Fabula, la recherche en littérature (agenda)

La métalepse aujourd'hui

Evénement

Information publiée le vendredi 19 avril 2002 par Alexandre Gefen

Du 29 novembre 2002 au 30 novembre 2002, Institut Goethe (Paris)

Colloque International :

La métalepse, aujourd’hui

Institut Goethe, Paris

29 et 30 novembre 2002

Organisé par le

Le Centre de recherches sur les arts et le langage (EHESS-CNRS)

en collaboration avec le

Département de Littérature Comparée de l’Université de Paris III

et le

Groupe de Recherche en Narratologie de l’Université de Hambourg

(Actes publiés sous le titre Métalepses. Entorses au pacte de la représentation)



On admet en général que tout récit est une narration d’événements et que par conséquent il s’organise en deux niveaux clairement séparés : le niveau de la narration et celui des événements narrés. Toute contamination d’un niveau par l’autre semblerait donc aller à l’encontre de la nature même du récit.

Et pourtant, dans la réalité narrative, les choses sont plus complexes. Un des procédés narratifs qui s’inscrivent en faux contre la thèse d’une telle distinction d’essence entre le niveau de la narration et celui du narré est le récit enchâssé, ou récit métadiégétique. Par ses effets d’enchâssement, le récit métadiégétique entretient avec le récit qui le contient soit une fonction explicative, soit une fonction thématique (qui peut aller jusqu’à la mise en abyme), soit, indépendamment du contenu du récit enchâssant, une relation de contamination entre les deux niveaux, l’acte de narrer lui-même assurant le lien entre deux domaines normalement distincts l’un de l’autre. Ce dernier effet, la métalepse (Genette), est une espèce de mariage forcé de niveaux, réalisant de manière insolite le passage du narrateur ou du narrataire dans le domaine des personnages, ou inversement. La plupart du temps métalepse est marquée comme telle et donc perceptible. En revanche, lorsqu’elle fait l’économie du relais diégétique, elle fait vaciller la distinction entre les deux niveaux narratifs et, sur un plan plus général, déstabilise le fonctionnement représentationnel comme tel. Au théâtre notamment, comme en témoignent certaines pièces de Pirandello ou de Handke, les violations du « pacte représentationnel » débordent la scène, lieu de l’action dramatique, bouleversant le cadre même de la représentation. Pourtant, même si la métalepse est une démarche transgressive, elle n’en reste pas moins une des modalités de l’enchâssement narratif, et fait donc partie des possibles du récit.

En fait, l’enchâssement est un phénomène qui existe ailleurs que dans le récit. Il s’agit d’un problème qui, sous des formes diverses, se rencontre dans le domaine de la logique, des mathématiques, de la linguistique, de la sémiotique, de la psychologie cognitive, de l’ontologie, etc. Les recherches menées dans ces domaines n’ont pas manqué d’exercer une influence sur l’étude de la métalepse. En effet, si le phénomène de la métalepse narrative invite à une réflexion plus générale sur les niveaux logiques, le statut de la frontière, les critères de la segmentation, etc., les recherches dans d’autres domaines peuvent féconder à leur tour la réflexion sur la métalepse. Ainsi les travaux de Hofstadter (et d’autres), permettent de rapprocher la métalepse des paradoxes de la « Boucle Étrange » ou de la « Hiérarchie Enchevêtrée ». Ces paradoxes ont des équivalents artistiques, par exemple l’Exposition d’estampes de Escher (paradoxe qu’il faut distinguer du caractère récursif de la mise en abyme qu’on trouve par exemple dans Mains dessinant de ce même Escher) ou Ceci n’est pas une pipe de Magritte.

Mais la métalepse doit aussi être examinée (ré-examinée) à la lumière des différentes approches du récit qui se partagent aujourd’hui le champ de l’analyse narrative. Quelle est la place de la métalepse dans les modèles de communication narrative qui distinguent entre auteur/lecteur concret, auteur/lecteur implicite, etc. ? Quel est le périmètre de la métalepse dans une narratologie qui, s’inspirant du récit oral de la vie quotidienne et des recherches en psychologie cognitive, part de l’existence de différents niveaux d’expérience du monde et de l’idée d’une stratification de la conscience ? Comment la sémantique narrative, fondée sur la logique des mondes possibles, permet-elle, par le biais des relations d’ « accessibilité » entre strates textuelles, d’aborder la métalepse ? L’hypertexte informatique, avec ses possibilités innombrables de liens entre segments textuels, ouvre-t-il des perspectives nouvelles pour la métalepse ?

Les évolutions récentes de la narratologie témoignent non seulement de l’intégration de nouveaux modèles épistémologiques, mais aussi d’un élargissement de son champ d’analyse à d’autres formes d’expression artistique. La métalepse, procédé énigmatique et troublant qui met en cause les moyens de la représentation, est un des nœuds cruciaux de toute compréhension du récit, et plus généralement de la représentation. Il convient donc d’en approfondir le questionnement à la lumière des développements théoriques actuels en privilégiant une démarche transdisciplinaire. Nous sommes convaincus que ce qui, à première vue, peut apparaître comme une question technique, ouvre en fait des pistes pour une réflexion renouvelée consacrée au récit dans ses rapports avec d’autres phénomènes culturels.

Pour plus de renseignements :

John Pier : j.pier@wanadoo.fr

Colloque International :"La métalepse, aujourd'hui"

Institut Goethe, Paris - 29 et 30 novembre 2002

Organisé par le Le Centre de recherches sur les arts et le langage (EHESS-CNRS) en collaboration avec le Département de Littérature Comparée de l'Université de Paris III et le Groupe de Recherche en Narratologie de l'Université de Hambourg



Vendredi, 29 novembre

Accueil des participants: 9h
Présentation du colloque: 9h15

I. Président : Francis Berthelot (CRAL, CNRS, Paris)

Séance plénière : 9h30-10h20 : Klaus Meyer-Minnemann (Universität Hamburg, RFA) : « Un procédé narratif qui 'produit un effet de bizarrerie' : la métalepse littéraire »

1. 10h20-10h50 : Sophie Rabau (Université Paris III) : « Ulysse à côté d'Homère : Mises en fiction d'une métalepse »

2. 10h50-11h20 : Sabine Schlickers (Universität Hamburg, RFA) : « Inversions, transgressions, paradoxes et bizarreries : métalepses dans la littérature espagnole et française »

3. 11h20-11h50 : Philippe Daros (Université Paris III) : « Métalepse et cadre »

Repas midi : 12h00-14h00


II. Président : Jean-François Jeandillou (Université Paris X/Institut Universitaire de France)

Séance plénière : 14h00-14h50 : Marie-Laure Ryan (Bellvue, Etats-Unis) : « Logique culturelle de la métalepse, ou : la métalepse dans tous ses états »

1. 14h50-15h20 : Christine Baron (Université Paris III) : « Métalepses et mondes possibles : La représentation inachevée »

2. 15h20-15h50 : Jan-Christoph Meister (Universität Hamburg, RFA) : « Stack-overflow as a pragmatic limit for self-referential systems. Towards a computer model of narrative metalepsis »

Pause café : 15h50-16h10

Séance plénière : 16h10-17h00: Jean Bessière (Université Paris III) : « Les conditions que supposent les caractéristiques de la métalepse »

1. 17h00-17h30 : Georges Roque (CRAL, CNRS, Paris) : « Aspects de la métalepse dans l'image visuelle »

2. 17h30-18h00 : Jean-Marie Schaeffer (CRAL, CNRS/EHESS, Paris) : « Métalepse et immersion fictionnelle »


Samedi, 30 novembre

III. Président : Jean-Pierre Morel (Université Paris III)

Séance plénière : 9h30-10h20 : Dorrit Cohn (Harvard University, Cambridge, Etats-Unis) : « Métalepse et mise en abyme » [article en ligne]

1. 10h20-10h40 : Hans-Harald Müller (Universität Hamburg, RFA) : « Überlegungen zu Metalepse und Metafiktion am Beispiel von Leo Perutz' Roman 'Die dritte Kugel' »

2. 10h40-11h20 : Wolf Schmid (Universität Hamburg, RFA) : « Le rôle de la métalepse narrative dans la construction de la théorie du
formalisme russe »

3. 11h20-11h50 : Tom Kindt (Universität Hambourg, RFA) : « Zum Verhältnis von Metalepse und erzählerischer (Un-)Zuverlässigkeit. Betrachtungen zu Romanen von Ernst Weiss »

Repas midi : 12h00-14h00


IV. Présidente : Christine Montalbetti (Université Paris VIII) (sous réserve)

Séance plénière : 14h00-14h50 : Gérard Genette (EHESS, Paris) : « De la figure à la fiction »

1. 14h50-15h20 : Philippe Roussin (CRAL, CNRS/EHESS, Paris) : « Rhétorique de la métalepse »

2. 15h20-15h50 : Daniel Ferrer (ITEM, CNRS, Paris) : « Peut-on parler de métalepse génétique ? »

Pause café : 15h50-16h10


3. 16h10-16h40 : Monika Fludernik (Universität Freiburg, RFA) : « Scene-shifting and Metalepsis »

4. 16h40-17h10 : John Pier (Université de Tours/CRAL, CNRS, Paris) : « Métalepse et hiérarchies narratives »

5. 17h10-17h40 : Anja Cornils (Universität Hamburg, RFA) : « Métalepse narrative dans les Actes des Apôtres - signe de la narration fictive ? »

Conclusion : 17h40-18h00


Responsable : John Pier

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