

Revue critique de fixxion française contemporaine n° 5, décembre 2012
Titre : CHANSON/FICTION
Sous le direction de Bruno Blanckeman (Sorbonne Nouvelle Paris 3) et de Sabine Loucif (Hofstra University)
Appel :
Tout au long du vingtième siècle, si l’on considère le cas de la France, les liens entre littérature et chanson se sont resserrés. Celle-ci tenait volontiers lieu de muse, un brin canaille, à celle-là. L’académicien français Maurice Donnay écrivait pour Yvette Guilbert, le surréaliste Robert Desnos adulait Yvonne George, Max Jacob fut l’un des mentors du jeune Charles Trenet, Jean Cocteau vénérait Edith Piaf, dont Marguerite Duras connaissait par coeur le répertoire, Jean-Paul Sartre offrit à Juliette Gréco débutante la chanson d’Inès dans Huis-Clos, pièce créée une dizaine d’années plus tôt, Raymond Queneau renchérissait pour la même avec un Si tu t’imagines appelé au succès que l’on connaît, André Breton intronisait Léo Ferré dans le groupe surréaliste, Patrick Modiano inventait pour l’une des égéries de la vague yéyé, Françoise Hardy, des chansons aux allures de contes farfelus…Cet exercice répété de fascination excède la seule toquade d’un écrivain pour un(e) artiste, mais participe plus généralement d’une redistribution des genres et d’une hybridation des pratiques esthétiques par lesquelles la littérature s’est redéfinie comme moderne. Ainsi s’opère une revitalisation des écritures au contact d’arts à l’origine populaires, porteurs de nouveaux rythmes et d’un rapport alternatif à la langue usuelle comme aux imaginaires de l’intime et du politique. Simultanément s’impose, aux confins des arts de la scène et de la reconnaissance littéraire, la figure de l’auteur-compositeur-interprète dont Brassens, Renaud, Barbara ou Nougaro offrent de saisissants exemples.
On aimerait interroger la nature de ces liens au tournant du XXIe siècle, depuis les années 1980 jusqu’au début des années 2010. Si la dominante critique et le discours commun ont longtemps tendu à annexer la chanson à la poésie, en raison de la relation musicale historique qu’elles entretiennent, peut-on se satisfaire de cette seule vision ? D’autre part, dans le contexte de la mondialisation et du métissage culturel, quels sont les traits culturels spécifiques de la chanson française ?
Deux pistes pourront être suivies pour aborder cette question:
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