

"L'acte éducatif confronté aux lois du marché", Martine Alcorta, conseillère générale Europe-Ecologie, Sud-Ouest, 07/01/2011
La suppression de postes dans l'Éducation nationale est le symptôme d'une pulsion de démantèlement qui va au-delà de la suppression des moyens. C'est tout un projet éducatif qui est attaqué par une volonté politique de reconsidérer l'acte éducatif comme un objet marchand à soumettre aux lois du marché. Au-delà de la volonté larvée de privatisation, l'esprit de chalandisation, pour emprunter un terme à Michel Chauvières, a pénétré depuis longtemps les institutions de service public au point de les miner de l'intérieur à travers les pratiques de gestion et de management importées du secteur privé. Sous prétexte d'autonomie, concept fort louable et nécessaire lorsqu'il s'accompagne d'une véritable participation et implication de tous les acteurs éducatifs, la dépendance à l'économie de marché s'est progressivement installée en commençant par la recherche dans les universités ; elle gagne, depuis, du terrain dans la formation professionnelle, qui devient une formation à l'emploi et non plus au travail.
Soyons clairs, nous ne nous faisons pas les défenseurs d'une éducation hors sol qui ne voudrait former que des esprits éclairés sans lendemains de projets professionnels. L'économie a toujours été un partenaire de la recherche, de la formation professionnelle, et il ne serait pas à exclure que cette dimension soit mieux intégrée dans une école plus ouverte sur la vie quotidienne et sociétale. Mais sa logique ne doit pas prévaloir sur celle d'une formation et d'une éducation qui doit d'abord préparer les jeunes à pouvoir s'affranchir des contraintes de la vie sociale et professionnelle. S'affranchir signifie pouvoir les identifier, les accepter et les maîtriser sans les subir. L'autonomie doit s'imposer face à l'hétéronomie des comportements, comme le préconisent si bien les penseurs de l'écologie politique. L'autonomie n'est pas le déni des contraintes ou leur évitement, elle est la capacité à construire ses propres limites, ses propres règles, ses propres motivations, son envie d'apprendre et de partage. Il n'y a pas de société autonome sans individus autonomes, disait Castoriadis, et une société autonome est celle où le contrôle sur les personnes, leur vie au travail, à l'école, au quotidien est rendu le moins nécessaire possible grâce à l'autocontrôle et l'autolimitation qu'un projet éducatif d'autonomie a permis de développer...
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