Fabula, la recherche en littérature (appels)

Croire et faire croire - La voix du regard n°16

Appel à contribution

Information publiée le mercredi 16 octobre 2002 par Hugues Marchal (source : La Voix du regard)

Date limite : 15 janvier 2003

Le n° 16 de LA VOIX DU REGARD, revue littéraire sur les arts de l'image, aura pour thème " CROIRE ET FAIRE CROIRE ". Vous trouverez ci-dessous l'appel à contribution.

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Axe général du numéro

" On vous dit parfois : Ceci est un fait… C’est dire : Croyez " (Valéry)



Il nous paraît intéressant d’interroger la notion de " croyance " lorsque celle-ci quitte son terrain initial, le religieux, pour s’étendre à tous types de perception et de lecture des textes et des images. Mais cet écart doit aussi permettre d’étudier le retour actuel à des formes de spiritualité et de religion qui jettent un nouvel éclairage sur l’importance et la présence des phénomènes d’adhésion au sein de notre société. Peut-on repérer des mécanismes communs à la foi, aux arts, aux médias, œuvrant à la crédibilité des messages et des représentations ? En quoi le crédit apporté à la relation d’un miracle, la croyance à la narration d’un fait romanesque, l’adhésion à la mise en images télévisuelle ou cinématographique du monde, peuvent-ils se définir selon des codes et des fonctionnements similaires ?
" Croire ", c’est tenir pour vrai, c’est adopter une opinion, se rallier à des valeurs, intégrer une communauté de pensée ou de sensibilité, se soumettre à un principe directeur, occuper un en-deçà ou un au-delà du savoir, etc.
" Faire croire ", c’est influencer, tromper son interlocuteur, c’est le convaincre, l’entraîner dans un univers fictionnel ou dans un pari, lui proposer un pacte de confiance ou un jeu de dupes.
La croyance fonctionne par orientation, déplacement, glissement. Elle met en jeu des niveaux d’adhésion différents : croire en quelqu’un revient à croire à quelque chose, accepter la véracité d’un fait conduit à adhérer à un système idéologique et la croyance peut déboucher sur l’action.
Nous avons délimité quelques grands axes qui pourraient fournir l’armature de ce numéro :


Rôles, figures

- Quelle est la figure emblématique du faire croire ? L'imposteur ; le prosélyte ; le magicien illusionniste ; le travesti ; le comédien ; Tartuffe, Knock, Scapin, Un Héros très discret, Matrix, Jean-Claude Romand (L'Emploi du temps, L'Adversaire), Emile Ajar et autres praticiens de la pseudonymie, etc. Pierrick Sorin et la mise en scène de soi.
- Et la figure emblématique du croire ? Le crédule ? Le naïf ? Le croyant ? Le créancier ? Madame Bovary, Candide, Thérèse, Monsieur Dimanche (Dom Juan), etc.
- Y a-t-il un rôle neutre ? L’agnostique ; le mécréant ; celui qui n’y croit plus, le désenchanté ; le " sans foi ni loi ".


Crédibilité, autorité

- Double étymologie de " credere " : " croire " et " faire confiance " : cf. Greimas (Du Sens, II) :
" Le latin credere couvrait en même temps les champs de signification, aujourd’hui séparés, de croyance et de confiance ; la confiance entre les hommes, établie et maintenue, fondait la confiance dans leur dire sur les choses et, finalement, dans les choses elles-mêmes ".
Adhérer à des idées suppose souvent de croire en quelqu’un, et inversement (Croire à / croire en).
- La rhétorique d’Aristote : ethos, logos, pathos, ou trois éléments du " faire croire ".
- Le savoir, la spécialisation, l’expertise, l’institution, l’observation.
- L’image en tant qu’elle émeut, en tant qu’elle peut convaincre, en tant qu’elle met en valeur.
- Le rapport à l’autre : la persuasion, la séduction (" Aimer, c’est la moitié de croire ", Hugo), la confiance, l’émotion (" L’émotion est le moyen de force du roman ", Stendhal), la domination : passage de l’autorité épistémique (faire croire) à l’autorité déontique (faire faire). L’influence et le pouvoir de l’image (cf. affaire " Scream ").
- Les signes de la crédibilité : titres, monuments (Vatican, Mandarom), lieux, rôle des textes sacrés, des rituels, l’âge (campagne publicitaire " Je suis crédible face à mon banquier ").


Illusions et croyances

- Les représentations de la foi : Dialogue des carmélites, Sous le soleil de Satan, L’Annonce faite à Marie, Péguy, Bruges-la-Morte, La Dernière tentation du Christ, Les Versets sataniques, Plateforme, la figure du prêtre dans le roman, etc. La peinture religieuse. L’art jésuite et l’art baroque (Ignace de Loyola). L’image fait-elle croire ou contredit-elle la foi ? Iconoclastes et iconodules. Bettina Rheims, Andres Serrano, Pierre et Gilles. Question de la figuration de l’invisible (représentation ou abstraction).
- L’hallucination, l’obsession, le rêve, la mythomanie.
- Les légendes urbaines, les mythes, les croyances populaires, la rumeur.
- Les désillusions : Illusions perdues, la perte de foi, le doute.


Illusion et vraisemblance

- La querelle platonicienne sur l’image (Platon/Aristote).
- Le trompe-l’œil, les illusions optiques, l’hyperréalisme : pourquoi restons-nous fascinés par les images qui nous trompent ? Y a-t-il de bons usages contemporains du mensonge visuel, par exemple en urbanisme (travail sur la façade) ? Comment interpréter des œuvres in situ qui sous certains points de vue présentent un objet absent de l'espace _ comme les compositions géométriques de Felice Varini, ou le salon Mae West de Dali ? Zeuxis et Praxitèle.
- Le camouflage, le mimétisme, etc. Ses usages militaires (le cheval de Troie, la forêt qui avance, etc.). La théorie des faces en sociologie et en analyse du discours. Les ruses animales. La mode et le treillis.
- La construction du vraisemblable : l’effet de réel, la mimesis, l’invraisemblance du vrai (" incroyable mais vrai "), etc. Interroger cette construction dans le cas particulier de la science-fiction.
- Stylistiques de la véridiction et du mensonge.
- La valeur littéraire du mensonge (cf. L’invitation au mensonge (Barbedette), La décadence du mensonge (Oscar Wilde), Essai sur l’art de la fiction (Stevenson)). Idéal d’une Vérité de l’art.
- Le simulacre, du vaudou à la télé-réalité.
- Le déplacement de l’adhésion du problème de la vraisemblance au statut de l’œuvre d’art (cf Duchamp).


Preuves

- Le témoignage : valeur du témoignage dans les médias, valeur indicielle de la photographie, photo-reportage, pièces à conviction.
- Les preuves de l’existence de Dieu : Saint-Thomas, la Sainte-Face, les miracles, la littérature apologétique (Pascal, Du Bartas, etc), l’icône, les textes prophétiques, les reliques (et leurs détournements idéologiques ou artistiques) ; Brisset, Wolfson…
- Les lieux de certitude : la justice, la science, l’Eglise, le journal télévisé, le concept du Vrai, l’architecture monumentale, les lieux de pélerinage, etc.


Tromperie, manipulation

- Les effets spéciaux et trucages (numériques et autres). Simone. Les manipulations au cadrage et au montage. Le saut dans le vide de Klein.
- La propagande : publicité, politique, histoire, le consensus comme propagande " soft ", l’influence sur l’opinion, les sondages, le " vu à la télé ", le télévangélisme et le télé-achat. Mises en scène de la démagogie.
- La dissimulation, le politique machiavélien. La ruse de guerre. Diversion, espionnage, camouflage, jeu, bluff, esbroufe, tactiques, stratégies de dissuasion.
- L’imposture : les " bidonnages " télévisuels (fausse interview de Castro, etc.), la désinformation. Guerre du Golfe, Timisoara, les faux castings et les faux témoins, etc.
- La sophistique, la mauvaise foi, l’autofiction et la pseudonymie.
- Le scepticisme et l’esprit critique comme résistance aux croyances : L’Encyclopédie, Fontenelle, le pyrrhonisme.
- Les impostures scientifiques.


Idéologie, valeurs

- Les représentations de la conviction, de l’engagement et de l’opinion à la télévision (émissions de débat). Le militantisme et le syndicalisme.
- La croyance comme prosélytisme, adhésion à un groupe (partis politiques, " tribus ", sectes, ekklesia) ou une communauté (le lieu commun, certaines formes de l’ironie, les systèmes de valeurs, les " mondes " de Goffmann). Effets de décalage : valeur religieuse et valeur artistique (ostie de boudin de sang humain, Journiac), valeur parodique (la religion dans la publicité, le clips) ; laïcisation de la société, autonomisation de l’art par rapport au religieux.
- L’art au service de l’idéologie : la fiction, la représentation comme outils d’adhésion (le roman à thèse, la fable, le récit exemplaire, l’art de propagande, le réalisme socialiste, etc.).
- Valeur économique / valeur de l’information : la dissimulation financière, Exxon, Enron, la " perte de confiance des marchés ", etc .


Pacte, contrat

- Pactes de lecture :
- La lecture de la fiction comme suspension du jugement critique
- Le " pacte de mauvaise foi " (G. Blin) et la dimension ludique du rapport croyance/distance.
- La littérature comme " virement de crédit " (Valéry).
- La spécificité de l’adhésion à la théâtralité (par opposition au cinéma : question de la distanciation).
- Le paradoxe du comédien.
- La préface comme lieu du " faire croire " et de la mystification (Guilleragues, Challe, etc.).
- La signature et les problèmes d’attribution de l’œuvre d’art.
- L’échange : qu’obtient-on en échange de l’adhésion ? Le paradis (les indulgences), le plaisir du texte, la jouissance esthétique ? Faire croire sert à obtenir un soutien, de l’argent, des voix, un pouvoir ? Y a-t-il des échanges de dupes ?
- L’apprentissage : croyance et fiction comme étape de l’évolution cognitive de l’individu. Rôle du jeu, du conte (Bettelheim, Groddeck, Lévi-Strauss), du " faire semblant ".
- La monnaie fiduciaire, la lettre de change, l’assignat, la signature, le contrat, la parole. Interroger la double acception des termes de " crédit " et de " créance ".


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Avant d'envoyer un texte sur un sujet de votre choix, informez-nous de votre projet, par courrier ou e-mail : nous devons être en mesure d'établir le sommaire prévisionnel, à partir de vos propositions, à la fin du mois de novembre. Tous les textes doivent être envoyés dactylographiés à l'adresse indiquée (inutile pour ce premier envoi de joindre une disquette).

Pour la partie "Hors sujet" : nous attendons vos propositions.
Pour la section "GALERIE", n'hésitez pas à faire appel à des artistes peu connus dont les œuvres n'ont jamais été publiées, et faites-les nous connaître.



Responsable : La Voix du regard

Adresse : LA VOIX DU REGARD 11 rue Henri MARTIN 94200 Ivry-sur-Seine Tel /Fax : 01-46-70-88-69

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