

La déformation du réel, dans et par l’écriture, a toujours constitué plutôt un reproche qu’une louange. Si ardemment et, finalement, vainement dénoncée par le mouvement théorique des années 1960, l’illusion référentielle s’est toujours imposé comme un nec plus ultra de la communication verbale. Même si aujourd’hui personne n’en est plus dupe – mais l’était-on jamais, à l’apogée du réalisme ou lors du foisonnement du roman par lettres, de cette fiction du non-fictif ? – l’exigence du réel reste l’une des conventions les plus désirées, et les plus « naturalisées », de la littérature.
Ce réel dont il est question, de même que le sexe, n’en est pas un. C’est un amalgame de constructions et de formations qui, comme les constructions architecturales et les formations géologiques, sont parfois soumises à des processus de déconstruction et de déformation. Et, bien sûr, plus ceux-ci sont évidents, voulus, prémédités, moins ils sont intéressants, pareils à ce fantastique que, il y a presque un demi-siècle, Roger Caillois dénonçait chez un Hieronymus Bosch, et trouvait, avec bonheur, chez un Giovanni Bellini ou chez telle espèce de taupe.
En effet, ce réel qu’on déforme doit peut-être relever du Réel, rester introuvable, inassimilable, irreprésentable, et pour autant inéluctable. Le geste de déformation prend ainsi la dimension d’une transgression c’est-à-dire, selon l’acception bataillienne du terme, d’un dépassement qui ne fait que renforcer l’interdit. Elle procède donc plutôt par des silences et des manques, par des échecs plutôt que par des réussites expressives. En déformant, elle engendre, quand la raison dort, un monstre qui, bien sûr, n’en est pas un.
Aujourd’hui, en essayant d’y échapper, on recourt aux documents, aux archives ; on revalorise le matériel dans l’espoir d’éviter cet Unheimliche qui semble en provenir. Mais ce n’est pas dans cet espace qu’il trouve sa source. C’est là une des raisons d’être de la littérature qui a toujours essayé d’en rendre compte.
Ainsi l’appel à contribuer au troisième numéro des Cahiers ERTA – qui se transforment en périodique semestriel, toujours à portée internationale – est-il fait aux chercheurs intéressés par ce type de prises de la littérature avec le réel qui, par la voie de la déformation poétique, romanesque ou autre, ne cesse de se transformer et, avant tout, de nous transformer nous-mêmes.
Les propositions d’articles, d’une longueur maximum de 500 mots, sont attendues pour le 31 août 2012 au plus tard et doivent être envoyées à l’adresse :
ertafr@ug.edu.pl
Après l'acceptation par le comité de rédaction, les articles seront attendus pour le 30 novembre 2012.
Adresse :
Cahiers ERTA
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80-244 Gdansk
Pologne
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