Fabula, la recherche en littérature (agenda)

Pensée et Plaisir

Evénement

Information publiée le dimanche 16 novembre 2003 par Jean-Louis Jeannelle (source : Sarah Nancy)

Mercredi 3 décembre 2003, Université Paris III-Sorbonne Nouvelle

Autour de l’œuvre de Monique David-Ménard PENSÉE et PLAISIR


Colloque organisé par Cercle 17-21 (dir. : Hélène Merlin-Kajman) Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle


3 décembre 2003
Centre Censier
13, rue de Santeuil Paris 5e
salle Las Vergnas
(3ème ét., porte 366)



Mercredi 3 Décembre
(Salle Las Vergnas)

Matinée

9 h 00 : Hélène MERLIN-KAJMAN (PARIS III)
Introduction

9 h 20 : Philippe BÜTTGEN (CNRS/MISSION HISTORIQUE FRANÇAISE EN ALLEMAGNE)
La folie dans l’histoire : Schwärmerei

9 h 55 : Etienne BALIBAR (PARIS X)
Quelles constructions de l’universel ?

10 h 30 : Discussion et pause

11 h 00 : Daniel BINSWANGER
L’existence d’un monde. Kant et la cosmologie.

11 h 35 : Jacques BERCHTOLD (PARIS III)
Aspects du cas J.J. Rousseau éclairés par l’œuvre de Monique David-Ménard

12 h 10 : Pénélope DEUTSCHER (NORTHWESTERN UNIVERSITY))
La pensée est-elle sexuée ? (Ce que Monique David-Ménard ne veut pas dire…)

12 h 45 : Discussion

13 h 00 : Déjeuner

Après-midi

14 h 30 : Sarah NANCY (PARIS III)
De quoi le plaisir est-il fait ? L’écoute de la voix dans l’opéra.

15 h 05 : Monique SCHNEIDER (CNRS/PARIS VII)
Une pensée de l’écart : habiter l’entaille.

15 h 40 : Christophe ANGEBAULT (PARIS III)
Le Misanthrope ou le plaisir de juger, entre censure et médisance.

16 h 15 : Discussion et pause

16 h 45 : Francisca PÉREZ (PARIS VII)
La question de la féminité et le malentendu de l’Universel.

17 h 20 : Sophie HOUDARD (PARIS III)
La pulsion de mort : « une impression franchement mystique » (Freud). Comment penser l’amour sacrificiel ?

17 h 55 : Monique DAVID-MÉNARD (PARIS VII)
Répéter et inventer

Un cocktail est prévu à 19 h 00
après les débats,
devant la salle Las Vergnas.


La réflexion de Monique David-Ménard, à l’intersection critique de la psychanalyse et de la philosophie, intéresse l’analyse et l’histoire littéraires, et tout particulièrement celles du XVIIe siècle.
D’abord, parce que, après Lacan notamment, elle confronte à la psychanalyse, et réciproquement, des œuvres philosophiques (Descartes, Kant), mystiques (Swedenborg), littéraire (Schelling, Sade), théâtrales (Don Juan) ou picturales (Léonard de Vinci), qui appartiennent aux « temps modernes ». Même si rendre compte d’un moment particulier de l’histoire, auquel appartiendrait aussi, par hypothèse, la psychanalyse, n’est pas son but, on ne peut s’empêcher de s’interroger : s’agirait-il là d’une configuration synchronique douée d’une cohérence structurale telle qu’elle nous permette de saisir quelque chose de la genèse du sujet moderne, s’appréhendant explicitement, depuis le XVIe siècle, comme humain dédoublé en deux sexes différents , et confronté parallèlement – contradictoirement ? - à la question, politique, morale et philosophique, de la souveraineté ?
Ensuite, il s’agit d’une réflexion qui nous fournit le modèle d’une « coopération » entre deux disciplines où les deux disciplines ne se conjuguent pas l’une à l’autre dans un but, de meilleur rendement épistémologique. Aujourd’hui, trop souvent, l’inter-, la trans- ou la pluridisciplinarité sont au contraire conçues comme une façon, non d’aviver les questions, mais de neutraliser les différences et les différends entre des points de vue, dont on peut pourtant se demander s’ils ne tirent pas une partie de leur pertinence précisément de leur désaccord. La démarche de Monique David-Ménard consiste bien plutôt dans l’instauration d’un rapport inconfortable entre elles, fait de boitement (et d’humour) plutôt que de complémentarité : geste qui s’accompagne d’une décision, sans cesse répétée, de ne pas poser le sujet de la connaissance comme désincarné, désengagé, mais relatif (par exemple, à une position sexuée).
Enfin, la réflexion de Monique David-Ménard est aussi une réflexion, à la fois très rigoureuse et très libre, sur l’art et la littérature, sur le langage, les signes, le style, le phrasé rhétorique, réflexion qui posedes questions « politiquement incorrectes » mais essentielles : comme celle de l’effet concret d’un texte (par exemple, le texte sadien) sur le lecteur. Or, les différentes analyses de la réception posent le problème soit en termes de construction du sens et d’interprétation, soit en termes de pragmatique socio-politique (le texte étant en ce cas interrogé en fonction de la configuration socio-politique d’où il est supposé tirer, stratégiquement, sa fonction) : mais les chercheurs se posent peu la question du plaisir et du trouble, des troubles, occasionnés par la lecture, et de leurs répercussions collectives éventuelles : ne conviendrait-il pas au contraire d’en tenter une sorte de typologie ? Quant au XVIIe siècle, depuis le cas, repoussoir, de la psychocritique de Charles Mauron ou malgré l’exemplaire Sur Racine de Barthes, la psychanalyse n’y a que peu d’incidence. Tout se passe comme s’il allait de soi que le XVIIe, siècle « classique » tombant toujours peu ou prou hors du champ de la modernité, n’avait, ne pouvait avoir d’inconscient. Il y aurait pourtant beaucoup à gagner à sortir le XVIIe du seul champ des intentions conscientes (socio-politiques, institutionnelles, culturelles), pour interroger, au-delà de l’histoire positive des empiricités, les échos ou au contraire les distorsions qui se jouent entre les discours et les pratiques, indépendamment des déclarations d’intention, des fonctionnalités apparentes. La lecture de Monique David-Ménard nous oblige donc a-contrario à nous interroger sur les interdits d’une discipline et sur les impensés en résultant, lesquels finissent par peser sur l’ensemble du champ du savoir.
Au-delà du XVIIe siècle, tout en contestant la définition « classique », puis bientôt romantique, selon laquelle l’art serait une activité désintéressée, Monique David-Ménard nous donne cependant des outils d’analyse pour penser la spécificité de l’intérêt de, et pour l’art, c’est-à-dire notamment sans se couper de ses effets esthétiques particuliers. On aura compris que, de quelque façon qu’on l’aborde, sa réflexion invite à penser de façon différentielle les logiques pulsionnelles qui président aux activités de la pensée humaine.

Cercle 17-21 (comme XVIIème et XXIème siècles) se donne pour tâche de favoriser les détours et les passerelles, les convergences et les divergences, les grands écarts et les rencontres à la fois disciplinaires et chronologiques sur fond de questions obstinées.






Responsable : Cercle 17-21 ( Dir. : Hélène MERLIN-KAJMAN)

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