Fabula, la recherche en littérature ()

Sur le fond le plus déchiqueté de l'Histoire (Lettres de Rachel Bespaloff à Jean Wahl)

Parution livre

Information publiée le jeudi 10 avril 2003 par Alexandre Gefen (source : Monique Jutrin)


Lettres de Rachel Bespaloff a Jean Wahl (1937-1947) "Sur le fond le plus dechiquete de l'Histoire"

Edition etablie et annotee par <?xml:namespace prefix = st1 />Monique Jutrin

Editions Claire Paulhan, avril 2003

Quatrième de couverture :

“ Sur le fond le plus déchiqueté de l’Histoire” : c’est avec cette phrase que s’ouvre un article, resté inédit, que Rachel Bespaloff consacra en 1945 aux poèmes de Jean Wahl. “Ils croissent au bord de la catastrophe ; au centre de son déchaînement. Ils suivent la migration d’une civilisation blessée, d’une rive à l’autre d’un océan labouré par la guerre”, poursuit-elle. Sur ce même fond déchiqueté s’inscrit leur correspondance. S’ouvrant sous les tristes auspices de l’année 1938, elle s’étale sur dix années.

L’on est frappé par le caractère dramatique de ce dialogue à une voix ; car l’on n’entend que la seule voix de Rachel Bespaloff, les lettres de Jean Wahl ayant disparu. Au fil de ces lettres, l’on rencontre tous les sujets qui occupent son esprit et son cœur : la lecture, l’écriture,la tragédie juive, la famille, la nature, l’enseignement. Un monde disparu se déploie encore une fois, des personnages oubliés resurgissent.

Née Rachel Pasmanik en 1895, dans une famille juive originaire d’Ukraine, elle grandit à Genève, où elle étudia la musique au Conservatoire. A l’âge de vingt ans elle quitta Genève pour Paris. Après son mariage en 1922 avec Nissim Bespaloff, elle abandonna une carrière musicale qui s’annonçait brillante. D’après Daniel Halévy, c’est son mari qui révéla le talent d’écrivain de Rachel, lui dérobant à son insu ses manuscrits pour les lui montrer. Ensuite Daniel Halévy les fit lire à Gabriel Marcel et à d’autres philosophes. Entre 1932 et 1939 elle publia des articles dans La Revue philosophique ainsi que dans La Nouvelle Revue Française : des textes consacrés à Kierkegaard, à Gabriel Marcel, à Malraux, à Julien Green, à Jean Wahl. En 1938 paraît son premier livre : Cheminements et Carrefours, chez Vrin. Sa pensée se situe dans le courant de la première pensée existentielle, aux côtés de celle de Léon Chestov, de Benjamin Fondane, de Gabriel Marcel, de Jean Wahl, celle qui précède l'existentialisme de Sartre. C'est une pensée qui tourne autour du problème de la liberté et tente de trouver le bonheur dans l'instant.

Bien qu’il lui soit dur de s’arracher à la France, en juillet 1942 elle s’embarque pour New York accompagnée de son mari, de sa fille, de sa mère. Elle est introduite par Jean Wahl au Collège de Mount Holyoke où elle enseigne la littérature française. Elle y termine son second livre : De l’Iliade, entamé dès 1939. Le 6 avril 1949, Rachel Bespaloff met fin à ses jours. Personne ne comprit ce suicide : elle était appréciée de ses collègues, aimée de ses élèves, elle semblait en pleine période créatrice. Aucun de ses proches, même ceux à qui elle parlait de son extrême lassitude, ne paraît avoir perçu la fêlure, le mal qui la rongeait. Aujourd'hui, après cinquante ans d’oubli, l'on redécouvre cette femme intelligente, sensible, lucide ; l'on rassemble ses manuscrits souvent inachevés.

A Daniel Halévy, Gabriel Marcel écrivait le 9 janvier 1956 :

“On a un peu l’impression de bégayer quand on parle de cette femme extraordinaire”.

_____

Monique Jutrin, professeur de littérature française à l’Université de Tel Aviv, est l’auteur d’ouvrages consacrés à des écrivains du XIX et XXe siècle : Un chardon déraciné : Panaït Istrati, Maspero 1970; Marcel Schwob : coeur double, éditions de l’Aire, 1982; Benjamin Fondane ou le périple d’Ulysse, Nizet, 1989; Aux origines du symbolisme :Ephraïm Mikhaël (en collaboration avec D. Galperin),l’Age d’Homme,1995. Elle publie également les Cahiers Benjamin Fondane.


Responsable : Editions Claire Paulhan

Derniers ouvrages parus :

P. Marot (dir.), Les Textes liminaires

J.-Y. Pellegrin, Retrouver l'Amérique. Itinéraire du sujet chez Saul Bellow

Gh. Waterlot (dir.), La Théologie politique de Rousseau

G. Menegaldo et M. Petit, Manières de noir. La fiction policière contemporaine

B. Bonhomme (dir), Intégrités et transgressions de Pierre Jean Jouve

Le Bruit du monde. Théophile de Viau au XIXe siècle

Th. Roger, L'Archive du Coup de dés

A. Gasquet, L'Orient au Sud

R. Ludot-Vlasak et Cl. Maniez, Discours et objets scientifiques dans l'imaginaire américain du XIXe siècle

Maupassant/Poe, Quand la peur hante les nouvelles

A.-M. Miller-Blaise, Le Verbe fait image

A. Boissière, La Pensée musicale de Theodor W. Adorno

H. Carrera (dir.), Exils

A. Teulade (dir.), Reflets du siècle d'or espagnol. Modèles en marge

J. Le Rider et B. Pouderon (dir.), Faust, homme Renaissance

V. Darian : Das Theater der Bildbeschreibung. Sprache, Macht und Bild in Zeiten der Souveränität

Crébillon fils, Lettres de la Marquise de M*** au Comte de R*** (nouv. éd.)

A. Kilito, L'Oeil et l'aiguille. Essais sur les Mille et une nuits (rééd.)

C. Prochasson, A. Rasmussen. Au nom de la patrie. Les intellectuels et la Première Guerre mondiale (1910-1919)

C. Spillemaecker (dir.), Vaucanson et l'homme artificiel. Des automates aux robots

F. Daviet-Taylor, D. Bottineau (dir.), L'impersonnel. La personne, le verbe, la voix

V. Carraud, L'Invention du moi

M.-M. Fontaine (dir.), Rire à la Renaissance

A. Lütteken, M. Weishaupt, C. Zelle, éds.: Der Kanon im Zeitalter der Aufklärung. Beiträge zur historischen Kanonforschung

Voix du futur : entretiens avec huit auteurs de science-fiction


Fil d'information RSS    Fabula sur Facebook    Fabula sur Twitter