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F. Dagognet, Les Noms et les mots.

Parution livre

Information publiée le jeudi 18 septembre 2008 par Marc Escola



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Les noms et les mots
François Dagonet


Paru le : 03/09/2008
Editeur : Belles Lettres
Collection : Encre marine

EAN : 9782350880006
Nb. de pages : 114 pages


Prix éditeur : 19,00€



D'abord, les noms ont été réservés à l'appellation des personnes, les mots à celle des choses.

Surtout, deux théories ont été écartées: celle qui voit dans le mot le reflet de la chose (l'onomatopée) - une reprise du cratylisme - et celle qui tient le mot pour né dans l'arbitraire (le n'importe comment, à la suite d'une convention). A l'opposé, est soutenue la théorie d'une inséparabilité du mot et de chose, mais aussi est analysé le pouvoir du mot d'élever et d'essentialiser ce qu'il indique.

Dans cette hypothèse, deux questions s'imposaient: comment alors expliquer la création de ce mot (l'onomaturgie)? Est-il possible, ensuite, d'en arriver à une science du mot et sur quelle base fonctionnera-t-elle (une épistémologie a minima)? A la fin, on s'interroge sur le sigle, l'éponyme, le bilinguisme. On répond même à la question: A quoi sert pareille analyse?.

*  *  *

Dans Libération daté du 18/9/8, on pouvait lire un article de R. Maggiori sur cet ouvrage:


"Le nom de la chose Préférence. François Dagognet, médecin et philosophe, explique comment nommer une personne - et son auto, son chat, son portable… ROBERT MAGGIORI
Pourquoi donne-t-on un nom à son chat et pas à sa voiture - sauf si elle peine en côte : «Allez Titine !» - ni à son stylo ou son rhododendron ? Question oiseuse : en demandant pourquoi on les nomme, on les nomme déjà, on leur donne un nom, commun. Plus oiseux encore : pourquoi appelle-t-on son chat Minou ou Dookee, et pas Minou Dupont ou Dookee Durand ? Et pourquoi un nom propre retourne-t-il parfois à l'état commun, tels Voltaire qui se mue en fauteuil ou Pascal en unité de pression, et, s'il est universellement connu, perd-il son prénom, comme Shakespeare, Machiavel, Goethe ou Cervantès ?

Le nom n'a pas avant tout une fonction «indicatoire ou administrative», qui en fait un outil de repérage, sinon de fichage. Une conception «ontologisée» le voit au contraire dans une équivalence avec le nommé ou, si l'on veut, pose qu'il laisse transparaître un peu de l'être qu'il nomme, de sorte que, comme Platon le faisait dire à Cratyle, «connaître le nom» serait «connaître la chose». Cela n'est guère douteux pour certains mots, dits, par Charles S. Peirce, iconiques : tohu-bohu, craquer, siffler, meugler, patatras, hululer, etc. Mais qu'en est-il des noms propres ? Peut-on, là aussi, soutenir une position qu'on dira «néocratylienne» ? Assurément oui, répond François Dagognet dans les Noms et les Mots.

Suranné. Médecin et philosophe, disciple de Gaston Bachelard et de Georges Canguilhem, François Dagognet a aujourd'hui 84 ans. Probablement, il écrit ses livres à la main, au stylo bic (nom propre devenu commun), et avec le souci de la «belle langue», à laquelle certaines formulations («Nous, philosophe, nous continuons à…») donnent un charme suranné. Il en a publié un nombre considérable, sur des thèmes qu'en général la philosophie considère extérieurs à elle, ou bien qui relèvent, justement, de l'extériorité, de l'apparence, de l'enveloppe, du dehors : la peau, les surfaces, l'image, la mesure, l'industrie, les langages de la chimie, l'abject, l'ingénierie génétique, les savoirs médicaux, les détritus… Il était inéluctable que, sans trop entrer dans le territoire des linguistes, il en vînt à l'étude des mots, en les traitant, philosophiquement, comme alliage du spirituel et du matériel, du «dehors et du dedans», chez un sujet à l'origine enfermé sur lui-même, qui «s'extériorise» par gestes et mimiques, confie ensuite au pictogramme la faculté de présentifier ce qui est absent, et aux mots, enfin, celle de faire naître l'intériorité et la réflexion : «Les mots aussi volent au dehors et rendent possible la constitution et l'examen du dedans.»

Les Noms et les Mots traite de nombreux thèmes : les nomenclatures techno-scientifiques, la «hiérarchie» entre oralité et écriture, l'éponymie, la filiation, la fonction de la nomination selon le code civil ou le choix du nom à donner à l'enfant de Mr Duval-Lenoir et de Mme Martin-Paoli… Mais il s'attarde surtout sur le rapport entre le nom et le nommé (une personne, un lieu, un instrument scientifique…), en mettant chaque fois à l'épreuve sa thèse, qui - entre les deux propositions extrêmes : «le nom de la rose est la rose», «le nom de la rose, arbitraire, n'est en rien la rose» - pose que le nom propre et ce qu'il désigne s'«imprègnent» ou «s'incrustent» l'un dans l'autre : «lié souvent à un territoire, un paysage (réel ou imaginaire), une culture, des habitudes, un comportement», le nom, par son «pouvoir suggestif», se met «à influencer la personne, il finit par en épouser la substance». Proust n'est pas loin, pour qui le clocher de Coutances «reçoit de cette grasse finale le luisant du beurre normand».

Entre-deux. Il peut arriver que par hasard ou à dessein on réalise ce «miracle» de l'incrustation. Le nom du Pakistan a été forgé en adjoignant au suffixe -istan les initiales des provinces du Pendjab, de l'Afghan et du Kashmir : or, au lieu de «s'achever par un mot creux», cette condensation donne, en persan, «le pays des purs». De même pour la «Fabrique italienne d'automobiles de Turin», qui, en devenant Fiat, laisse entendre: «Que cela soit ! Que l'industrie réussisse !»

L'onomaturgie - création de mots - peut-elle avoir une «scientificité», se demande François Dagognet. Si elle n'était que lubie, rien ne pourrait être désigné dans sa singularité ni inscrit dans ce qui le précède, son «lignage», et tout serait chaos. Si elle était science exacte, noms et mots suffiraient : on pourrait jeter les choses. Encore une fois, c'est dans l'entre-deux qu'il faut se placer, et ce lieu médian est celui de l'inventivité, grâce à laquelle sera forgé le «bon nom» à donner à la voiture, au médicament, à la crème solaire, à l'entreprise, au yoghourt et à mon chat."




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