Jacques Dars
Caught Between Fact and Fiction: Eighteenth-Century Escape Tales