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F. Pouillaude, Le désoeuvrement chorégraphique. Etude sur la notion d'oeuvre en danse

Parution livre

Information publiée le samedi 11 juillet 2009 par Marc Escola



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Le désoeuvrement chorégraphique - Etude sur la notion d'oeuvre en danse
Frédéric Pouillaude

Paru le : 11/05/2009
Editeur : Vrin
Collection : essais d'art et de philosophie
ISBN : 978-2-7116-2195-8
EAN : 9782711621958

Prix éditeur : 30,00€

Il n'y a pas de bibliothèque du mouvement, de lieu où les oeuvres chorégraphiques trouveraient à se conserver, identiques à elles-mêmes et offertes à tous. C'est un fait. Rien qu'un fait. Mais qui engage énormément.
En premier lieu : l'incapacité de la philosophie et de l'esthétique à penser les pratiques chorégraphiques selon le régime commun de l'oeuvre. C'est toujours d'un autre espace que la danse semble relever, à la fois plus frivole et plus fondamental, toujours en deçà ou au-delà du projet de l'oeuvre. Cette absence d'oeuvre, abstraitement mise au jour par la philosophie, nous tentons de l'analyser en une première partie.

De là, il s'agit d'articuler un autre concept, connexe mais différent : celui de désoeuvrement. Les écrits philosophiques sur la danse assignent la pratique du mouvement à une pure et simple absence de production, à l'expérience de la dépense et de l'auto-affection. Nous soutenons que ce philosophème (abstraitement nommé absence d'oeuvre) ne fait que réfléchir dans l'ordre du discours une fragilité interne et propre aux oeuvres chorégraphiques, fragilité que nous nommons : désoeuvrement

Après une formation en danse classique et contemporaine, Frédéric Pouillaude intègre l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm. Agrégé et docteur en philosophie, il est maître de conférences à l'Université Paris IV-Sorbonne

Sommaire :

introduction

remerciements

première partie : la philosophie de la danse et l'absentement des oeuvres

chapitre premier : de l'absentement transcendantal

chapitre 2 : un temps sans dehors (Valéry et la jouissance)

chapitre 3 : un espace sans lieu (Straus et l'extase)

chapitre 4 : l'absence d'oeuvre : présence, dépense, auto-affection

seconde partie : l'oeuvre (1) : scène et signification

chapitre premier : Mallarmé et le déchiffrement de la scène

l'empiricité des lieux et des noms

la politique et la religion de la scène

le rite (hors-jeu) de l'Idée

chapitre 2 : spectacle, rituel, divertissement (genèse et structure de la scène chorégraphique I)

le modèle grec : ritualité et choréia

l'âge classique : d'un divertissement l'autre

la modernité et l'espoir de nouveaux rituels

chapitre 3 : présence, idéalité, signification (genèse et structure de la scène chorégraphique II)

le temps du présent

les transcendances de la représentation

une double exclusion : Aristote et la tradition théâtrale

chapitre 4 : Artaud : la présence et le rituel

la dialectique de la présence

l'effectivité du rituel

l'(archi-)écriture hiéroglyphique

troisième partie : l'oeuvre (2) : l'immanence de l'idéalité

chapitre premier : d'une graphie qui ne dit rien

Feuillet : la figure et le caractère

Noverre : la lettre et la parole

Laban : le mouvement et l'effort

chapitre 2 : deux régimes d'identité

le modèle goodmanien : autographie et allographie

les apports de Gérard Genette : transcendance et performances

une allographie sans notation : la danse ?

chapitre 3 : les identités orales : passes et versions

le paradoxe du répertoire : l'oeuvre-cadre

les impasses de l'idiosyncrasie : l'oeuvre-corps

les mutations de l'oralité : l'oeuvre-passe

chapitre 4 : les secours de la trace : images et nombres

l'archéologie du remonteur : l'oeuvre-archive

les puissances du film : l'oeuvre-occurrence

le partitionnel, quand même : l'oeuvre-signe

quatrième partie : d'une technique sans objet

chapitre premier : qu'est-ce qu'une technique de danse ?

chapitre 2 : technique ou langage : les impasses de l'analogie

chapitre 3 : le «sans outil» comme absence de mémoire ?

chapitre 4 : vouloir l'involontaire et répéter l'irrépétable

conclusion 1 : réfléchir et répéter

section première : scène et contemporanéité

section 2 : le travail réflexif de la performance

section 3 : le travail mémoriel de l'oeuvre

conclusion 2 : le geste et la trace

documents

bibliographie

index des oeuvres citées

index des noms

table des matières

*  *  *

Sur l'audioblog Aboutdesouffle (arteradio), on peut écouter un entretien avec l'auteur.

*  *  *

Dans Libération du 9/7/9, on pouvait lire un article sur cet ouvrage:

La philo ouvre la danse Esthétique. De la difficulté à penser la chorégraphie comme art.


Par ROBERT MAGGIORI

Frédéric Pouillaude Le désoeuvrement chorégraphique. Etude sur la notion d'oeuvre en danse. Vrin, 274 pp., 30 euros.

La danse semble naître spontanée des trémoussements du bébé, des jeux, des pirouettes et des rondes enfantines. Et l'homme, dès son origine, a dansé, pour saluer les naissances et les morts, les mariages et les partages de nourriture, pour faire tomber la pluie, chasser les sortilèges, parler avec les dieux. Aussi, qu'elle soit ludique, magique, érotique, sacrée, guerrière, la danse semble-t-elle moins un art qu'une matrice culturelle, d'où sourdent presque toutes les expressions de la vie. Pourtant, au cours de l'histoire, elle a subi bien des discrédits, liés à l'abjection dont on entourera le «physique», le corps. Saint Augustin y voit une marque du diable, une «folie lascive».

Articulation. Sous les empereurs chrétiens, on nie les sacrements aux danseurs et aux comédiens, on excommunie ceux qui assistent à leurs exhibitions. Encore aujourd'hui, le mot «danseuse» ne s'est pas tout à fait libéré de ses connotations négatives, où se mêlent argent, moeurs faciles et plaisir. Alors que les danses populaires se perpétuent au fil des traditions, la danse théâtrale apparaît au XVIe siècle dans les cours d'Europe sous la forme classique du ballet, conçu et réalisé pour être présenté en public - avec ses pas, ses figures, ses modules de mouvements, sa technique, ses schémas chorégraphiques, sa scénographie. Dès lors, elle se pose certes en art à part entière, bien que sa finalité ne soit souvent que le divertissement des princes. Mais son statut et sa place demeurent ambigus. S'il n'y a de jeu que temporel et de figure que spatiale, la danse, définie comme «jeu des figures», ne peut être qu'«articulation de l'espace et du temps», entrecroisement de la plastique («art des figures dans l'espace») et de la musique («art du jeu des sensations dans le temps»).

C'est par l'analyse de la danse comme «espèce hybride» (donc «exclue des genres purs» ou absente pour ce qu'elle est en elle-même), que s'ouvre le Désoeuvrement chorégraphique de Frédéric Pouillaude, une étude placée, quant à la méthode, sous l'égide de quelques maîtres (Canguilhem, Foucault, Desanti, Derrida) qui interroge «l'incapacité de la philosophie et de l'esthétique à penser les pratiques chorégraphiques selon le régime commun de l'oeuvre». Il n'y a guère de difficulté à parler d'oeuvre musicale, littéraire ou cinématographique. Mais qu'est-ce qu'uneoeuvreen danse ? Quel corpus consulter ? Quelle«bibliothèque du mouvement»visiter ? Quel lieu fréquenter,«où les oeuvres chorégraphiques trouveraient à se conserver, identiques à elles-mêmes et offertes à tous»? Si la danse relève d'unautreespace,«à la fois plus frivole et plus fondamental»mais «toujours en deçà ou au-delà du projet de l'oeuvre», comment peut-on la penser ?«Nous soutenons, écrit Frédéric Pouillaude,que ce philosophème (abstraitement nommé absence d'oeuvre) ne fait que réfléchir dansl'ordre du discours une fragilité interne et propre aux oeuvres chorégraphiques, fragilité que nous nommons :désoeuvrement.»

«Absentement». L'explicitation de cette notion de désoeuvrement (qui fait songer à la Communauté désoeuvrée dont Jean-Luc Nancy parle dans le registre politique) exigera, à travers les lectures de Valéry, Mallarmé, Artaud, Erwin Straus, Rudolf Laban, Nelson Goodman, Genette… un long parcours, s'achevant sur «la puissance de l'impouvoir» propre à la danse. Mais l'essentiel tient à l'analyse des modes d'«absentement» de l'oeuvre chorégraphique. Cet absentement est d'abord un blanc, ou une rature. Au moment même, en effet, où se constitue un «nouveau genre de discours sur l'art et le beau», où naît donc l'esthétique, la danse est expulsée du système classique. Une quinzaine d'années seulement avant la Critique de la faculté de juger, la danse «fait encore figure d'objet théoriquement recevable». Mais, avec Kant, elle n'a droit qu'à une ou deux remarques. Hegel, dans les Leçons d'esthétique, et Schelling, dans la Philosophie de l'art, l'ignorent quasiment. L'architecture, la sculpture, la peinture, la musique et la poésie : voilà les arts véritables.

«Déjà-là». Mais peut-être la danse est-elle plus qu'un art ? C'est en effet en lui attribuant un régime spécial qu'on l'exile de nouveau. On l'élève au rang de «condition transcendantale», toujours «déjà-là», présente «avant toute séparation de domaine ou d'objet» - et, ainsi, on lui ôte «ce qui fonde l'empiricité de tout art : des noms d'artistes, des titres d'oeuvres, des lieux et des dates, et de façon générale une histoire».«La danse n'est pas un art parce qu'elle est le signe de possibilité de l'art, telle qu'inscrite au corps», soutient Alain Badiou, indiquant par là que «le corps est capable d'art» sans qu'il y ait «un art du corps». Mais il est une autre façon, peut-être plus féconde, d'élever la danse au rang de «transcendantal» : en faire «une unité originaire du sentir et du se mouvoir», et, ainsi, la lire comme essence de l'art. Paul Valéry, dans sa Philosophie de la danse, l'écrivait sans ambages. La danse, un «art ornemental», un «futile divertissement» ? Mais non ! «Tout simplement une poésie générale de l'action des êtres vivants».




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