

Journée d'étude
"ETHNOLOGIE DES GENS HEUREUX"
Rarement sinon jamais exploitée systématiquement, la thématique choisie pour cette journée d'étude est pourtant présente en creux dans la plupart des recherches menées en ethnologie. Périphérique à nos pratiques d'écriture savante, la description des émotions positives (les nôtres, celles de nos informateurs) réduit ces dernières au statut d'anecdotes, de données secondaires ou « atmosphériques ». Face à ce constat, nous prenons ici le pari que nous gagnerions beaucoup à saisir avec plus de rigueur ces « émotions qui nous fabriquent » ; à interroger avec plus de sérieux la place de ces minuscules joies et plaisirs dits irrationnels qui motivent plus qu'ils ne colorent nos comportements.
Interroger ce déni du bonheur revient également à questionner une discipline sur sa « culpabilité » à saisir des « objets heureux ». Si l'anthropologie, avec raison et courage, s'est volontairement placée le plus souvent du côté des disqualifiés, n'a-t-elle pas un peu trop rapidement considéré comme réglée la question de la place du « bonheur » dans la mécanique de reproduction de la domination sociale et économique, le déclassant ainsi a priori ? Plus fondamentalement, ne pourrions-nous pas lire dans ce silence thématique, l'expression d'une hiérarchie tacite des objets de recherche anthropologiques ?
Aux interrogations que suscite ce constat de départ, nous ajoutons les pistes de recherche suivantes
• Comment définir et différencier, s'il y'a lieu, ces deux notions complexes et polysémiques que sont « bonheur » et « plaisir » ? En quoi certains plaisirs associés à la douleur, à l'effort ou au dépassement de soi remettent en question la dichotomie de sens commun entre bonheur/plaisir et douleur ? Comment, dès lors considérer la tentative universaliste de certains travaux en psychologie transculturelle tels que la théorie de l'émotion des visages développé par Ekman ?
• Quels sont les intérêts et avantages méthodologiques à privilégier une définition endogène ou exogène de ces phénomènes sensibles ? Sur le terrain de l'enquête, quelle attitude épistémologique adopter lorsque nous décelons chez autrui la marque d'un sentiment positif ? Autrement dit, comment traiter le bonheur/plaisir, que ce soit par le biais de l'écriture, de la mise en image ou de l'évocation sensorielle directe (faire revivre l'expérience) ? Lorsqu'il n'est pas l'objet direct de nos recherches, comment lui donner une place mesurée, ni « anecdotisée », ni surévaluée ?
• Quels sont les marqueurs somatiques retenus pour exprimer et déceler ces émotions ? Comment, dans le cadre d'actions collectives, le bonheur/plaisir se construit, se partage, se fait ou se défait ?
• La notion de bonheur/plaisir est souvent mobilisée comme cadre et fin explicative de comportements sociaux et individuels. Comment dès lors penser le pourquoi de ces comportements ? Comment associer émotion et raison sans réduire l'une à l'autre ? En quoi pouvons-nous dépasser l'hypothèse selon laquelle le bonheur serait une résolution de tensions internes provoquée par la satisfaction de besoins « primaires » ?
Mercredi 31 mai 2006
PROGRAMME
Matin
Ouverture : du bonheur et des plaisirs en anthropologie ?
Marie-Noëlle Ottavi, Nice, LAMIC
Penser le bonheur : les bases de la coopération ?
Arnaud Van De Casteele, Tours, Laboratoire Ville – Société – Territoire
L'absinthe ou les chemins du paradis.
François Oudin, Metz, CRULH
Une anthropologie du plaisir chez les motards : de l'anecdote à la réalité de terrain.
Après-midi
Cyril Isnart, Aix en Provence, IDEMEC, MMSH
Petits arrangements avec le bonheur. Contraintes et idéaux de la vie rurale contemporaine.
Gabriel Mardare, Université de Bacau, Roumanie
Le bonheur est dans l'épreuve. Propos pour une approche du bonheur carcéral.
Salle du Conseil de la Faculté des Lettres, Arts
et Sciences Humaines
98, BD Edouard Herriot
06100 Nice
Norme et changement : le droit et la loi (CELLF 17e-18e)
La bibliothèque du collège de Sorbonne du Moyen Âge à l’époque moderne
N. Saly, La Grande Epoque des cafés à Budapest
Les Affinités électives ou de l´inutilité et du caractère néfaste du conseil chez Goethe
Poésie coréenne contemporaine (suite)
Autour de quatre poètes coréens contemporains
La poésie lyrique dans la cité antique. Les Odes d'Horace au miroir de la lyrique grecque archaïque.
Pédagogie et nouvelles technologies. Théories et pratiques de l'apprentissage en histoire des arts.
Présentation de l’ouvrage L’Arioste et les Arts
Les revues littéraires et artistiques (1870-1940). Perspectives méthodologiques et apports critiques
Le temps du spectateur : temporalités du rapport à l'oeuvre d'art visuel
Humanités numériques outre-Atlantique. Édition des textes et recherche interdisciplinaire
Frédéric Plessis poète et romancier brestois
Jazz, pouvoir et subversion en Europe francophone, germanophone et russophone
Journée d'étude "Poésie et histoire au XXe siècle"
Les pratiques de réécriture dans les arts du spectacle
Image et texte: retour au texte?
Groupe phi, Elisabeth Ladenson : « Colette ou l’art du contresens »
London-Sussex Summer School in Intellectual History
Théâtre politique et personnage
"Autour de Régis Jauffret" Journée d’étude en présence de l’auteur