Fabula, la recherche en littérature (debats)

L'histoire-géographie au lycée. Quelques principes de vigilance sur la réforme en cours (CVUH - 06/12/09)

Points de vue et débats

Information publiée le dimanche 6 décembre 2009 par Bérenger Boulay (source : Laurence De Cock)



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Voir aussi sur Fabula le dossier Réforme du lycée.

Signer la pétition de l'APHG pour le maintien d'un enseignement obligatoire d'histoire-géographie au lycée.

Ci-contre: illustration de Charb détournée par Le Mammouth déchaîné.

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Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH) - 06 décembre 2009

L'histoire-géographie au lycée.
Quelques principes de vigilance sur la réforme en cours.

http://cvuh.free.fr/spip.php?article236

La réforme présentée par Luc Châtel est de bien mauvais augure pour l'enseignement de l'histoire-géographie au lycée. Et le problème ne se limite pas à la suppression de son enseignement obligatoire en Terminale scientifique. Concentrer son attention sur ce dernier point paraît, pour le moins, un point de vue très élitiste. L'enjeu est beaucoup plus lourd de sens pour l'avenir de nos disciplines.


Cette décision rompant avec une longue tradition nationale de l'enseignement de l'histoire et de la géographie pour tous les élèves du  primaire jusqu'au lycée, y compris professionnel nous est présentée comme une volonté de valoriser les autres filières, mieux préparer les lycéens aux carrières scientifiques et, plus globalement, articuler  davantage le secondaire au supérieur. Mais ici, le ministère se livre à une communication mensongère. À première vue, qui pourrait sérieusement s'opposer à un objectif aussi urgent que louable ?  C'était déjà la volonté des précédentes réformes. Elles ont toutes échoué. Par ailleurs, cette suppression semble ignorer totalement que nombre de bacheliers scientifiques s'orientent ensuite vers des études où l'histoire et la géographie sont loin d'être négligeables. On propose alors aux candidats à Sciences Po ou aux  classes préparatoires littéraires ou commerciales un enseignement « optionnel » de l'histoire-géographie ; mais les autres ? Faudrait-il les priver de toutes possibilités d' études de sciences humaines ou sociales à l'université ?


Cette réforme, mal ficelée et vendue par une opération de marketing politique, ne tient pas compte du réel. Il n'existe à ce jour aucune concertation entre les enseignements secondaire et supérieur sur une éventuelle continuité pédagogique, ni sur une mise en commun de méthodes ou d'outils de travail. Bien au contraire : en imposant à toutes les Terminales un programme allant de 1989 à nos jours  (propositions ministérielles), on prononce tout simplement l'arrêt de mort de l'histoire-géographie, ainsi ravalée, au mieux à l'étude du temps présent ; au pire à un simple commentaire d'actualité. Ce projet masque à peine la volonté du gouvernement de transformer l'enseignement de l'histoire en didactique instrumentale d'un passé le plus récent possible, afin d'ôter la distance nécessaire à toute réflexion sur l'organisation du savoir historique où temps et espace sont étroitement mêlés. D'où une hémorragie à craindre dans le supérieur en termes d'effectifs et de vocations. D'où une hémorragie à craindre dans le supérieur en termes d'effectifs et de vocations !


 La condensation des programmes sur deux ans, entre la seconde et la première, qui résultera nécessairement d'une telle disparition, appelle également à la vigilance. Quels moments historiques, quelles aires culturelles sortiront rescapés d'une telle compression ? Dans le contexte d'instrumentalisation politique du passé que l'on connaît actuellement, de quelles garanties dispose-t-on pour qu'une telle simplification ne vienne pas couronner les tentations de l'ethnocentrisme, du recours à l'émotion facile ou du devoir de mémoire téléguidé depuis le sommet de l'État ? Comment ne pas craindre que cette histoire, réduite à une peau de chagrin, ne fasse passer l'événementiel avant l'esprit critique ?

Le  ministère se donne deux mois pour élaborer des nouveaux programmes. On imagine que leur confection, menée tambour battant pour des raisons politiques, ne s'embarrassera pas beaucoup de la consultation des enseignants. Plutôt que de mettre publiquement en scène la punition des fonctionnaires désobéisseurs, plutôt que de traiter les enseignants en spectateurs d'injonctions non négociées, le ministère devrait les considérer pour ce qu'ils sont avant toute chose : des acteurs du système éducatif.

Privilégier les méthodes ? Mais la suppression des modules en classe de seconde contredit des décennies de modernisation et d'innovation pédagogiques. Elle rétablit une école d'un autre âge, celle du cours magistral, dans lequel le professeur, réinvesti d'une autorité patriarcale, délivre le savoir à des élèves collectivement infantilisés.

De cette réforme il y a donc peu de raison de se réjouir et au contraire beaucoup de s'inquiéter. Comme d'autres qui l'ont précédée, elle a fort peu de chances d'atteindre les objectifs qu'elle affiche. il faudrait être aveugle pour ne pas voir que derrière la façade des justifications pour la réussite, la véritable raison d'être de cet ensemble de mesures est d'ordre strictement budgétaire.

Mais l'histoire-géographie n'est pas seulement la victime collatérale de cette logique comptable et d'une vision très rétrograde du rôle de l'école. Au-delà, comme nos collègues de Sciences économiques et sociales, nous pensons que les réformes annoncées font fi du rôle des sciences humaines et sociales dans l'éducation de nos futures générations : sous le prétexte de professionnaliser l'enseignement (masterisons !), c'est l'apprentissage d'une citoyenneté critique qui, une fois de plus, se voit sacrifiée sur l'autel de l'utilité et de la rentabilité à courte vue.

Le CVUH (comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire)




Url de référence :
http://cvuh.free.fr/spip.php?article236



Points de vue et débats :

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