Fabula, la recherche en littérature (actu)

H. U. Gombrecht, Éloge de la présence

Parution livre

Parution : 14 janvier 2010.

Information publiée le dimanche 21 mars 2010 par Marc Escola



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Eloge de la présence - Ce qui échappe à la signification

[Production of presence]
Hans Ulrich Gumbrecht

Françoise Jaouën (Traducteur)

Paru le : 14/01/2010
Editeur : Libella-Maren Sell
ISBN : 978-2-355-80023-8
EAN : 9782355800238
Nb. de pages : 233 pages

Prix éditeur : 16,00€


Avec Eloge de la présence, Hans Ulrich Gumbrecht revient sur les grandes étapes de la pensée littéraire, historique et philosophique des trente dernières années.

Il postule avec audace qu'en se concentrant exclusivement sur la problématique de l'interprétation, c'est-à-dire sur l'attribution d'une signification, ces disciplines ont négligé la dimension " présence ". Pourtant, elle seule peut rendre tangibles les phénomènes et événements culturels en affectant les sens et les corps.

Eloge de la présence est un plaidoyer passionné pour une nouvelle approche conceptuelle dans la recherche et l'enseignement de la littérature, de l'histoire et de la philosophie.

Sommaire:

Matérialités / La non-herméneutique / Présence : récit anecdotique de ruptures épistémologiques
Métaphysique : une brève préhistoire de ce qui est en train de changer
Au-delà de la signification : positions et concepts en mouvement
Epiphanie / Présentification / Deixis : avenirs des humanities et des arts
Un instant de silence et un mot sur la rédemption

L'auteur:

Né en 1948 à Winzburg, en Allemagne, Hans Ulrich Gumbrecht a fait des études de langues, de philosophie et de sociologie en Allemagne, en Italie et en Espagne.
Il occupe aujourd'hui la chaire Albert Guérard de littérature comparée à l'université de Stanford, aux Etats-Unis. Il est également professeur associé au département de littérature comparée à l'université de Montréal, et fut, en 2003, professeur associé au Collège de France.

*  *  *

Dans Le Monde des livres du 19/3/2010, on pouvait lire cet article:

"Eloge de la présence", de Hans Ulrich Gumbrecht LE MONDE DES LIVRES | 18.03.10 | 12h32  •  Mis à jour le 18.03.10 | 12h32
Attention à ce petit livre en forme de manifeste : il vient déranger les idées les mieux reçues dans le monde universitaire - celles qui veulent que, dans les disciplines baptisées "sciences humaines" (philosophie, histoire, esthétique...), la seule démarche qui vaille soit de type "herméneutique". Autrement dit, qu'elle vise à dégager, derrière la forme matérielle des choses, la profondeur d'une signification.

Avec un humour et une précision que pourraient lui envier nombre d'historiens des idées, Hans Ulrich Gumbrecht, spécialiste de littérature comparée, né en Allemagne en 1948 et professeur à l'université de Stanford (Californie), retrace son itinéraire qui depuis trois décennies se confond avec celui des "études culturelles". Il décrit son scepticisme grandissant face à la vague de fond interprétative et autres "tournants linguistiques" dont le "constructionnisme" académique représente la pointe extrême, sinon la caricature : dans la foulée de la "déconstruction" inspirée par Jacques Derrida et Paul de Man, qui a fait florès sur bien des campus outre-Atlantique, il serait devenu de "mauvais goût" de considérer la réalité autrement que comme une pure et simple "construction sociale", dont la vérité se trouve dans le langage et jamais dans les choses, la substance ni les corps. Dans ces conditions, le reproche d'"essentialisme" (croire en une vérité qui n'est pas que d'ordre sémantique) peut coûter une carrière.

Certes, Gumbrecht n'est pas le premier à dénoncer ce prêt-à-penser qui est devenu aussi bien une rhétorique qu'un discours de reconnaissance entre initiés. Dans cet Eloge de la présence, en revanche, il est un des rares à proposer une démarche alternative pour les "humanités" : celle des "concepts non interprétatifs". Ces notions paradoxales que l'auteur, qui se défend d'être heideggerien, tire cependant du philosophe d'Etre et temps, s'opposent à une métaphysique qui, depuis Descartes, dévalorise l'espace au profit du sujet et de la "chose pensante". Rompant avec le spectateur d'autant plus rationnel qu'il est séparé du monde, il met en avant une philosophie de la proximité spatiale avec les choses - ce que recouvre le terme "présence".

Gumbrecht se concentre aussi bien sur le surgissement concret d'une oeuvre que sur la manière dont celle-ci affecte les corps, sans jamais se dissoudre dans l'abstraction du signe auquel modernité et postmodernité cherchent à la réduire obstinément. Ainsi la critique musicale inclura-t-elle désormais l'histoire de l'écoute, et l'on ne pensera plus l'histoire intellectuelle sans recourir au contact avec le livre ou avec l'imprimé.

La notion centrale à partir de laquelle l'auteur propose de repenser la démarche des sciences de l'esprit (opposée aux sciences "dures") est la Gelassenheit ("acquiescement") : ce concept heideggerien invite à laisser être les choses, à se plonger passivement en elles sur le modèle des mystiques, non pour s'y perdre mais pour entendre enfin ce qu'elles ont vraiment à dire.

Eloge de la présence. Ce qui échappe à la signification (Production of Presence) de Hans Ulrich Gumbrecht, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Jaouën, Libella/Maren Sell, 236 p., 16 €.


Nicolas WeillArticle paru dans l'édition du 19.03.10




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