Fabula, la recherche en littérature (appels)

1960-2010 : Nécropolitiques africaines, langages de violence et réinventions de l'avenir

Appel à contribution

Information publiée le mercredi 3 février 2010 par Florian Pennanech (source : Alexie Tcheuyap)

Date limite : 30 mars 2010

1960-2010

Nécropolitiques africaines, langages de violence et réinventions de l'avenir

Colloque International

Université de Toronto, 10 et 11 décembre 2010

Depuis l'avènement des indépendances dans les années 60 sur le continent africain, les guerres qui ont balisé les chemins de la libération semblent se perpétuer. Les « mésaventures de la conscience nationale » (Fanon) ont engendré des violences dans un espace postcolonial par ailleurs souvent ravagé par des cataclysmes naturels. Désertifications, famines et guerres écrivent la préface des génocides qui ont profondément marqué l'imaginaire, générant une multitude de textes qui obligent à réengager une réflexion sur l'humain, ses défis et ses rationalités. Les romanciers, cinéastes et divers théoriciens entreprennent de représenter l'irreprésentable de la violence directe et structurelle, de nommer l'innommable, de penser l'impensable et de comprendre l'incompréhensible des drames d'une Afrique aux prises avec ses démons et ses espoirs. Des tentatives de sécession (Biafra, Katanga), des guerres civiles (Angola, Tchad, Congo, ex-Zaïre, Côte d'Ivoire, Algérie), le génocide de 1994 au Rwanda, comme ceux en cours en République Démocratique du Congo et au Soudan, montrent qu'il est urgent d'imaginer de nouvelles utopies alternatives à l'imaginaire de la coercition endémique.

L'irruption de ces violences, qui illustre le quasi éclatement de la « Francophonie », du « Commonwealth » et d'autres structures géopolitiques traditionnelles, clarifie aussi les limites de dispositions légales, discursives, linguistiques, sociologiques et anthropologiques qui, au fil des ans, ont progressivement construit ce qu'on peut appeler des altérités meurtrières. Avant de tomber sous le coup de balles ou de machettes, le sujet postcolonial, souvent sévèrement malade ou affamé, est aussi victime de lois contraignantes, de classifications exclusives, de pratiques politiques qui lui imposent de réévaluer le sens de son identité dans un espace national ou transnational en constante mutation.

Un autre trait marquant de ces violences tient du fait qu'elles se déclinent sous le signe du partage, dans les rapports complexes qu'elles entretiennent avec l'espace non africain, en raison notamment du déplacement des peuples. Elles révèlent ainsi un lien entre plusieurs lieux et peuvent se traduire par des interventions (militaire, économique, humanitaire, juridique, culturelle) en Afrique, des secousses locales comme celles qui ont ébranlé les banlieues françaises en 2005, la récente polémique des « accommodements raisonnables » au Québec, ou encore le défi juridique de juger les coupables. Tout cela montre que ces violences postcoloniales relèvent également d'une dynamique qui transcende l'espace originel de leur avènement, pour affecter à une échelle plus globale les pratiques culturelles, politiques et juridiques.

En partant de l'armature institutionnelle, sociologique et juridique des sociétés postcoloniales, des productions littéraires et filmiques, le présent colloque voudrait engager une réflexion sur le bilan des violences ayant marqué l'Afrique depuis les années 1960. Il est question de déterminer la manière dont on pense ou représente la violence qu'on subit, mais aussi la possibilité de percevoir celle de l'autre. Ces violences étant devenues des catégories de représentation dans des espaces non africains, il convient d'en étudier les modalités et d'envisager les possibilités d'une paix civile ou d'une réconciliation qui donnerait, de l'Afrique aux anciennes métropoles, de nouvelles perspectives d'avenir. Ce colloque invite à définir les formes du regard qu'on (se) porte comme législateur, victime, bourreau ou bienfaiteur, ce qui permettra de voir comment on perçoit l'autre, comment on se perçoit, et quel type d'humanité se déploie dans les oeuvres.

Cette réflexion ne pourra se passer d'un questionnement sur les bases juridiques, historiques, esthétiques et politiques de pratiques qui hissent certains lieux au statut de camps, au sens de Giorgio Agamben, à savoir « un espace d'exception où la loi est intégralement suspendue. » ( Moyens sans fins. Notes sur la politique, Paris, Payot, 2002, 50). Plus important même que le questionnement des fondements historico-politiques qui permettraient d'examiner l'hypothèse d'un continuum entre la colonie et la postcolonie, la nécessité s'impose de déterminer par quels dispositifs le sujet postcolonial devient dépouillé de toute prérogative sans que ces actes soient toujours perçus comme criminels. Dans la continuité de cette manière de voir, la thèse de Fabien Eboussi Boulaga sur le « mensonge structurel » fondant cet « empire du faux » qui plonge dans la déchéance et la démission humaine (Le Génocide rwandais. Interrogation des intellectuels africains, Yaoundé, Terroirs, 2006, p. 128) nous semble fondamentale dans les interrogations qui sont au coeur de cette réflexion sur la violence. Au total, ce colloque a pour ambition de mobiliser la communauté intellectuelle autour des documents juridiques, des travaux d'écrivains, d'artistes, de cinéastes et de penseurs divers pour faire un bilan de la rhétorique de la violence après 50 ans d'indépendance et d'envisager tant les possibilités que les modalités d'un autre futur.

Axes possibles de réflexion

Les fondements juridiques de la violence postcoloniale

Les limites de la violence d'état

Guerres civiles et chaos postcolonial

État-nation et société multiethnique

Imaginaires de l'abject: filmer/écrire la violence

L'État en jachère : triomphe de l'humanitaire?

Théories du génocide

Propagandes et écritures de la haine

Possibilités et modalités de réconciliation

Violence et production des biens

Lire/voir la violence de l'autre – questions de réception

Écritures et sociétés post-conflit

Veuillez faire parvenir votre proposition de communication en français ou en anglais (250 mots), ainsi qu'une brève note bio-bibliographique à africa50@utoronto.ca avant le 30 mars 2010.

Comité d'organisation : Isaac Bazié, Josias Semujanga et Alexie Tcheuyap


Responsable : Isaac Bazie-Josias Semujanga-Alexie Tcheuyap

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Colloque interdisciplinaire: L'ambiguïté et ses contraires

Echoes of the Georgian and Victorian societies in contemporary British arts

Le naturalisme littéraire et filmique à travers le monde (AIZEN®/Pusan National University)

L'imposture à l'âge classique

Black States of Desire: Dispossession, Circulation, Transformation

Villes, frontières et changements de souveraineté en Méditerranée, XVIe-XXe siècles

Images textuelles et visuelles dans les contes de fees

Face-à-Face: Brazil-France Liaisons Exposed… Art • Theory • Politics

Mémoires du livre

Le livre dans le livre : représentations, figurations, significations

Autoportrait et altérité

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De l'Instruction publique à l'éducation nationale : quel rôle pour l'école ?

Science, technique et société : de quoi sommes nous responsables ? (Rencontres Jules Verne)

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