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L’économie de l’évaluation
Pas besoin d’être docteur en docimologie pour savoir que l’évaluation objective n’existe pas plus que l’opinion publique. Et pourtant, alors que les procédures de ce type ne cessent d’être mises en œuvre dans l’enseignement et la recherche comme ailleurs, il apparaît toujours aussi difficile d’ouvrir un débat public quant aux critères et modalités de leur mise en œuvre. Un refus notamment justifié par [1] l’aspect purement “technique” de cette question. Rien de plus illusoire selon l’Association Française d’Économie Politique [2] (AFEP), qui vient de publier ses conclusions [3] quant aux processus d’évaluations des enseignants-chercheurs, fruit d’un travail collectif d’une trentaine de membres de l’AFEP. Un rapport qui intervient justement en même temps qu’un cas de refus de promotion injustifié selon l’association, du moins au regard des critères scientifiques. Nous reproduisons ci-dessous le communiqué publié par l’association le 3 octobre dernier.
L’Association Française d’Economie Politique a constitué une Commission Évaluation, composée d’une trentaine de chercheurs et d’enseignants-chercheurs. La Commission a travaillé pendant un an dans la perspective que s’est fixée l’association : promouvoir le pluralisme des approches, celui des méthodes et des objets de recherche.
Cette Commission a rendu public son rapport [3], dans la perspective d’une refonte très profonde de la démarche d’évaluation.
Ses conclusions principales sont les suivantes :
1.L’AFEP défend les processus d’évaluation contradictoires et pluriels, et souhaite promouvoir une évaluation respectant le pluralisme des objets, des méthodes et des approches conceptuelles.
L’évaluation ne doit pas être conduite pour vérifier la conformité à une norme de pensée et de pratiques. La recherche en économie ne peut se réduire à une conception où la pratique de la recherche est réduite à un ensemble de techniques qu’il faudrait maîtriser.
2. L’AFEP considère que les modes d’administration de la preuve sont multiples, empruntant au bagage commun des autres sciences sociales.
L’AFEP s’oppose à une évaluation qui dérive vers une pratique de contrôle, et qui ne conçoit la recherche que comme l’application de ces techniques, assimilant la non-soumission à ces techniques à l’absence de travail, ou de résultats.
3. L’AFEP estime que l’évaluation a pour but de marquer d’éventuelles étapes dans le développement de programmes et d’engagements, et de fournir aux évalués un regard extérieur, et accompagnant. Le changement profond du régime d’évaluation que l’AFEP entend promouvoir s’inscrit dans cette perspective d’accompagnement des laboratoires comme des enseignants-chercheurs. Cela inscrit l’exercice d’évaluation dans le temps long.
4. Dans cette perspective, l’AFEP considère qu’il convient de veiller à ce qu’il n’y ait ni conflits d’intérêts, ni défiance réciproque entre évaluateurs et évalués. Cette condition est d’autant plus indispensable que fleurissent les diverses « excellences », qu’il s’agisse des Chaires, des « laboratoires d’excellence » (« Labex »), des « initiatives d’excellence » (« Idex »), de la Prime d’Excellence Scientifique, etc., avec à la clé la constitution, de fait, d’ « évaluateurs professionnels ».
L’ensemble de ces éléments conduit l’AFEP à demander que toutes les pratiques de notation, de quota et de classement soient abandonnées. Les notations tendent en effet à doter l’évaluation d’une illusoire objectivité, quasi-mécanisable, et produite rapidement. L’AFEP estime au contraire que les processus d’évaluation contradictoires et pluriels qu’elle revendique nécessitent de prendre du temps : le temps de lire les travaux de recherche des enseignants-chercheurs, le temps d’évaluer les résultats des formations auxquelles ils apportent leur contribution, et le temps de prendre connaissance et de comprendre le contexte des projets scientifiques des laboratoires.
Pour en savoir plus : le communiqué du 29 septembre 2011 [4] consécutif au refus de promotion de P.Batifoulier.
[1] Image: http://agora.hypotheses.org/files/2011/10/Mn_108a.jpg
[2] Association Française d’Économie Politique: http://www.assoeconomiepolitique.org/
[3] ses conclusions: http://www.assoeconomiepolitique.org/spip.php?article328
[4] communiqué du 29 septembre 2011: http://www.assoeconomiepolitique.org/spip.php?article334
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