Fabula, la recherche en littérature (appels)

Littérature de l’ivresse / Ivresse de la littérature

Appel à contribution

Information publiée le lundi 3 décembre 2012 par Perrine Coudurier (source : Danilo Marino)

Date limite : 17 février 2013

APPEL A COMMUNICATIONS

JOURNEE D’ETUDE

Littérature de l’ivresse / Ivresse de la littérature

 

INALCO - CERMOM, Vendredi 21 Juin 2013

L’ivresse (sukr) est un état d’exaltation psychologique et d’excitation physique dû, dans la plupart des cas, à l’absorption d’une substance enivrante, telle que le vin ou diverses autres drogues, qui entraîne un état modifié de la conscience. L’étourdissement déclenche une attitude de désinvolture vis-à-vis de la morale commune ainsi qu’une perte momentanée de l’inhibition et de la maîtrise de soi-même (ḥilm). Les effets des enivrants ont étés souvent associés aux états d’extase et de suspension de la réalité, pendant lesquels le sujet expérimente des sensations qui n’ont pas d’égales dans la normalité et la sobriété (ṣaḥw) et il s’ouvre ainsi un espace de liberté intellectuelle et d’imagination semblable au rêve et à la folie.

Or, dans l’expérience poétique, la lecture simple ou répétée de certains poèmes ou textes peut aussi provoquer un état ou une succession d’états analogues au sukr, qui finissent par  confondre une parole sur l’ivresse et souvent l’amour (‘ishq), qui en est rarement éloigné, avec l’ivresse elle-même et la réalisation de la relation amoureuse. En outre, le motif de l’ivresse est largement exploité dans la poésie d’éloge (madḥ) pour représenter la générosité de la personne célébrée.

Après les travaux pionniers de Wagner, Bencheikh, Rosenthal et Kennedy, et, si on s’ouvre à d’autres substances que le vin, les études très récentes sur les drogues dans l’Islam médiéval conduites par Indalecio Lozano Cámara, le sujet paraît aujourd’hui d’autant plus fascinant qu’il marque durablement l’Islam médiéval non seulement à l’époque classique mais tout autant et peut-être même plus ou, du moins, d’une manière plus diversifiée, l’époque post-classique où l’on verra s’imposer d’autres vecteurs de l’ivresse. Car, en dépit de l’alternance de périodes de grande ou faible tolérance, les substances enivrantes ont été largement produits et consommés dans le dār al-islām. Et si dans la qaṣīdah préislamique le motif du vin et de l’ivresse semblent encore peu fréquents, à partir de la période omeyyade tardive et puis surtout le califat abbasside, la ḫamriyyah va acquérir son statut de genre littéraire indépendamment du ġazal, à travers la codification d’un ensemble d’images et de clichés. Toutefois, le motif bachique, pour garder cet exemple, va conserver un dialogue serré avec la poésie érotique, en vertu des analogies existantes entre l’état d’ivresse et l’exaltation provoqué par l’amour et la passion. D’autre part, l’ensemble des images de la poésie bachique ainsi que du ġazal, sera largement exploité dans les compositions des mystiques soufis, qui ne se limiteront pas à remanier des clichés littéraires, mais seront même accusés de s’abandonner à tous les vices lors de leurs pratiques dévotionnelles, comme si l’exaltation mystique et la littérature qui s’en inspire devenait elle-même ivresse et débauche. Au début de l’époque post-abbaside, on voit apparaître cependant des représentations poétiques et littéraires de l’ivresse (anecdotes des Mille et une nuits sur les « mangeurs de haschisch ») provoquée par la consommation de substances autres que le vin qui ouvriront la voie à de nouvelles formes littéraires et, peut-être, à une nouvelle esthétique.

L’objectif de ce colloque est précisément d’examiner quelques uns des aspects de l’ivresse, dans la littérature ou par la littérature, entre les périodes classique et postclassique, selon les axes de réflexion  qui suivent :

  • Littérature de l’ivresse : comment  la littérature de l’ivresse prend-elle place sur le plan générique ? Peut-on identifier l’émergence ou le développement d’une telle thématique en rapport avec un phénomène littéraire ou contextuel précis? Comment y associer, dans le temps, la variation des substances enivrantes en jeu ?
  • Ivresse de la littérature : étant donné que le sukr est une forme de « ravissement (ṭarab) qui provoque un plaisir (laḏāḏah) sans intellect (ʻaql) », selon la formule d’Ibn Taymiyyah (m. 728/1328), peu susceptible de complaisance, quel est le rôle des autres facteurs tels que le chant, la musique, la danse mais aussi la poésie et la littérature elle-même dans la stimulation d’un état d’ivresse ? Quelles relations subsistent entre les représentations littéraires de l’ivresse et le mysticisme, voire le droit islamique et la médicine, qui jouera un rôle important ?
  •  Sur le plan méthodologique : jusqu’à quel point les compositions peuvent être considérées comme des documents pour une analyse de l’histoire et de la société de l’époque ?
  • Ouverture : quelle place occupe ces différentes problématiques dans des contextes non arabes (persan, turc, berbère, Europe latine et médiévale, etc.) à l’époque pré-moderne ?

Participation : les personnes désireuses de participer, en priorité Doctorants, Docteurs de recherche et Jeunes chercheurs, sont priées d'envoyer le titre de leur communication accompagné d'un abstract (maximum 300 mots) et un CV (maximum 200 mots), rédigés en français ou en anglais, à Danilo Marino (danilo.marino@inalco.fr) avant le 17 février  2013.

Les frais de séjour et de voyage des participants seront à leur charge

 

Organisateur :

Danilo Marino (INALCO, Paris)

 

Comité scientifique :                                                                     

Leili Anvar (INALCO, Paris)                                                          

Aboubakr Chraïbi (INALCO, Paris)                                             

Beatrice Gruendler (Yale University)


Responsable : Danilo Marino



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