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Jean Lorrain: Lettres à Marcel Schwob

Parution livre

Parution : 12 janvier 2006.

Information publiée le mardi 26 décembre 2006 par Bernard Gauthier (source : Société Marcel Schwob)


Les éditions du Lérot viennent de publier les Lettres à Marcel Schwob de Jean Lorrain, excellemment présentées et annotées par Eric Walbecq. L’élégant volume réunit les lettres de Lorrain conservées à la Bibliothèque municipale de Nantes dans le fonds Schwob, qui sont demeurées jusqu’ici inédites (28 lettres et billets datant des années 1892-1896), quelques lettres de Schwob à Lorrain, et un ensemble de textes qui témoigne de la complicité entre les deux écrivains (contes de l’un dédiés à l’autre, texte satirique d’Ernest la Jeunesse associant les deux auteurs dans Les nuits, les ennuis et les âmes de nos plus notoires contemporains, paru en 1896).
Dans sa présentation, Eric Walbecq évoque la rencontre entre Lorrain et Schwob à la rédaction de L’Echo de Paris ; dès 1892 une amitié naît, et l’on voit les deux figures hanter les mêmes lieux — fêtes foraines et bals publics que traverse le « scandaleux » Lorrain accompagné de son compère: « nous pourrons faire une halte à la Fête des Invalides, où vos instincts malsains et vos curiosités coupables trouveront, je crois, un sûr aliment. » (lettre de Lorrain à Schwob, [fin août 1895]). Schwob dédicace à Lorrain « Le Sabbat de Mofflaines » (Le roi au Masque d’or), Lorrain en réponse dédicace « Les Trous du masque » (Contes d’un buveur d’éther), et ne se cache pas de s’inspirer directement des textes de son ami. Ernest La Jeunesse, dans sa satire, les transforme en deux doubles égarés au milieu d’un paysage lettré et décadent : « M. Schwob gardait sa face morte et ses yeux vagues. M. Lorrain sentit qu’il le regardait. Et il eut froid. Dans les yeux presque fermés de son compagnon il lui semblait qu’il voyait sa propre image… » (« Chands d’cauchemars », Les nuits, les ennuis…). Lorrain adresse à Schwob un billet ému après la mort de la mystérieuse Vise, manifestant sa proximité avec l’ami éploré.
A la fin de 1892, Le duo s’est fait trio, si l’on peut dire, lors du fameux séjour parisien d’Oscar Wilde, que Schwob présente alors à Lorrain. C’est en quelque sorte Salomé qui sert « d’entremetteuse » : « Un conte que j’avais publié sur Salomé piqua la curiosité d’Oscar Wilde, déjà préoccupé, il faut croire, de la figure de la fille d’Hérodias, le poète anglais désira me connaître, et un peu flatté de sa curiosité, je l’avoue, je priais Marcel Schwob de me l’amener à déjeuner et Marcel Schwob me l’amena. » La correspondance mentionne à plusieurs reprises l’auteur du Portrait de Dorian Gray, et Eric Walbecq nous éclaire très judicieusement en reprenant deux textes de Lorrain consacrés à Wilde, notamment l’article sur sa mort publié dans Le Journal le 6 décembre 1900.
L’ « Affaire » mettra fin à l’amitié entre Marcel Schwob et Jean Lorrain, en raison de l’anti-dreyfusisme du second ; prise de distance plutôt que rupture complète, comme entre Schwob et Valéry. La dernière lettre de Lorrain date de l’été 1896, mais un an plus tard il fait parvenir à Schwob ses Contes pour lire à la chandelle, avec un bel envoi.
Le volume édité par le Lérot est joliment rehaussé d’illustrations : plusieurs dessins et portraits de Lorrain, ainsi qu’un portrait de Marguerite Moreno en 1894 et une étonnante photographie de Catulle Mendès — deux autres « protagonistes » importants de la correspondance. BG
Jean Lorrain : Lettres à Marcel Schwob, Du Lérot éditeur (Tusson), novembre 2006, 110 pages. 28 euros.
A l’occasion de cette publication, une soirée en librairie est organisée à Paris le vendredi 12 janvier, à l’Arbre à lettres, 2 rue Edouard Quenu, 75005. A partir de 19h.


Url de référence :
http://www.marcel-schwob.org



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