Fabula, la recherche en littérature ()

D. Bertrand, Les Caractères de La Bruyère, Foliothèque

Parution livre

Information publiée le vendredi 5 avril 2002 par Marc Escola


Vient de paraître:

D. Bertrand, Les Caractères de La Bruyère, Gallimard, La Foliothèque, 2002.

Prière d'insérer:

En se proposant d’ “ instruire en badinant ”, La Bruyère place son inspiration sous le signe d’une muse galante, enjouée et naïve qui revendique l’héritage de Marot et de Voiture et place, tout au sommet du Parnasse, l’invention poétique de La Fontaine, inégalable par “ le jeu, le tour et la naïveté ” (DRA, p. 435).

Ce tropisme ludique ne contredit pas les orientations profondes de l’observation morale. Si La Bruyère condamne les jeux d’argent autant que les exercices futiles de l’esprit, il témoigne d’une fascination pour l’ " esprit de jeu ", cette qualité éminente qu’il reconnaît aux meilleurs stratèges militaires ou politiques : art de l’ " occasion " qui constitue un analogue de celui de la " rencontre ", nécessaire à l'écrivain (DOE, 17). La Bruyère entrevoit aussi, de manière très novatrice, la fécondité intellectuelle et créatrice du jeu (DH, 89). Nostalgique de la félicité imaginaire à laquelle les enfants parviennent si aisément (DH, 53), l'écrivain scrute les sources vives d’un processus actif d’illusion, modèle potentiel des arts mimétiques. L'aptitude des enfants à l'imitation ridicule (DH, 54) ne préfigure-t-elle pas, sur un mode spontané et anarchique, les exercices du moraliste ? Des affinités sont décelables entre le portrait de l’enfant en moraliste incontrôlé et celui du philosophe moral qui contrefait naïvement le ridicule des hommes.

L’esprit de jeu, qui ne s’oppose pas au sérieux du sens, sert de fil d’Ariane à cette lecture des Caractères. On le retrouvera à l’œuvre sous des modalités diverses. L’écriture ludique est sensible dans la fantaisie verbale, mais aussi dans la théâtralité qui irrigue l'écriture des portraits et confère au moraliste une position ambiguë au sein de la comédie sociale, tout à la fois représentée et démystifiée. Le jeu, en tant que principe de mouvement, apparaît aussi comme un ressort sous-jacent de la dynamique d’une écriture discontinue.

Table des matières:

ESSAI INTRODUCTION I LA DYNAMIQUE DU DISCONTINU I. La discontinuité dans tous ses états II. Défense et illustration du discontinu : une forme-sens III. Les dimensions cachées de l’écriture discontinue IV. Une discontinuité tempérée II L’ŒIL ECRIVAIN I. Une curiosité bien tournée : voir et donner à voir II. Le peintre et ses modèles II. L’ombre du théâtre III LE JEU SOCIAL DEMYSTIFIE I. Le prisme satirique II. La démystification burlesque III. Les voies de la perfection IV LE SENS DU RIDICULE I. Réapprendre à rire CONCLUSION DOSSIER I REPERES BIOGRAPHIQUES A Les rares témoignages B La vie “ rêvée ” de La Bruyère : fictions et réalité II LA GENESE DES CARACTERES A Les variantes B Le plan du livre : lectures plurielles C Portraits à clefs ? D Eléments d’intertextualité E Des Caractères aux Dialogues sur le quiétisme III LA RECEPTION IMMEDIATE A Un succès inouï B Premières réactions : polémiques C Le parallèle de La Bruyère et de Théophraste D Les imitateurs de La Bruyère IV LES CARACTERES JUGES PAR LA POSTERITE A Le XVIIIe siècle B Le XIXe siècle C Le XXe siècle V L’ŒUVRE DANS SON CONTEXTE A Approches “ sociopoétiques ” B Le cadre intellectuel C Modèles esthétiques VI SELECTION BIBLIOGRAPHIQUE

Ancienne élève de l’E. N.S., Dominique Bertrand est professeur à l’Université Blaise Pascal (Clermont II). Elle est l’auteur de La Littérature française du XVIIe siècle (Dunod, 1998) et de Lire le théâtre classique (Dunod, 1999). Elle a publié de nombreux articles ainsi que des ouvrages sur le rire et le burlesque de la Renaissance à l’âge classique. Elle a également édité un colloque sur les Figurations du volcan à la Renaissance (Paris, Champion, 2001).


Derniers ouvrages parus :

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E. B. Tobiassen, La Relation écriture-lecture. Cheminements contemporains

J.-Y. Laurichesse & Sylvie Vignes (dir.), Giono. La mémoire à l'oeuvre

Ch. Pérez, Romain Gary. La Comédie de l'Absolu

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D. Lançon & P. Née (dir.), L'Ailleurs depuis le romantisme. Essais sur les littératures en français

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P. Genancia, Descartes, chemin faisant

Vie d'Isarn, abbé de Saint-Victor de Marseille (XIe siècle)

B. Louichon et A. Rouxel (dir.), Du corpus scolaire à la bibliothèque intérieure

D. Edelstein, The Terror of Natural Right. Republicanism, the Cult of Nature, and the French Revolution

O. Figes, Les Chuchoteurs. Vivre et survivre sous Staline

S. Sontag, Renaître. Journaux et carnets (1947-1963)

S. Sontag, Le Bienfaiteur

P. Schmitt-Pantel, Hommes illustres. Moeurs et politique à Athènes au Ve s.

F. Gros, Marcher, une philosophie

A. Bergren, Weaving Truth: Essays on Language and the Female in Greek Thoughts

J. Herrman (ed.), Hyperides. Funeral Oration

C. Rosset, Tropiques. Cinq conférences mexicaines

N. Di Méo, Le cosmopolitisme dans la littérature française

O. Bessard-Banquy, La Vie du livre contemporain

M. Chassagnol, N. Prince et I. Cani, Peter Pan. Figure mythique

J.-P. Sarrazac & M. Consolini (dir.), Avènement de la mise en scène/Crise du drame. Continuités-discontinuités

P. Di Folco (dir.), Le Dictionnaire de la Mort


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