Fabula, la recherche en littérature (appels)

Ce que le récit ne dit pas

Appel à contribution

Information publiée le jeudi 4 février 2010 par Marielle Macé (source : Claire Cornillon)

Date limite : 20 mars 2010

Ce que le récit ne dit pas



Journée d'études de l'Ecole doctorale 120

11 Juin 2010

Université Paris III – Sorbonne nouvelle





Si l'art occidental du récit semble s'être construit autour des notions de causalité et d'enchaînement logique des événements qu'Aristote définit dans sa Poétique, on peut se demander s'il n'a pas connu des formes alternatives de narration, en particulier à l'époque contemporaine. Cette journée d'études s'attacherait à tenter de déterminer les différents procédés employés par les auteurs pour inscrire dans leurs textes ces formes alternatives de narration. On peut proposer comme pistes de réflexion pour les contributions les axes suivants :



1 Une énigme à résoudre

Les techniques seraient variables et iraient de l'ellipse (l'élément clef du récit n'est pas fourni mais structure l'ensemble de l'intrigue) à la répétition (le ressassement repousse sans cesse l'instant où le sens est délivré) en passant par le montage (le sens réside dans l'espace absent entre chaque séquence juxtaposée). Ainsi les nouvelles d'Antonio Tabucchi, dans son recueil Il gioco del rovescio, fonctionnent souvent sur ce système d'ellipse : un événement dramatique s'est produit par le passé, bouleversant la vie du narrateur, sans que rien ne soit jamais explicitement dit au lecteur (« Lettera da Casablanca », « I pomeriggi del sabato»). De cette façon, l'événement est à la fois omniprésent dans le discours du narrateur et en même temps absent. Un film comme Inland Empire de David Lynch est, quant à lui, construit non pas selon une intrigue comportant des éléments situés à divers moments d'une ligne chronologique mais comme une sorte d'ensemble de variations sur un thème, sur le mode de l'analogie, chaque séquence n'étant liée à la précédente ni par un lien causal, ni par un lien temporel. Le moment de passage d'un plan à l'autre est alors un blanc, un vide à combler par le spectateur, qui déçoit constamment son attente. L'angoisse naît précisément de cette impossibilité d'anticiper le plan suivant. La liste de procédés n'est bien sûr pas exhaustive. De cette façon, le récit se structure autour d'un vide de sens, de quelque chose qui n'est pas dit, décevant perpétuellement l'attente du lecteur ou du spectateur.



2 Une énigme sans réponse

Par ailleurs, si certains récits posent un blanc qui peut être comblé par le lecteur, d'autres au contraire maintiennent un espace vide qu'il est impossible de résorber par une interprétation ou une reconstitution de ce qui serait censé manquer dans le texte. Ce blanc fonctionnerait alors comme une marque de dysfonctionnement, attirant l'attention du lecteur sans que celui-ci puisse jamais le résoudre. Ainsi, la nouvelle « Feathers » de Raymond Carver (contenue dans le recueil Cathedral) montre une situation finale négative : un couple autrefois harmonieux est désormais en rupture. La femme, Fran, explique cet état de fait par un épisode antérieur narré dans le texte, une soirée chez des amis. Mais pour l'homme, Jack, rien ne peut venir justifier leur vie actuelle, il est incapable d'y trouver une cause ou bien un début et surtout pas dans cette soirée passée. De cette façon Raymond Carver oppose le récit de Fran où les événements s'enchaîneraient logiquement et le récit de Jack, celui qui ne peut pas tout dire, où un blanc impossible à combler reste inscrit. Dans ce cas, si le récit ne peut pas dire, c'est peut-être parce qu'il n'y a finalement rien à dire, pas d'explication possible à donner ou bien sous-entendre.





Cette journée d'études souhaite accueillir toute époque, toute aire culturelle et linguistique. Les études pourront s'attacher au cas des littératures de genre, comme la science-fiction, et s'étendre au domaine cinématographique.



Les propositions de communications (5000 signes maximum) sont à envoyer, accompagnées d'un titre et d'une courte présentation de l'auteur, avant le 20 mars 2010 aux deux adresses méls suivantes : clairecornillon@gmail.com et colin.claire13@gmail.com


Responsable : Claire Colin et Claire Cornillon

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