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Sauver les lettres

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Information publiée le mercredi 4 décembre 2002 par Audrey Lasserre


Le collectif " Sauver les Lettres " réunit depuis mars 2000 des professeurs, des instituteurs et des parents d'élèves, syndiqués et non syndiqués. De sensibilités politiques diverses, les membres du collectif ont cependant en commun l'idéal d'une école élitaire pour tous : une école qui ne réserve pas certains savoirs à une élite, mais s'efforce de rendre plus égales les chances de chacun d'y accéder. Il entend s’opposer aux mesures idéologiques, politiques et économiques qui, à l’heure actuelle, en réduisant la place du français dans les études et en fragilisant son appropriation par les élèves, en abaissant le niveau des exigences littéraires et culturelles, menacent la formation authentique et le véritable apprentissage de la langue que l'école doit aux élèves. Le collectif condamne les réformes récentes qui, par le renoncement à une instruction véritable, sacrifient l’égalité démocratique des chances à une massification qui nivelle par le bas.

Le collectif dénonce ainsi, à l’école primaire, la suppression depuis septembre 2002 de deux heures hebdomadaires en français dans les classes de CE2, CM1, CM2, au profit de l’introduction d’une langue vivante. Il estime en effet que les priorités doivent être respectées : il faut assurer à tous les enfants les enseignements fondamentaux avant de penser à un élargissement des domaines de connaissances, qu’ils ne peuvent aborder et comprendre avec profit que bien armés dans la maîtrise du lexique et de la syntaxe de leur langue.

Dans le cadre de la lutte contre l’illettrisme, que les ministres successifs inscrivent au premier rang de leurs préoccupations, le collectif demande le rétablissement d’un horaire de français qui permette aux enfants de s’approprier avec le temps nécessaire les mécanismes de la lecture. Cet horaire ne cesse de se réduire depuis trente ans, alors même que la qualité des apprentissages est liée au temps que l’on y passe.

Parallèlement, le collectif s’élève contre la doctrine de la transversalité, qui veut qu’à l’école primaire le français s’apprenne dans toutes les matières, alors que l’expérience prouve que les élèves ne s’approprient le français que lorsqu’il est considéré comme une discipline à part entière, avec un apprentissage systématique et mémorisé de sa morphologie et de sa syntaxe.

Dans le même souci, le collectif condamne le nouveau programme du primaire qui détaille des démarches et se vide de contenus. Il est au contraire nécessaire d'exiger des niveaux de connaissances et de faire confiance aux maîtres pour adopter les méthodes les plus efficaces.

Pour le collège, le collectif s’oppose à l’introduction, des " Itinéraires de découverte " en classe de 5ème et de 4ème. Ceux-ci sont installés au prix d’une baisse des horaires dans toutes les disciplines, notamment le français, qui a perdu une heure hebdomadaire en 6ème, une heure trente en 5ème, une demi-heure en 4ème, depuis la rentrée 2002. Les " activités " qui y sont prévues, variables d’un établissement à l’autre, menacent le caractère national des programmes, et s’opposent au souci d’une formation sérieuse et disciplinaire des élèves.

Par ailleurs, le collectif condamne l’obligation faite récemment aux professeurs de français d’adopter un cadre de cours en " séquences " et défend la pleine liberté pédagogique de l’enseignant, la seule véritable didactique restant celle que dictent la matière et ses exigences.

Au lycée, le collectif entend faire revenir sur les nouveaux programmes de français publiés de 1999 à 2001. Ils privilégient une vision taxinomique, formelle et réductrice de la littérature, vue comme un réservoir de formes codifiées et d’attitudes sociales à transmettre aux élèves, et non comme l’ouverture, par la langue et les thèmes, à des mondes et à des pensées nouveaux et singuliers. Ils menacent par ailleurs, par l’introduction de l’argumentation comme technique d’adhésion, et par la promotion de l’opinion au détriment de la réflexion, la formation d'une pensée critique autonome que l'on doit à des élèves adolescents bientôt citoyens.

La réforme des épreuves de français au baccalauréat, inaugurée lors de la session 2002, en introduisant de fait ces visions descriptives, réductrices et subjectives de la matière dans un examen, menace la formation des élèves. Il faut notamment revenir sur l’introduction du sujet dit " d’invention ", qui contraint le plus souvent les élèves à l’expression, dans une forme figée, d’une opinion fixée par avance, et se dérobe à un apprentissage construit. Ce sujet ne peut être un instrument d'évaluation des connaissances littéraires et réflexives attendues à un examen qui constitue le premier grade de l’enseignement universitaire.

Dans le même esprit, il faut revoir la nouvelle définition de l’épreuve orale, qui, sous couvert de condamnation du " psittacisme ", met les élèves dans la situation difficile et inégalitaire de commenter un texte sous un angle inédit, qui plus est formel. Il est impossible de préparer sérieusement à tous les cas de figures possibles, et l’entraînement à un oral insurmontable conduit de fait à un " bachotage " qui s’oppose à l’assimilation des connaissances.

Le collectif n’est pas opposé par principe à des réformes, mais il les voudrait constructives, et susceptibles de contribuer à une réelle démocratisation. Les élèves ont besoin d’une école qui leur assure des connaissances solides, et soit débarrassée de l’idéologie aberrante des réformes récentes qui, en soupçonnant constamment les savoirs et les professeurs de " coloniser l’enfant ", en prétendant laisser l’élève " construire ses savoirs ", et en réduisant les contenus pour mieux adapter l’école à une société de plus en plus inégalitaire, ne font que la détruire.

Collectif Sauver les Lettres

10/2002

" Sauver les Lettres "
58, rue Montorgueil
75002 PARIS


Url de référence :
http://www.sauv.net/

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