

Le Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (CRHIA) des Universités de Nantes et de La Rochelle, en collaboration avec les institutions patrimoniales de Rochefort, ouvre une série de journées d'études annuelles autour de l'histoire du gouvernement des hommes en mer.
Ce projet de recherche pluridisciplinaire — Histoire, Littérature, Philosophie — observe les gens de mer par leur organisation politique. Le contrôle des équipages embarqués dans des espaces confinés exigeait en effet qu'un capitaine, seul maître à bord, fasse usage de rigueur dans sa conduite des hommes. Un pouvoir exceptionnel en résulte, pouvoir qui confère à la structure de commandement des navires une autorité renforcée et limitée par le temps d'une traversée.
Cette expérience singulière, trempée dans les flots océaniques, inspire littératures et réflexions politiques. Si elle est à l'origine d'un imaginaire de la mer, elle nourrit également nos libertés publiques, éprouvées par les contraintes de la houle. Des mutineries, aux châtiments à bord, en passant par les pratiques culturelles et le rôle des écritures embarquées, il est un récit politique de la mer à écrire. Entre utopie et tyrannie, le « gouvernement des hommes en mer » en tentera l'esquisse.
Première journée, le 1er juillet 2009 :
FUREUR ET CRUAUTE DES CAPITAINES EN MER
Organisation :
Pierre Prétou (Université de La Rochelle) et Denis Roland (Musée National de La Marine)
Vent debout, la sévérité des capitaines envers leur équipage alimente un motif classique des représentations du commandement maritime. De l'Antiquité à nos jours, les justifications de cette rigueur paraîtront diverses, qu'elles soient une nécessité militaire impérieuse, une contrainte liée au danger, ou une conséquence de la vie collective embarquée dans des espaces confinés.
Surgis de notre imaginaire ou histoire, les figures des capitaines Bligh, Achab ou Nemo scellent cette idée selon laquelle le commandement des navires incline à la fureur, la vindicte ou encore la personnalisation du pouvoir. Tour à tour, la cruauté des moyens employés légitime l'exploit naval, le défi humain ou la refondation d'une société nouvelle.
Ces histoires ne sont pas de simples récits isolés : elles éprouvent notre conscience politique aux périphéries hostiles du monde habité et trouvent ainsi dans l'océan un des fondements peu étudié de la pensée politique.
Les figures de la fureur ou de la cruauté des capitaines en mer sont donc une des portes d'entrée permettant l'appréhension symbolique de l'histoire du commandement naval. Parce qu'elles cristallisent dans l'homme un pouvoir exceptionnel, son exercice féroce, anxiogène ou tyrannique se mesure aussi à l'aune de ses finalités contradictoires : une libération des hommes ou un affranchissement de servitude terrestre.
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