


Théorie queer et psychanalyse
de Javier Sáez
traduit par Françoise Ben Kemoun
Dans la collection "Essais"
octobre 2005
220 pages
22 Euros
ISBN : 2-908855-85-2
Depuis quelques dizaines d'années, la constitution au grand jour de communautés féministes, gay, lesbiennes, transgenres, bi, S/M a permis de poser d'inédites questions sur le sexe et le genre (gender). Plus récemment, en refusant l'enfermement des « minorités sexuelles » dans une problématique identitaire, le mouvement queer a redistribué encore autrement les cartes.
Comment cet abord redoublé aurait-il pu négliger ce qui, jusque-là, en Occident, occupait le terrain, à savoir la psychiatrie et la psychanalyse ? Rien pourtant ne permet d'affirmer que, côté queer, se soit forgée une pensée unique sur la psychanalyse. Bien au contraire, tandis que certains accueillent de manière critique tel ou tel de ses apports, le jugeant même indispensable, d'autres prennent grand soin de cheminer hors champ freudien ; d'autres encore soulignent la façon dont la théorie psychanalytique, en devenant normative, sert des fins ouvertement répressives.
En partant de la situation particulière à l'Espagne, libération rapide des mouvements gay après la mort de Franco et pénétration récente de la psychanalyse lacanienne , Javier Saez brosse le tableau des avancées d'auteurs queer nord-américains (Judith Butler, Teresa de Lauretis, Gayle Rubin,) mais également européens (Monique Wittig, Beatriz Preciado, Marie-Hélène Bourcier, Didier Eribon). Il retrace les temps forts de cette tension entre le mouvement queer et la psychanalyse : reconnaissance, affrontements, malentendus. Il s'ensuit une psychanalyse pas moins divisée par la critique queer que ne l'est celle-ci par celle-là : contestée pour son homophobie, pour n'avoir pas pu se déprendre de la normativité psychiatrique ou n'avoir pas su débusquer l'origine historique et idéologiquement marquée de certains de ses concepts, la psychanalyse s'avère cependant susceptible de redonner vie à sa capacité subversive. On en veut pour preuve l'oeuvre de Jacques Lacan, qui, elle aussi, questionne les formes de la subjectivation dès lors qu'on cesse de les réduire à des identités sexuelles.
On chercherait en vain dans cet ouvrage une quelconque synthèse. Ce n'est pas la moindre de ses qualités.
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