


Cahiers de l'Echinox
Volume 17 / 2009
Coordinateur: Corin Braga
Mythos vs. Logos
ISSN 1582-960X (Roumanie)
ISBN 2-905725-55-9 (France)
Prix : 22 Euros
Les fondateurs de la « nouvelle méthode » de penser correctement, bref de la science moderne, Descartes, Bacon etc., ne voyaient pas la science et la religion comme des domaines concurrents, mais complémentaires. Selon eux, la science s'applique aux lois de la raison et aux phénomènes de la nature, alors que la religion s'occupe des évènements irréguliers, extraordinaires, témoignant de l'intervention de Dieu dans l'ordre de la nature.
Néanmoins, avec cette distribution des compétences a commencé aussi la grande séparation des paradigmes. Après la « crise de la pensée » européenne et la sécularisation de la civilisation chrétienne, la vision laïque, athée, empirique, positive et pragmatique du monde a pris le dessus sur la « pensée enchantée ». Depuis le XVIIe siècle, le divorce entre les deux paradigmes n'a cessé de s'accroître, creusant dans l'homme moderne un fossé de plus en plus abyssal entre la foi et le savoir.
Est-ce que les dernières évolutions des sciences physiques et cosmologiques, des philosophies « irréalistes », de la « neurothéologie », de l'anthropologie postmoderne sont-elles une tentative de rapprochement entre l'imaginaire religieux et la pensée scientifique, ou la rupture reste irréversible ?
Ce volume des Cahiers d'Echinox se propose de tracer les péripéties de la cohabitation problématique du mythos et du logos dans la culture européenne. La première partie s'occupe de l'évolution symbiotique ou polémique des deux concepts, à partir du moment où la philosophie grecque, Platon notamment (voir l'étude de Mihaela Ursa), a fait surgir le logos philosophique du sein de la pensée mythologique. Et si la relation entre les deux modes de pensée paraît s'être acheminée, lentement mais de façon implacable, surtout après l'essor de la philosophie classique, vers la rupture entre l'imagination mythique et la rationalité scientifique (Corin Braga, Radu Toderici), des approches et des méthodologies alternatives, comme l'apophatisme de Maître Eckhart (Daniel Farcas) ou l'épistémologie hermétique de Goethe (Jean-Jacques Wunenburger) n'ont pas cessé de chercher les points de connexion. Au XXe siècle, à partir de Nietzsche (Mircea Braga), les évolutions imprévisibles du paradigme scientifique ont forcé les penseurs à depasser les cadres rigides du positivisme et du scientisme. Des philosophes et anthropologues comme Heidegger (Stefan Melancu), Mircea Eliade (Ionel Buse), Ioan Petru Culianu (Mihai Constantin, Ovidiu Pecican), des poètes puristes et visionnaires, de Mallarmé (Rodica Ilie) à Stefan Augustin Doinas (Ana Tomoioaga), ainsi que les auteurs de la postmodernité (Simona Maries), ont exploré diverses possibilités de réconcilier l'imaginaire et la raison. Dans un essai original et innovateur, Paolo Bellini crée le concept de «mythopie», pour expliquer la manière dont se relayent les deux concepts dans la mentalité collective, allant de l'idéologie politique au système des média (Doru Pop).
La deuxième partie est consacrée aux «biographies» culturelles de quelques grands thèmes qui allient, de manière complexe, le symbole et le concept, la pensée mythique et la vision pragmatique, quotidienne, du monde. Ces études se penchent autant sur des grands «bassins sémantiques» comme l'astrologie arabe (Anna Caiozzo) et l'hermétisme soufi (Silviu Lupaşcu) que sur des thèmes archétypaux, allant des Saturnales antiques (Claude-Gilbert Dubois) et du motif du labyrinthe (Laurence Gosserez) aux schémas initiatiques du pèlerinage chrétien (Martine Yvernault) et de la robinsonnade (Alexandra Dumitrescu), des figures de la tragédie grecque (Ruxandra Cesereanu) et du folklore russe (Olga Gradinaru) aux mythèmes du sang (Florina Codreanu) et des «plantes magiques» (Andrada Fatu). Là où les approches théoriques rencontrent plus de difficultés et d'inhibitions dans la tentative de rapprocher foi et savoir, la fantaisie religieuse, littéraire et artistique n'hésite pas à construire bien souvent des ponts et des synthèses surprenants, aberrants et fantasmagoriques, mais parfois révélateurs. Mais l'imagination n'est-elle pas devenue, de la «folle du logis» comme elle était traitée à l'âge classique, une faculté créatrice et exploratoire, capable d'engendrer des univers fictionnels, des «possibles latéraux» de notre monde ?
Sommaire
Corin Braga, Mythos vs. Logos. Conflit ou complémentarité ?
Mythos vs. Logos : Concepts et méthodes
Mythos et Logos : Images et symboles
Comte-rendus
P. E. Fobah, Introduction à une poétique et une stylistique de la littérature africaine
O. Rosenthal, Ils ne sont pour rien dans mes larmes
A. Alciato, Il libro degli Emblemi, secondo le edizioni del 1531 e del 1534
Marc Azéma, La Préhistoire du cinéma
I. Mons, Lou Andreas-Salomé. En toute liberté
N. Redouane, Lecture(s) de Rachid Mimouni
Chr. Martin (dir.), Fictions de l'origine (1650-1800)
C. Meyer-Plantureux, Romain Rolland - Théâtre et engagement
C. Aliberti, Du spasme existentiel à la quête de rédemption
M. Kadima-Nzuji, Théâtre et destin national au Congo-Kinshasa - 1965-1990
Jean-Yves Tadié, Le lac inconnu - Entre Proust et Freud
N. Frogneux (dir)., J. Patocka. Liberté, existence et monde commun
Verlaine, Romances sans paroles (éd. Arnaud Bernadet)
Sandrine Dubel et Alain Montandon (dir.), Mythes sacrificiels et ragoûts d'enfants
Jules Verne, Voyages extraordinaires (éd. J.-L. Steinmetz)
T. Karsenti, Le Mythe de Troie dans le théâtre français (1562-1715)
J. Verne, Les Enfants du capitaine Grant – Vingt mille lieues sous les mers
S. Courant, Approche anthropologique des écritures de voyage