Apollon le couteau à la main - Une approche expérimentale du polythéisme grec
Marcel Detienne
Paru le : 08/10/2009
Editeur : Gallimard (Editions)
Collection : Tel
ISBN : 978-2-07-039887-4
EAN : 9782070398874
Nb. de pages : 350 pages
Prix éditeur : 9,90€
Eschyle le dit, il n'est pas le seul : Apollon est un dieu impur, exilé du ciel, un dieu plein de passions troubles.
Ce qui ne l'empêche pas d'être le Maître des fondations, le Seigneur de l'Oracle, le Grand Exégète dans la cité de Platon. Comment les voies de la parole peuvent-elles recouper les chemins du couteau, donc la folie du meurtre ? La piste est toute tracée, en Grèce et en grec archaïque. Il suffit de la suivre, depuis le premier pas d'Apollon sur le sol de Délos jusqu'au bras armé du couteau sur l'horizon du Parnasse.
Mais au prix d'une extrême attention portée aux détails et à toutes les données concrètes ; repérer les situations, les objets, les gestes; savoir qu'en régime polythéiste un dieu, quel qu'il soit, est toujours au pluriel, c'est-à-dire articulé à d'autres puissances, pris dans des assemblages, dans des groupements de dieux, dans des configurations d'objets et de situations sans lesquelles il n'est rien, ou si peu.
S'élabore ainsi une approche expérimentale du polythéisme, qui vise la confrontation entre polythéismes multiples, dans la matière et dans le style.
Sommaire:
J'AI L'INTENTION DE BATIR ICI UN TEMPLE MAGNIFIQUE
UNE FETE PURE, ET DU SANG SUR LA TABLE
PARMI LES BOUCHERS, UN DIEU SENSUALISTE
PRINCE DE LA COLONISATION : ARCHEGETE
FONDER-CREER UNE UNITE : L'OEUVRE POLITIQUE
LES CHEMINS DE LA PAROLE : DANS LES PAS DE THEMIS
L'ARCHITECTE DU PUR ET DE L'IMPUR
* * *
Dans le Monde des livres du /11/9, on pouvait lire un article sur cet ouvrage:
La réédition, remaniée et augmentée, de deux travaux importants de Marcel Detienne est l'occasion de prendre à nouveau la mesure de cette féconde singularité. L'enquête intitulée Apollon le couteau à la main conduit son lecteur autour des autels de sacrifices. On y découvre la face sombre du dieu clair, son côté garçon boucher. Car Apollon n'est pas seulement ce blondinet qui fait bâiller les classes, harmonieux et diaphane, équilibré et distant. C'est aussi un amateur de sang, un dieu des souillures et des graisses, de la suie, des chairs calcinées. En outre, ce dieu impur et trouble, complexe et paradoxal, apparenté à la folie du meurtre, préside au tracé des frontières, à la découpe des territoires, à la fondation des cités.
Passionnantes interrogations
Pour mettre en lumière cette déconcertante conjugaison, Marcel Detienne approche le polythéisme comme un puzzle : ne pas considérer chaque dieu isolément, comme un tout autosuffisant, mais prendre en considération des ensembles de trois, quatre, cinq dieux qui - selon les circonstances - se complètent et s'imbriquent. De ces assemblages et regroupements se dégagent les fonctions d'Apollon, et de passionnantes interrogations sur les liens secrets de la violence et du pouvoir - dans les sociétés anciennes aussi bien que dans les nôtres.
Car s'il est un art que cet anthropologue maîtrise, c'est bien la comparaison de ce qui paraît, à première vue, impossible à comparer : comportements antiques et idéologies modernes, cultures éloignées dans l'espace ou dans le temps. Ou encore disputes académiques et conflits politiques. Avec Comparer l'incomparable, le savant se fait polémiste. Il engage le fer avec les historiens, n'hésitant pas à soutenir que toute histoire, dans le fond, fait le jeu du roman national et participe à la fabrique de l'identité. En particulier en France, et chez les contemporains. De l'ancienne Athènes au Paris d'aujourd'hui, en passant par notre XIXe siècle, c'est toujours à coups d'antériorité, de morts glorieux, de cimetières et de mémoire qu'on enracine une autochtonie imaginaire dans un sang et un sol... Voilà ce que souligne une plume aiguisée.
Scandale, derechef. Mais notre homme n'en a cure. Il poursuit son chemin. Par les temps qui courent, où les débats sur l'identité nationale n'en finissent pas d'enfler pour plus de mauvaises raisons que de bonnes, il est utile d'aller lire ou relire Marcel Detienne. Incomparable, on vous dit...
APOLLON LE COUTEAU À LA MAIN. UNE APPROCHE EXPÉRIMENTALE DU POLYTHÉISME GREC. Avant-propos inédit de Marcel Detienne. Gallimard, "Tel", 364 p., 9,90 €.
COMPARER L'INCOMPARABLE. Nouvelle édition augmentée de deux chapitres inédits de Marcel Detienne. Seuil, "Points", 208 p., 8 €.
Joris-Karl Huysmans, Écrits sur la littérature
J.-L. Nancy, L'Adoration, Déconstruction du christianisme (2)
A. Herschberg Pierrot (dir.), Savoirs en récits I. Flaubert : la politique, l'art et l'histoire
M. Yourcenar, Les trente-trois noms de Dieu (rééd.)
E. Vila-Matas, Perdre des théories
J.-P. Martin, Eloge de l'apostat, essai sur la vita nova
A. Schiffrin, L'Argent et les mots
G. Mauger, C. Poliak, B. Pudal, Histoires de lecteurs
E. Marty, Roland Barthes, la littérature et le droit à la mort
J. Porée et G. Vincent (dir.), Paul Ricoeur, la pensée en dialogue
J. Herman et alii (dir.), L'Assiette des fictions. Enquêtes sur l'autoréflexivité romanesque
M. Traversier, Gouverner l'opéra. Une histoire politique de la musique à Naples 1767-1815
R. Pommier, René Girard. Un allumé qui se prend pour un phare
Marcel Proust, Cahier 71 "Dux" (2 vol.)
O. Mirbeau, Les 21 jours d'un neurasthénique
C. Jaquet, Philosophie de l'odorat
E. Dorlin, La Matrice de la race (rééd.)
J.-L. Backès, Le Mythe dans les littératures d'Europe
J.M. Downes, The female Homer: an exploration of women's epic poetry