Fabula, la recherche en littérature (agenda)

L'écriture de la nostalgie dans la littérature arabe

Evénement

Information publiée le jeudi 25 février 2010 par Florian Pennanech (source : Brigtte Foulon et Kadhim Jihad Hassan)

Du 30 mars 2010 au 31 mars 2010, INALCO, Centre universitaire d'Asnières, 94, Avenue des Grésillons, 92, Asnières

L'ECRITURE DE LA NOSTALGIE DANS LA LITTERATURE ARABE

Colloque organisé dans le cadre du CARMA/CERMOM (30 et 31 Mars 2010)

Responsables scientifiques : Brigitte Foulon et Kadhim Jihad Hassan

La mémoire, en particulier dans sa dimension nostalgique, constitue sans aucun doute l'une des thématiques majeures de la poésie arabe, depuis son origine. Dans la poésie archaïque, c'est dans le nasīb que se cristallise l'expression de ce sentiment de perte, ainsi que celui de l'impuissance humaine face à l'entropie, figurativisés par les motifs des vestiges, al-aṭlāl, omniprésents . Si l'on note la survivance de ces motifs dans la poésie classique, comme si les Arabes, dispersés et mêlés à d'autres peuples, d'autres cultures, avaient ressenti le besoin de réaffirmer ainsi en permanence le lien les unissant à leur lieu premier, il ne faut pas oublier que d'autres lieux, associés quant à eux à l'urbanité, et situés en-dehors de la Péninsule arabique, s'imposèrent très tôt dans la poésie élégiaque: nous pensons notamment aux palais lakhmides de Ḥīra, Ḫawarnaq et Sadīr, évoqués par les poètes dès la fin du VIe siècle, et à la ville palatiale sassanide d'al-Madā՚in (Ctésiphon) . Les trois sites seront mis en scène par Abū al-ՙAtāhiya, et le Īwān de Kisrā, vestige sis à al-Madā՚in, figurera en bonne place dans les descriptions d'al-Buḥturī, et, un siècle plus tard, dans celles d'al-Šarīf al-Murtaḍā. C'est également l'Orient qui donnera naissance aux premiers poèmes de déploration sur les villes, connus sous le nom de marṯiyya-s, dont les plus célèbres sont sans doute celle d'Abū Yaՙqūb al-Ḫuraymī, décrivant Bagdad détruite par la guerre civile, et celle d'Ibn Rūmī, évoquant la mise à sac d'al-Baṣra par les Zanğ.

La nostalgie entretenant un lien étroit avec la temporalité, il serait fructueux d'observer le statut de cette dernière dans les textes. Il conviendrait également de s'interroger sur le statut du sujet, de voir comment s'articulent l'expression d'une nostalgie individuelle avec celle d'une nostalgie collective.

C'est sur cette longue tradition orientale que s'appuie l'écriture de la nostalgie dans la production d'al-Andalus, où elle s'impose à la fois dans la prose, la poésie et l'historiographie. Et c'est justement l'attachement des Andalous à la tradition littéraire orientale, qui explique que cette thématique ait fait son apparition dans leur production littéraire bien avant que le contexte politique puisse expliquer et justifier ce phénomène, et avant que se profile la moindre menace de démantèlement ou de dépècement. En réalité, l'écriture de la nostalgie y connut ses premiers balbutiements dès l'installation des premiers immigrants arabes sur le territoire ibérique, lesquels dédièrent leurs compositions poétiques à l'expression de leur puissant sentiment d'exil envers leur Orient d'origine.

Ce constat nous amène à nous interroger sur l'objet de la nostalgie andalouse : al-Andalus n'est-il pas qu'un objet de nostalgie second par rapport à un objet originel, et, dans l'affirmative, comment définir celui-ci ? Il nous semble nécessaire, au préalable, de disjoindre la thématique de la nostalgie et la représentation paradisiaque du territoire andalou. On sait que l'objet de la nostalgie n'est pas nécessairement un objet doté d'une valeur intrinsèque (cf. Jankelevitch, 1974, L'irréversible et la nostalgie), ce que, déjà, al-Ğāhiz constatait dans son épître intitulée : Risāla fī-al-ḥanīn ilā-al-awṭān. Le fait qu'al-Andalus, avec ses villes, sa nature, ses cours somptueuses, son art de vivre, ait cristallisé la nostalgie de ses lettrés, ne signifie pas nécessairement qu'elle ait été réellement regardée comme un lieu à nul autre pareil.

Les Andalous parvinrent-ils à renouveler cette thématique ? Comment les matériaux anciens furent-ils réorganisés, remaniés, redistribués, de façon à rendre compte,- ou non-, d'une expérience historique unique ? Observe-t-on une rupture entre le traitement de la temporalité dans les oeuvres de l'Orient arabe, et celui qui lui est conféré dans les oeuvres andalouses ?

Le mythe andalou prit corps dès la dislocation du Califat de Cordoue. Dès lors, le regard porté par les habitants du territoire sur leur passé récent évolua, et annihila progressivement toute distance critique à l'égard de princes dont l'échec politique était pourtant patent. Plus la superficie du territoire se réduisit, plus ce mythe grandit, effaçant, dans la mémoire collective, le souvenir de la violence politique, des dissensions et soulèvements incessants formant la trame de l'histoire andalouse.

Depuis sa naissance au XIXe siècle, la littérature arabe moderne, prose et poésie confondues, ne cesse d'interroger ce mythe, véritable paradigme de la nostalgie, et de le relayer . Dans le contexte de l'essor, du triomphe puis des revers du nationalisme arabe, ce questionnement prend la forme d'un périple conduisant du présent vers le passé, de l'Est vers l'Ouest, du « Je » vers l'Autre, de l'Histoire vers le mythe, à la croisée des chemins entre l'exaltation d'un passé glorieux et parfait, duquel toute ambivalence a été éliminée, et la prise de conscience aigüe d'un présent dévasté. Il serait sans doute intéressant d'observer quels sont les traits d'al-Andalus les plus souvent retenus par les auteurs. Privilégient-ils une période en particulier, parmi ces huit siècles de présence musulmane ? Une région, une ville ? Un règne ? Une dynastie ? Quelles sont les figures retenues le plus volontiers parmi les souverains, les lettrés, les savants d'al-Andalus ? Voici quelques pistes susceptibles d'orienter le dernier volet de nos rencontres, dédié au traitement de ce mythe dans l'écriture arabe moderne et contemporaine.

Sommaire :

Première Journée :

Matin : Genèse de l'écriture de la nostalgie dans la production littéraire arabe

Président de séance : M. Kadhim Jihad Hassan

9h 00 : Accueil des participants

9h30-10h : Allocation de Monsieur Jacques Legrand, Président de l'Inalco.

10h-10h30 : Mohamed Bakhouch (Aix) : La nostalgie dans la poésie omeyyade

10h30-11h : Hachem Foda (Paris VIII) : Louanges posthumes.

11h -11h 30-: Georgine Ayoub (INALCO) : Les traces de l'étranger.

11h30-12h : Discussion

Après-midi

Président de séance : Mme Zaïneb Benlagha

14h-14h30 : Kadhim Jihad Hassan (INALCO) : Châteaux en Espagne : Lecture du poème unique d'Ibn Zurayq al-Baghdâdî.

14h30- 15h : Mary Bonnaud : L'écriture de la nostalgie chez Abû Nuwâs.

15h-15h30 : Abdallah Bounfour (INALCO) : La nostalgie de l'origine.

15h30-16h : Eve Feuillebois (Paris III) : Nostalgie et absence de Dieu : évolution de la notion et de son expression dans le ghazal persan du 11e au 13e siècle (Sanâ'î, ‘Attâr, ‘Irâqi et Rûmî).

16h-16h30 : Discussion

Deuxième journée :

Matin : L'écriture de la nostalgie dans la production d'al-Andalus

Président de séance : M. Sobhi Boustani

9h30-10h : Emmanuelle Tixier Du Mesnil (Paris Ouest Nanterre) : Histoire de la nostalgie andalouse.

10h-10h30 : Brigitte Foulon (INALCO) : Paysage et nostalgie dans la poésie andalouse.

10h30-11h : Slim Ridène (Manouba, Tunis) : Les toponymes dans la poésie de la nostalgie en Ifrīqiya et en Andalousie à partir du V/XIe siècle.

11h-11h30 : Pause et discussion

11h30-12h : Fatima Tahtah (Université Mohamed V, Rabat) : La nostalgie dans la poésie d'Ibn al-Khatîb.

12h-12h30 : Abdelghani Benali (INALCO) : Les Aftasides de Badajoz : une dynastie arabe ?

12h30- 13h : Discussion

Après-midi : Ruptures /continuités à l'époque moderne

Président de séance : Mme Georgine Ayoub

14h30-15h : Zaïneb Benlagha (Paris III) : Nostalgie et écriture de l'histoire : le roman historique chez Zaydan.

15h-15h30 : Sobhi Boustani (INALCO) : De l'Andalousie à Beyrouth, nostalgie ou colère : essai sur la poésie de Mahmoud Darwich.

15h30-16h : pause et discussion

16h- 16h30 : William Granara (Harvard) : Al-Andalus in modern Arabic Culture : a Lingering Obsession.

16h30-17h -Rima Sleimane (INALCO) : Exil et nostalgie dans la poésie de Badr Châkir al-Sayyâb : écriture d'une perte multiple.

17h- 18h : Table ronde

 

 


Responsable : Brigtte Foulon et Kadhim Jihad Hassan

Adresse : 26, rue Clisson, 75013, Paris



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