

Appel à la grève dans les CNED le 30 novembre: NON aux fermetures de sites
NON aux suppressions de postes
NON au démantèlement du Cned
Sur le Web
Le Cned accusé de devenir une simple boîte de soutien scolaire Par Marie Kostrz | Rue89 | 27/11/2010 | 12H20
Tarifs en hausse l'an dernier, possible fermeture de sites… Le Centre national de formation à distance (Cned), qui permet chaque année à des centaines de milliers d'élèves de poursuivre leur scolarité, aurait-il perdu son âme de service public ?
Créé en 1939, le Cned est le premier établissement public d'enseignement à distance en Europe. Il est surtout connu pour permettre aux élèves malades, artistes, ou désirant apprendre une langue rare, de ne pas interrompre leur scolarité.
Aujourd'hui, les deux tiers des inscrits du Cned sont des adultes en reconversion professionnelle, demandeurs d'emploi, femmes au foyer… En tout, en 2009, plus de 219 000 personnes ont fait appel au centre pour se former.
Une campagne de communication de trois millions d'euros
Depuis 2006, le nombre d'inscrits a chuté de 17% ; la qualité de
certaines formations est remise en cause, le déficit se creuse. Le
ministère de l'Education nationale, dont dépend le Cned, a donc décidé
de mettre en oeuvre un vaste plan de modernisation.
Et selon ses détracteurs, ce plan entraînerait le Cned dans le sillage d'entreprises privées comme Acadomia :
« La campagne de communication a coûté environ trois millions d'euros. Il semble que la direction se soit focalisée sur des objectifs commerciaux de visibilité et de vente, sans se poser la question de l'amélioration de ses outils pédagogiques », estime Bernard Huguet, employé au site de Lyon et délégué SNPTES/Unsa.
La direction conteste ce point de vue. Florence Jaud, déléguée à la communication au siège du Cned à Poitiers :
« L'argent consacré à la communication ne représente que 10% du budget total du Cned. On est vraiment en-dessous des organismes privés tels Acadomia ou Complétude.
C'est tout à fait raisonnable pour un établissement public. »
Suppression des cursus « non-rentables »
Plusieurs cursus ont également été supprimés, ce que déplore Martine
Martinel, députée PS-divers gauche de Haute-Garonne. Dans une lettre
adressée à l'Education nationale, la députée regrette que le Cned se
concentre « sur quelques formations reconnues comme rentables sur le
marché concurrentiel au détriment de nombreuses formations
non-rentables ».
Pour Florence Jeaud, il n'y rien de choquant à fermer les parcours qui attirent peu de gens. Les formations concernées sont celles du secteur industriel dont les métiers disparaissent peu à peu :
« En parallèle de ces suppressions, nous avons par exemple créé un Capes de langue des signes, car nous savions qu'aucun autre établissement ne le proposerait. »
Le Cned : « Se mettre en conformité avec la concurrence » Première conséquence du plan de modernisation : une augmentation sensible des tarifs du Cned. Depuis un an, le prix de certaines formations a doublé, comme celui des BTS du tertiaire qui sont passés de 600 à 800 euros en 2010. Pour Florence Jeaud, le Cned n'avait pas le choix :
« La mission de service public du Cned ne concerne que les formations dispensées dans le cadre de la scolarité obligatoire, c'est-à-dire pour les élèves jusqu'à 16 ans. Celles-ci restent totalement gratuites.
Le reste des cursus fait partie du secteur soumis à la concurrence : soutien scolaire, préparation aux concours par exemple. Or, les tarifs que nous proposions étaient largement inférieurs aux prix du marché. Nous devions nous mettre en conformité avec la concurrence. »
L'augmentation des tarifs affectent les inscrits précaires
Une employée, souhaitant préserver son anonymat, souligne les
complications que cette augmentation risque d'entraîner pour les
usagers :
« La plupart des inscrits suivent ces formations qui sont soumises à la concurrence. Ce sont souvent des personnes en situation précaire, l'augmentation des tarifs les affectent.
Par exemple, les femmes qui suivent la formation CAP petite enfance viennent souvent de divorcer, elles ont besoin de se former pour trouver un travail. Il n'est pas normal que le Cned augmente ces tarifs-là. »
La direction assure quant à elle que cette hausse des tarifs n'affectera pas son public. La plupart des clients auraient en effet droit à des financements divers de la part de l'Etat, et seraient orientés en conséquence par le Cned.
Tous ne sont cependant pas concernés par ces aides financières. Xavière leroy, 24 ans, a décidé cette année de préparer le concours de professeur des écoles. Les tarifs du Cned l'ont découragée à s'y inscrire :
« Il fallait débourser 600 euros pour la préparation des écrits et des oraux. C'est certes beaucoup moins cher que son concurrent Forprof qui propose aussi un entraînement au concours, mais cela reste un gros investissement.
J'ai donc préparé les écrits toute seule. Je ne me suis inscrite au Cned qu'une fois après avoir été admissible à l'oral, de manière à dépenser moins d'argent. »
Le Cned s'oriente-t-il vers une vocation plus commerciale ?
Le possible changement de statut du centre, auquel la direction a
annoncé réfléchir, inquiète les personnels. Michel Saunier, délégué FSU à Lyon :
« La direction a averti les représentants du personnel que nous allions peut-être devenir un établissement public à caractère industriel et commercial (Epic). Les Epic ont une vocation davantage commerciale. »
L'établissement d'enseignement à distance pourrait alors faire appel à des prestataires hors Education nationale pour préparer les formations qu'il dispense.
Un horizon qui effraie Michel Saunier. Pour cet employé, les professeurs diplômés de l'Education nationale sont les mieux formés pour enseigner ; il serait dangereux de permettre à d'autres de participer à l'élaboration des formations.
De plus en plus de cours en ligne L'annonce, le 8 novembre, de la possible fermeture de sites du Cned, n'a, on l'imagine, guère rassuré les salariés. Deux sons de cloche.
La direction :
« Cette demande, qui émane du ministère de l'Education nationale, nous a amenés à nous poser des questions sur l'utilité d'une implantation géographique.
On nous demande de dispenser de plus en plus de cours en ligne. Or, il est possible de réaliser ce travail n'importe où en France. »
Une salariée, anonyme :
« Chaque site est spécialisé dans des formations précises, et dispose donc de compétences particulières pour délivrer ces enseignements. Si un site est transféré, il faudra recréer sur le nouveau lieu de travail les aptitudes des professeurs qui travaillaient sur le premier site.
Or, le Cned délivre un enseignement, il s'agit de pédagogie, ce qui demande un temps d'organisation long. Cela risque de nuire à la qualité des formations proposées… »
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