Fabula, la recherche en littérature (actu)

J. Pigeaud, Melancholia. Le malaise de l'individu.

Parution livre

Information publiée le samedi 27 septembre 2008 par Marc Escola



_blank

Melancholia - Le malaise de l'individu
Jackie Pigeaud

Paru le : 03/09/2008
Editeur : Payot
Collection : manuels payot

EAN : 9782228901765
Nb. de pages : 269 pages

Prix éditeur : 18,00€


L'éminent helléniste et spécialiste de la médecine ancienne, Jackie Pigeaud, nous livre ici une histoire de la mélancolie, née avec les Grecs, qui tentent de construire une stratégie de vie entre philosophie et médecine.

Sommaire:

LE SENTIMENT DE SOI-MEME
Hérophile
L'anatomie galénique
Harvey
La pathologie de la kardia
La pathologie du coeur
Le coeur lui-même, le coeur-viscère, peut-il être
malade ?
Revenons un peu en arrière
La coenesthésie
LA VOIX INTERIEURE
La mélancolie et la Sibylle
La vacation
La chasteté
Les procédés de la divination
La Sibylle et la
Pythie
L'écrit ou la voix ?
De quelques textes et de leur interprétation
La folie de la Sibylle
La Sibylle parle en vers
Les ventriloques
QUELQUES REFLEXIONS SUR LE REVE ANTIQUE
La profondeur des rêves
L'océan
Le solipsisme, la solitude du rêve
Le rêve érotique, La force du rêve
L'oneirôgmos

*  *  *

On trouvera sur le site nonfiction.fr un compte-rendu sur cet ouvrage:

"De l'anatomie compliquée, des âmes compliquées", par K. Picciau.

*  *  *

Dans Le Monde des livres du 25/9/8, on pouvait lire un article de Roger-Pol Droit sur cet ouvrage:

"Melancholia", de Jackie Pigeaud : "L'Antiquité, j'y habite..."

En apparence, cet homme tranquille est un universitaire haut de gamme. Né en 1937, professeur émérite de littérature latine à l'université de Nantes, Jackie Pigeaud possède les attributs majeurs de la notoriété académique. Membre de l'Institut universitaire de France, responsable de plusieurs centres de recherches, de revues, organisateur de multiples colloques et rencontres, il est l'auteur d'une quinzaine de livres et de quelques dizaines d'articles et contributions diverses. Jusque-là, terrain bien balisé.

Pourtant, dès qu'on entre dans le dédale de l'oeuvre, une singulière étrangeté s'impose. Car ce savant lecteur a de déconcertantes curiosités. Ce qui l'intéresse ? Avant tout, "la maladie de l'âme", à la jointure du corps et du psychisme. Qu'on la nomme "folie", "mélancolie", "manie", comme le firent les Anciens, ou "dépression", "hystérie", "névrose", à la façon des Modernes, ce trouble fondamentalement humain remet en question la séparation de l'esprit et de la chair. Dès qu'on le prend en compte, il devient impossible de réserver une fois pour toutes les idées au philosophe, et les organes au médecin. Perturbation de l'existence, ce malaise brouille les partages fondateurs entre raison et passion, corps et âme, matière et esprit.

A sa poursuite, Jackie Pigeaud n'a cessé de suivre de nouvelles pistes, du côté des rêves, de la magie, des oeuvres d'art. Elles l'ont conduit à traverser les siècles - ou plutôt à retracer les manières nouvelles dont les figures de l'Antiquité ont perduré d'époque en époque. Sa méthode - dont la cohérence se révèle à présent, une fois un grand parcours accompli - est aussi peu orthodoxe que les sujets dont il traite. "Je crois au hasard", dit-il, ajoutant aussitôt : "Quand j'ai commencé ma thèse, je ne savais pas du tout où j'allais." Après avoir combiné longuement érudition et rêverie, poétique et philologie, rigueur et surprises, auteurs canoniques et corpus insolites, il tire quelques leçons du chemin parcouru.

L'erreur serait de croire que ses savants travaux relèvent simplement de l'histoire de la médecine dans l'Antiquité. Car l'enjeu est autrement vaste, et plus lourd de conséquences. C'est d'abord une mise en lumière de l'importance cruciale, et trop souvent oubliée, de la "pensée médicale" dans la culture européenne. "Ce furent d'intenses bonheurs, et d'importants moments de ma vie, de découvrir combien de grands auteurs, comme Hippocrate ou Galien, n'étaient pas simplement des médecins, comme on les voit aujourd'hui, c'est-à-dire des praticiens, mais les artisans d'un imaginaire extraordinaire, d'une richesse littéraire et philosophique exceptionnelle. En fait, la médecine occidentale est d'abord née comme discours général sur l'homme et sur son rapport avec le monde. Elle ne s'est spécialisée qu'ensuite. J'ai donc tenté une histoire de ce que je n'appelle pas "la médecine", mais plutôt "la pensée médicale"."

La stabilité de cette pensée, au fil du temps, surprend. Jackie Pigeaud fait voir des strates à peu près immobiles depuis les Grecs jusqu'au XIXe siècle. "On trouve encore chez Laennec les mêmes problèmes, et les mêmes descriptions, que chez Hippocrate. Tout au long de l'histoire, les médecins lisaient les textes grecs, les commentaient ou les retraduisaient." Quand donc cette longue tradition prend-elle fin ? "Au cours du XIXe siècle. Quand Littré commence à publier sa traduction des oeuvres d'Hippocrate, vers 1830, tout le monde est encore familier de ces textes. En 1870, quand il achève son édition, cet univers semble déjà lointain. Claude Bernard est passé par là, Pasteur ne va pas tarder. Le lien à la pensée antique commence à s'estomper."

Tout ne s'efface pas, malgré tout. En effet, plus que tout autre, le domaine de la psychopathologie demeure lié, de manière constitutive, à une réflexion sur les passions, les émotions, l'histoire de l'individu et, plus généralement, la condition de l'homme. Or une telle réflexion, qu'elle le sache ou non, continue de plonger ses racines dans le monde antique. C'est ce que montre notamment le beau livre intitulé Melancholia qui vient de paraître. En revenant sur cette maladie qui n'en est pas vraiment une, et qui prend toutes les formes relatives à la douleur d'exister, Jackie Pigeaud esquisse, en touches discrètes, un bilan de son vaste périple.

"L'enjeu de la mélancolie, en fin de compte, dit-il, c'est le rapport de l'âme et du corps, la ligne entre nature et culture. Parler de la mélancolie en ces termes a aussi pour but, à mes yeux, d'intégrer le "fou" à la culture, de lui redonner une dignité, non pas seulement à l'intérieur d'une histoire particulière, la sienne, mais dans l'histoire de l'imaginaire culturel." Car tel est le véritable horizon de tout son travail : explorer les lignes de force d'une histoire de l'imaginaire, dont les oeuvres antiques ont été les supports, durant des siècles, jusqu'à la Renaissance et à Winckelmann.

Plus que simplement délaissé, ce rapport à l'antique semble aujourd'hui refoulé. "L'antique, c'est notre inconscient culturel", n'hésite pas à écrire notre auteur. Quand on l'interroge sur cette formule, il finit par préciser : "L'Antiquité, j'y habite, c'est mon entourage. J'interprète beaucoup de choses grâce à elle. On ne peut pas travailler toute sa vie avec des gens comme Hippocrate ou Virgile sans être affecté, impressionné et modifié... Car ils ont pratiqué une forme de régulation de l'imaginaire. Leurs choix pratiques, esthétiques, éthiques étaient portés par une puissante rêverie. C'est à cela qu'il faut donner accès. Ce qui nous manque le plus, c'est de retrouver un lien à ces émotions. Cela vaut bien qu'on y travaille..." Cet homme tranquille, finalement, rêve d'inquiéter notre époque. En profondeur, intelligemment. Cela devient rare.

MELANCHOLIA de Jackie Pigeaud. Payot, "Manuels Payot", 272 p., 18 €. Pour découvrir cette oeuvre, on se reportera notamment à la thèse de Jackie Pigeaud, publiée en 1981 et rééditée en 2006 avec une préface inédite, La maladie de l'âme. Etude sur la relation de l'âme et du corps dans la tradition médico-philosophique antique (Les Belles Lettres, 590 p., 40 €), ainsi qu'à l'imposant recueil d'études intitulé Poétiques du corps. Aux origines de la médecine (Les Belles Lettres, "L'Âge d'or", 2008, 706 p., 40 €), sans oublier les prolongements esthétiques que dessine L'Art et le Vivant (Gallimard, 1995).






Derniers ouvrages parus :

Lexique nomade

A. Cousin de Ravel, Quignard, Maître de lecture. Lire, vivre, écrire

P. Engel, Les Lois de l'esprit. Julien Benda ou la raison

M. Crouzet, M. Myself ou La Vie de Stendhal (nouvelle version)

Laurence Brogniez (dir.), Écrits voyageurs. Les artistes et l'ailleurs

O. Biaggini, B. Milland-Bove (dir.), Miracles d'un autre genre  

Sévigné, Lettres de l'année 1671

A. Pope & J. Swift, Pensées sur différents sujets

H. Melville, Le Marchand de paratonnerres, suivi de La Véranda

Le Dit des Heiké

S. Kierkegaard, La Crise et une crise dans la vie d'une actrice

E. Maigret et M. Stefanelli (dir.), La Bande dessinée : une médiaculture

I. Raynauld, Lire et écrire un scénario - Le Scénario de film comme texte

J.-F. Bédia, Les Ecritures africaines face à la logique actuelle du comparatisme

Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Commentaire - Tome I : Études d'introduction

P. Engel, Les lois de l'esprit, Julien Benda ou la raison  

P. E. Fobah, Introduction à une poétique et une stylistique de la littérature africaine

M.-C. Alexandrine-Sinapah, Itinéraire d'un esclave-poète à Cuba - Juan Francisco Manzano (1797-1854) entre littérature et histoire

Cl. Launchbury, Music, Poetry, Propaganda. Constructing French Cultural Soundscapes at the BBC during the Second World War 

O. Rosenthal, Ils ne sont pour rien dans mes larmes

A. Alciato, Il libro degli Emblemi, secondo le edizioni del 1531 e del 1534

Marc Azéma, La Préhistoire du cinéma

J. Milly, Au seuil de l'image

I. Mons, Lou Andreas-Salomé. En toute liberté

N. Redouane, Lecture(s) de Rachid Mimouni

Fil d'informations RSS Fil d'information RSS   Fabula sur Facebook Fabula sur Facebook   Fabula sur Twitter Fabula sur Twitter