Fabula, la recherche en littérature (agenda)

Journée Pierre Senges

Evénement

Information publiée le dimanche 21 octobre 2012 par Alexandre Gefen (source : Laurent Demanze)

Vendredi 16 novembre 2012, Maison de la Recherche, 4 rue des Irlandais, 75005 Paris

 

Le vendredi 16 Novembre 2012 de 9h à 17h30 à la Maison de la Recherche, 4 rue des Irlandais, 75005 Paris, salle Claude Simon.

Journée d’étude organisée par Audrey Camus, Laurent Demanze & Bruno Blanckeman dans le cadre des activités du Centre d’Études sur le Roman des Années Cinquante au Contemporain (CERACC, EA4400 «Écritures de la modernité», Université Paris III – CNRS), en présence de l’auteur.

 

Dans les « leçons américaines » qu’il écrivait pour l’Université Harvard, Italo Calvino esquissait les contours de la littérature à venir à travers les notions de légèreté, rapidité, exactitude, visibilité et multiplicité » (1). La dernière de ces conférences célèbre la forme de l’encyclopédie ouverte, qui relie selon Calvino les oeuvres majeures du XXe siècle et dont il appelle la perpétuation de ses voeux. Sont notamment cités Thomas Mann, Joyce, Musil et Proust, mais aussi Gadda, Lichtenberg, Borges, ou encore le Flaubert de Bouvard et Pécuchet, en lesquels on reconnaît les lectures favorites de Pierre Senges.

Et s’il est un écrivain qui semble avoir entendu l’appel des Leçons américaines, c’est bien Pierre Senges. Son premier livre, en forme d’anatomie, exauce en effet le souhait de son aîné au seuil du millénaire, en faisant de l’érudition un véritable conte de fées (2). Au début de Veuves au maquillage (3), le commis aux écritures dans l’ombre duquel se tient le romancier explique ainsi que son métier « l’oblige à se fournir en documentations, en archives », avant d’évoquer sa prédilection pour « les Oeuvres Complètes d’un chirurgien du roi datant du siècle des cautères, deux mille pages traitant d’anatomie, de bandages, de vérole, de monstres, d’enfant sans tête, de comète en forme d’épée, et de voyages ». Ce nouveau livre des merveilles – dans lequel le lecteur perspicace aura reconnu l’ouvrage d’Ambroise Paré – donnera naissance à la fiction, en même temps qu’à l’oeuvre de Pierre Senges qu’elle inaugure.

Depuis, en effet, les livres se sont multipliés, explorant chacun à son tour un territoire des savoirs – géographique (La Réfutation majeure, Environs et mesures…), botanique (Ruines-de-Rome), scientifique (Essais fragiles d’aplomb…) ou littéraire (Sort l’assassin entre le spectre, Fragments de Lichtenberg, Études de silhouettes) – pour constituer parcelle par parcelle une encyclopédie érudite et inventive. L’érudition, loin de constituer une clôture de l’attesté ou un emprisonnement dans les rets d’une réalité intangible, y apparaît au contraire comme une puissance de désordre, bouleversant les représentations et ébranlant les certitudes. L’oeuvre de Pierre Senges s’inscrit par là dans cette littérature contemporaine qui, comme Nathalie Piégay-Gros l’a récemment rappelé, réarticule fortement les savoirs et la littérature, s’enfonce dans l’érudition mais pour y puiser une puissante sollicitation de l’imaginaire (4).

Cette réflexion collective s’attachera donc principalement à analyser à travers l’oeuvre singulière de Pierre Senges les rapports renouvelés de l’invention et de l’érudition, la première convoquant l’autre pour mieux la violenter par un déport ironique et des renversements burlesques. Alors qu’installé dans la bibliothèque, l’écrivain brouille les références, efface les écritures ou leur adjoint ses productions apocryphes, on pourra notamment étudier ces figures de l’intertextualité que sont le copiste, le faussaire ou l’imposteur ; examiner cette puissance d’enchantement que l’auteur sollicite dans les savoirs moins pour découvrir la vérité que pour la contester ; s’interroger sur ces tournures baroques qui constituent un éloge lucide des apparences, non dénué de portée subversive.

 

 

Notes:

1. Italo Calvino, Leçons américaines : aide-mémoire pour le prochain millénaire, Paris, Gallimard, « Du monde entier », 1989.

2. La comparaison est de Pierre Senges lui-même (« Pierre Senges, fragile et d’aplomb », Remue.net, 2004).

3. Pierre Senges, Veuves au maquillage, Paris, Verticales, 2000.

4. Nathalie Piégay-Gros, L’Érudition imaginaire, Genève, Droz, 2009.

PROGRAMME

 

Vendredi 16 novembre 2012

À partir de 08h45 Accueil des participants, café

 

Matinée – L’envers des savoirs : erreurs, lacunes et apocryphes

Présidence : Marc Dambre

 

09h15 Mots de bienvenue & Introduction

09h45 La carence et l’excès : information et lacune dans Les Aventures de Percival – Hugues Marchal (Université de Bâle)

10h15 « La chute était leur trajectoire » : échec, erreurs et ratés chez Pierre Senges – Fabien Gris (Université Jean Monnet, Saint-Étienne)

10h45 La voix agonistique du faussaire – Aurélie Adler (CERACC)

11h15 Discussions

 

Après-midi – Potentialités de la littérature : études et exercices

Présidence : Bruno Blanckeman

 

14h00 L’Utopie revisitée – Audrey Camus (CMRC/CERACC)

14h30 Variations contraintes – Anne Roche (Université de Provence)

15h00 Escapades et escampette : deux encyclopédistes en goguette – Laurent Demanze (ENS Lyon)

15h30 Discussions et Pause

16h30 Entretien avec Pierre Senges

 

Avec le soutien financier de la Direction des Relations Internationales de l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3.

Contacts : Audrey Camus Audrey.Camus@rmc.ca – Laurent Demanze laurent.demanze@ens-lyon.fr – Bruno Blanckeman bruno.blanckeman@univ-paris3.fr . Communication : Nadia Ladjimi nadia.ladjimi@univ-paris3.fr

 

 




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