


Jeanne-Marie Clerc et Fabien Cruveiller. Parole de banlieue: Mounsi. Montpellier: Éditions du CERS (Centre d'Études et de recherches sociocritiques), 2009.
Isbn 13 (ean): 9782902879703
Analyse sociocritique de cinq textes de Mounsi, chanteur de rap devenu
romancier. Définition de la mentalité actuelle de ce qu'on appelle la
"troisième génération" issue de l'immigration maghrébine en France.
Les années 80 ont marqué en France l'irruption de la littérature « beur ». Celle-ci est produite par des écrivains issus de la seconde génération de l'immigration maghrébine qui ont dès l'abord manifesté un état d'esprit, une manière d'être ensemble et de vouloir « vivre avec », autrement dit une prise de conscience identitaire et une volonté d'insertion à la culture française. Mounsi s'inscrit en faux contre cette mouvance littéraire et culturelle. À l'instar des nouveaux auteurs que la décennie suivante a vus émerger, il refuse l'étiquette « beur » et fait le constat d'échec de la politique d'intégration menée au cours des années 80 par le gouvernement français. Son oeuvre est le reflet d'une quête d'écriture nouvelle pour dire la radicale originalité d'une expérience de l'immigration propre à la culture maghrébine en France. En ce sens, on peut penser qu'il repréente, d'une certaine manière, la sécrétion par la littérature "beur" de sa propre contestation. On montre comment, dans cette oeuvre, la mémoire conçue comme devoir à l'égard des pères, mais aussi comme douleur vécue de l'exil, génère une conscience à rebours, conscience divisée qui imprègne chaque roman d'un thème récurrent, celui de la schizophrénie.
On assiste donc à ce cheminement de la mémoire vers les origines au fil des romans. Si l'enfance kabyle n'est pas évoquée dans La Noce des Fous, elle l'est peu et par bribes dans La Cendre des villes. Puis, très présente dans Le Voyage des âmes, elle fait l'objet de tout un travail de recréation imaginaire.
Or, ce parcours inversé de la conscience, depuis le présent de l'exil jusqu'à l'enfance kabyle, va finir par engendrer une conscience hésitante entre deux identités.
Mais, l'expérience spécifique de l'exil au sein du « Maghreb périphérique » se traduit à travers la description de personnages rejetés dans les marges. Et ce rejet engendre la violence qui est à comprendre comme une revendication identitaire.
Cependant, le problème de la quête identitaire ne s'en trouve pas résolu pour autant. En effet, les personnages semblent condamnés à une identité tracée d'avance. Contre ce destin fatal, ils trouvent un refuge dans la nostalgie. Ce va-et-vient se traduit dans l'écriture par une réalité représentée à la fois de façon hyperréaliste et hypersymbolique.
Le métissage culturel apparaît alors comme une reconfiguration de la dépossession identitaire qui, d'une conscience aiguë de la souillure par la délinquance, à l'exil envisagé comme temps de l'épreuve, aboutit à une prévalence du thème de la mort,
« transcendée » en quelque sorte par sa mise en forme poétique.
Jeanne-Marie Clerc, professeur de littérature comparée émérite à l'Université Paul-Valéry/Montpellier 3, est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Assia Djebar : Écrire, Résister, Transgresser et Le roman gabonais et la symbolique du silence et du bruit.
Fabien Cruveiller, licencié ès lettres et titulaire d'un Diplôme d'Université d'Études francophones, travaille actuellement pour le Centre Méditerranéen de Littérature Orale à Alès.
Sommaire:
Introduction
I) LA MÉMOIRE
A. Une conscience à rebours
B. Le thème de la schizophrénie
II) L'EXIL
A. Le "maghreb périphérique"
B. Les mots et maux de l'exil
III) LA QUETE IDENTITAIRE
A. Une identité tracée d'avance
B. La nostalgie
C. Va et vient scriptural entre hyperréalisme et hypersymbolisme scriptural
IV) LE MÉTISSAGE CULTUREL
A. L'hyperconscience de la souillure
B. Mort et résurrection par l'écriture métisse
Conclusion
Bibliographie
A. Cousin de Ravel, Quignard, Maître de lecture. Lire, vivre, écrire
P. Engel, Les Lois de l'esprit. Julien Benda ou la raison
M. Crouzet, M. Myself ou La Vie de Stendhal (nouvelle version)
Laurence Brogniez (dir.), Écrits voyageurs. Les artistes et l'ailleurs
O. Biaggini, B. Milland-Bove (dir.), Miracles d'un autre genre Â
Sévigné, Lettres de l'année 1671
A. Pope & J. Swift, Pensées sur différents sujets
H. Melville, Le Marchand de paratonnerres, suivi de La Véranda
S. Kierkegaard, La Crise et une crise dans la vie d'une actrice
E. Maigret et M. Stefanelli (dir.), La Bande dessinée : une médiaculture
I. Raynauld, Lire et écrire un scénario - Le Scénario de film comme texte
J.-F. Bédia, Les Ecritures africaines face à la logique actuelle du comparatisme
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Commentaire - Tome I : Études d'introduction
P. Engel, Les lois de l'esprit, Julien Benda ou la raison Â
P. E. Fobah, Introduction à une poétique et une stylistique de la littérature africaine
O. Rosenthal, Ils ne sont pour rien dans mes larmes
A. Alciato, Il libro degli Emblemi, secondo le edizioni del 1531 e del 1534
Marc Azéma, La Préhistoire du cinéma