


François Garasse
La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps
éd. J. Salem
Paru le : 08/01/2009
Editeur : Belles Lettres
Collection : Encre marine
ISBN : 978-2-350-88007-5
EAN : 9782350880075
Prix éditeur : 55,00€
La doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps ou prétendus tels de Garasse, que Voltaire présente à qui veut le lire comme " le plus absurde et le plus insolent calomniateur, et en même temps le plus ridicule écrivain qui ait jamais été chez les jésuites " ! Dans ce volumineux traité, (gros de 1025 pages dans l'édition originale de 1623), la sottise, la rage de convaincre ou, à défaut, celle de faire taire l'adversaire, ainsi que l'érudition parfois bien pesante de ce furieux imprécateur, paraissent moins valoir pour elles-mêmes qu'à titre d'objets muséologiques.
Toutefois, à y regarder de plus près, nous sommes en présence également de ce qui, pour les esprits désireux de s'affranchir peu ou prou de la tutelle de l'Église, va constituer, tout au long du XVIIe siècle et jusqu'au milieu du siècle suivant, une véritable mine en même temps qu'un repoussoir. Car libertins et athées plus ou moins déclarés, déistes de toutes obédiences et partisans de la liberté de conscience iront et retourneront durant un bon siècle et demi à Garasse comme l'on se rend à la source ou, tout du moins, comme à l'un des almanachs les plus complets de l'intolérance et du fanatisme d'église.
Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère, ton tour est venu d'endurer les harangues de cet invraisemblable jean-foutre qui voulut mettre au pas la libre pensée, qui se mit en tête de terroriser Paris par son zèle de délation et qui, tu nous le concéderas de bonne grâce, ne mourut pas sans laisser derrière lui de nombreux et très persévérants héritiers. Jean Salem.
* * *
Dans le Monde des livres du 21/3/9, on pouvait lire un article de R.-P. Droit sur cet ouvrage:
Critique "La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps", de François Garasse : une haine féconde
LE MONDE DES LIVRES | 20.03.09 | 11h42
Un gros millier de pages d'un jésuite oublié, fanatiquement réactionnaire, dénonçant tout ce que son siècle, le XVIIe,
commençait à compter d'esprits forts, d'idées libres et de philosophes
frondeurs - voilà qui .ne donne pas franchement envie. A moins d'être
singulièrement pervers, on ne voit guère pourquoi se plonger dans la
lecture d'un auteur aussi arrogant, amateur de calomnies, de
dénonciations grandiloquentes et de réfutations sentencieuses. Celui
que Voltaire, un bon siècle plus tard, considérait encore comme "le plus ridicule écrivain qui a jamais été chez les jésuites", vaut-il vraiment qu'on lui consacre du temps ?
La réponse est oui, pour deux raisons. La
première : François Garasse, né à Angoulême en 1585 et mort à Poitiers
en 1631, a fini par devenir, dans la préhistoire de la pensée des
Lumières, une source d'informations pour ceux-là mêmes qu'il vouait aux
gémonies. Pour connaître les arguments disponibles contre l'existence
de Dieu, l'infaillibilité de la Bible, les Dix Commandements ou le
bonheur par la foi, il suffisait de se reporter à La Doctrine curieuse,
publiée en 1623. Dans cet immense catalogue, tout était répertorié,
décortiqué, référencé. En fustigeant, le jésuite renseignait. En
rassemblant les arguments à piétiner, il contribuait à leur diffusion.
Voilà donc une affaire finalement bien morale. Mais on dira, à juste
titre, qu'elle concerne avant tout les historiens.
Heureusement
pour les amateurs, il reste le style, ordurier et choisi, du
pourfendeur de huguenots et d'athées. Vraie raison de le lire
aujourd'hui : l'invraisemblable bestiaire qu'il engendre pour abaisser
ceux qu'il déteste. Des buffles, des boeufs, des veaux, voilà ce que
sont les ennemis de l'Eglise, quand ce ne sont pas des "ânes de taverne", des "limaçons volants", des caméléons, des hiboux et, bien sûr, toutes sortes de vermine.
On l'a compris : Garasse est l'un des grands inventeurs de la bestialisation des adversaires. Chacun sait combien cette rhétorique de l'infamie a connu un grand essor dans les siècles suivants. Des années 1930 jusqu'à nos jours, un bon nombre de vrais fascistes de langue française ont poursuivi et développé - pour éviter d'avoir des hommes face à eux - cette sale rhétorique des poux, des rats et autres bestioles jugées repoussantes. Tous, même s'ils l'ignorent, doivent beaucoup à la vieille plume haineuse de François Garasse. Dans le style raciste, sexiste et fier de l'être, il avait atteint, très tôt, une sorte de perfection.
LA DOCTRINE CURIEUSE DES BEAUX ESPRITS
DE CE TEMPS - OU PRÉTENDUS TELS, CONTENANT PLUSIEURS MAXIMES
PERNICIEUSES À LA RELIGION, À L'ETAT ET AUX BONNES MOEURS de
François Garasse. Présentation et édition de Jean Salem, index de
Jacques Fauconnet. Encre marine, "Bibliothèque hédoniste", 962 p., 55 €.
Roger-Pol DroitArticle paru dans l'édition du 21.03.09
A. Cousin de Ravel, Quignard, Maître de lecture. Lire, vivre, écrire
P. Engel, Les Lois de l'esprit. Julien Benda ou la raison
Laurence Brogniez (dir.), Écrits voyageurs. Les artistes et l'ailleurs
O. Biaggini, B. Milland-Bove (dir.), Miracles d'un autre genre
Sévigné, Lettres de l'année 1671
A. Pope & J. Swift, Pensées sur différents sujets
H. Melville, Le Marchand de paratonnerres, suivi de La Véranda
S. Kierkegaard, La Crise et une crise dans la vie d'une actrice
E. Maigret et M. Stefanelli (dir.), La Bande dessinée : une médiaculture
I. Raynauld, Lire et écrire un scénario - Le Scénario de film comme texte
J.-F. Bédia, Les Ecritures africaines face à la logique actuelle du comparatisme
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Commentaire - Tome I : Études d'introduction
P. Engel, Les lois de l'esprit, Julien Benda ou la raison
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