

Équipe de Recherche sur les identités, les affects et les conflits (ERIAC)
Ecole doctorale « Savoirs Critique Expertises »
U N I V E R S I T E D E R O U E N
LA CONSTRUCTION DU SUJET
Colloque international et pluridisciplinaire : 5, 6, 7 juin 2008
APPEL À COMMUNICATIONS
Le cadre de ce Colloque consiste dans la mise en résonance possible des territoires des langues modernes et anciennes (allemand, anglais, espagnol, français, grec et latin), du travail de théorisation entrepris de son côté par la linguistique et de la réflexion critique émanant de la philosophie, de la littérature et de l’histoire. Ce thème à la fois central et immense témoigne de la préoccupation même de notre modernité en quête de réappropriation de notre histoire : la construction du sujet.
Quelle est la part du langage dans la construction de notre subjectivité, sommes-nous prioritairement des êtres de parole, au point que la langue apparaisse comme « donnée » de façon évidente au sujet, ou bien celui-ci bénéficie-t-il d’une aptitude intrinsèque à se « créer » en tant que tel en mettant à profit les ressources de la vie sociale, historique et culturelle, la langue apparaissant dès lors comme une composante parmi d’autres d’une telle création ? Seules des enquêtes situées pourront permettre de donner des éléments de réponse à ces questions.
Dans le domaine linguistique, le passage du métaterme de « structure » à celui de « construction » réintroduit la notion de « sujet », évacuée par la linguistique structurale et fonctionnelle, excepté dans son acception de combinaison strictement syntaxique. Sur le plan intralinguistique, il permet de renouer avec une tradition épistémologique plus ancienne marquée par la dialectique informative et la logique. En effet, la notion de « sujet » est au cœur de la linguistique de l’énonciation, mais aussi de la pragmatique, de la socio- et psycho-linguistique, où il s’agit de donner un statut théorique à la figure conceptualisante et conceptrice des « sujets parlants » dans un contexte de production et de compréhension (ou reconnaissance par un sujet déconstructeur et reconstructeur) des énoncés prenant en compte les paramètres linguistiques et extralinguistiques dans l’interaction de l’activité langagière. Ce colloque propose aux linguistes de prendre les notions de « construction » et de « sujet » comme objet d’étude afin de mettre en lumière les fondements épistémologiques de la conception du sujet comme construit théorique d’une part, et comme origine construisant (et agissant sur) les sujets de l’autre. On pourra notamment analyser l’interaction entre les contextes discursifs et la construction des différentes instances énonciatives en jeu, et entre énonciation et syntaxe, et donc entre subjectivité (« subjectivity ») et subjectalité (« subjecthood »).
Les idées ont une histoire, et comment le sujet se construit-il à travers l’histoire ? Au XVIIe siècle, le sujet, sous la forme abstraite encore de la conscience, devient la condition de possibilité de toute expérience et connaissance. Même l’existence de Dieu est tributaire de l’évidence primaire du cogito. Rien ne peut être (idée ou objet de notre monde) sans être présent dans la conscience, voire sans être façonné par elle. Mais le Je pense, ne délimite pas ce que l’on considère de nos jours, y compris sur le plan de la psychologie, de la sociologie, voire de l’identité civile, comme un sujet. Le XVIIIe siècle seulement « invente » l’individualisme, en même temps que les droits de l’homme et du citoyen. Plus proche encore de nos convictions quotidiennes, il place dans le singulier ou le particulier du sujet une productivité, une dynamique ou une intentionnalité inépuisables, et il assigne à la fois à la littérature et à son analyse, à la psychologie et aux sciences humaines la tâche centrale, et infinie, de « découvrir de nouveaux rouages dans le mécanisme insondable de l’âme » (Schiller). Le sujet comme individualité est donc vu comme une « intériorité » inexhaustible, une dynamique propre, une expérience qu’il reste toujours à faire. Or le sujet actuel est-il, reste-t-il défini par cette philosophie et cette idéologie du sujet individuel ou transcendantal échafaudées lors de notre modernité naissante ou ne faut-il pas, dans une perspective inverse, demander aujourd’hui comment l’analyse de phénomènes sociaux et politiques interroge la notion de sujet ?
En littérature, on pourra s’intéresser à l’histoire théorique et critique du rapport de la littérature au sujet (l’écriture et la lecture ont-elles toujours été comprises comme des expériences essentielles du sujet ?), mais aussi à la façon dont la littérature met en scène des opérations de construction de sujets : sujet-auteur, sujets-personnages ou narrateurs, sujets-lecteurs. Il s’agira alors de s’interroger sur la nature de cette construction, sur l’identité de ces sujets (collective ou singulière, psychologique, sociale, anthropologique …), sur la façon, enfin, dont la littérature crée un espace véritablement intersubjectif qui ne se résume pas à la juxtaposition de subjectivités, au retour sur soi ou à la reconnaissance du même.
Merci de faire parvenir vos propositions de communication (150 à 300 mots) par mail avant le 31 décembre 2007 à
Natalie Depraz, Dpt. de Philosophie, natalie.depraz@univ-rouen.fr
Et
Anne Besnault-Levita, Dpt. d’Anglais, annelev@club-internet.fr
Notification d’acceptation aux participants : début mars 2008
Université de Rouen, Faculté des Lettres et Sciences Humaines
1 rue Thomas Becket, 76821 MONT-SAINT-AIGNAN CEDEX
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