Fabula, la recherche en littérature (appels)

« Le sens du passé » : pour une nouvelle approche théorique des Mémoires, de Commynes à nos jours

Appel à contribution

Information publiée le samedi 27 juin 2009 par Jean-Louis Jeannelle (source : Jean-Louis Jeannelle)

Date limite : 1 décembre 2009

« Le sens du passé » : pour une nouvelle approche théorique des Mémoires, de Commynes à nos jours

1-4 décembre 2010

UCL (Université de Louvain-la-Neuve) et Maison de la recherche de Paris-Sorbonne (28 rue Serpente, métro Odéon)

Colloque organisé par l'équipe « TELEM » de Bordeaux III (Marc Hersant), l'équipe « Littérature française, xixe-xxie siècles » de Paris-Sorbonne (Jean-Louis Jeannelle) et l'Université de Louvain-la-Neuve (Damien Zanone)



Objets d'un intérêt renouvelé des études littéraires depuis une trentaine d'années, les Mémoires ont souffert d'être limités à la fois dans leur extension chronologique et dans leur légitimité théorique. Considérés comme une spécificité des siècles classiques qui n'aurait que laborieusement survécu à cet âge d'or supposé, les Mémoires n'ont pas été saisis dans la longue durée, comme un modèle capable de dépasser le contexte social et culturel qui les a vus naître. Leur capacité à se renouveler et à devenir un des éléments les plus caractéristiques d'une culture française de la mémoire et de l'histoire n'a pas été véritablement interrogée. Situés en outre en marge des études sur les récits personnels, les travaux consacrés aux Mémoires ont subi l'attractivité de cadres théoriques qui en ont fortement influencé l'approche : la notion moderne d'autobiographie, en particulier, a pu fonctionner à la fois comme « autre » des Mémoires et comme « archigenre » susceptible de les intégrer mais aussi de gommer leur originalité. Le « règne de l'autobiographie » a ainsi conduit à estomper dans notre horizon culturel la singularité de « genres » perçus comme plus secondaires (Mémoires, Souvenirs, Annales, chroniques) en dépit de leur antériorité chronologique et de leur intérêt théorique propre.Ce colloque entend favoriser pour la première fois une approche globale de la tradition française des Mémoires, d'un point de vue à la fois historique et théorique, en interrogeant les principaux présupposés qui en ont jusqu'ici sous-tendu l'étude et en faisant dialoguer des spécialistes couvrant la totalité de leur extension historique. Les communications pourront se situer notamment par rapport aux questionnements suivants :



Frontières théoriques des Mémoires:

- Doit-on considérer les Mémoires comme un genre, et à partir de quelle conception de la notion même de « genre » ? Cette dimension « générique » éventuelle est-elle la même tout au long de la tradition « mémoriale » ou apparaît-elle comme un acquis historique ?

- Y a-t-il un intérêt théorique à inscrire les Mémoires dans le champ global des écrits « référentiels » ou « factuels », c'est-à-dire dans le domaine de ce que Gérard Genette nomme la « diction » ?

- Quel rapport les Mémoires entretiennent-ils avec la notion de « littérature » ? Peut-on considérer les Mémoires comme un genre littéraire ou comme l'exemple par excellence d'un statut conditionnel de la littérarité. La dimension littéraire des Mémoires est-elle une construction a posteriori de la lecture ?



Histoire des formes et des pratiques:

- Faut-il donner la même signification à la catégorie de « Mémoires » selon le siècle auquel celle-ci s'applique (de la fin du xve jusqu'au xxie siècle) ? Que désigne-t-on exactement ainsi aux différentes époques : une simple catégorie (voire un mode de classement favorisé par les éditeurs), une pratique discursive variable selon les contextes ou les époques, un modèle de composition fixe ? En somme, à travers quels principes d'unité peut-on penser - ou refuser de penser - une spécificité des Mémoires ?

- Peut-on envisager une approche des Mémoires qui couvre l'ensemble des textes ainsi désignés depuis Commynes ? Comment peut-on expliquer le désintérêt dont ont longtemps fait l'objet les Mémoires du xixe et ceux du XXe siècle en dehors de quelques glorieuses exceptions (Chateaubriand, de Gaulle) ? Cela est-il le signe d'un irrémédiable déclin ?

- Y a-t-il une spécificité des Mémoires masculins ou féminins ? Les gender studies ont-elles quelque chose à nous apprendre sur les Mémoires du XVIe siècle jusqu'à aujourd'hui ?

- On constate une étonnante absence d'études comparatistes, ne serait-ce qu'à un niveau strictement européen : n'y aurait-il pas, toutefois intérêt à s'interroger sur les variations de définition des catégories, de délimitations des corpus, de choix de grands repères chronologiques entre la France, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie ? Qu'apporterait de nouveau un examen global des pratiques nationales en la matière ?



Mémoires : entre récits de soi et fiction:

- Les Mémoires ont-ils préparé l'avènement du genre autobiographique ? Ou faut-il au contraire juger qu'ils représentent une tout autre modalité d'affirmation de soi, que l'attention accordée aux écrits personnels a conduit à négliger ?

- L'étude des rapports entre Mémoires et roman, largement explorés au milieu des années 1970 par René Démoris et Marie-Thérèse Hipp à propos du XVIIe siècle, peut-elle apporter un fondement théorique plus rigoureux au débat ? Quel rapport les Mémoires entretiennent-ils, toutes périodes confondues, avec le genre romanesque et avec la notion de fiction ? Ce rapport est-il fixe ou évolutif ?



Mémoires et champ historiographique:

- Quel rapport symétrique les Mémoires entretiennent-ils à l'histoire ? Sont-ils à proprement parler un genre « historiographique » ou pour quelles raisons théoriques ont-ils pu être intégrés au champ de l'histoire puis à d'autres moments exclus de ce champ ? Quelles modifications la frontière entre « Mémoires » et « histoire » a-t-elle connues au fil des siècles ?

- L'entrée, depuis les années 1980, dans l'ère de la mémoire et la multiplication des usages métaphorique du terme « mémoire », au singulier mais aussi et surtout au pluriel (les « lieux de mémoire », la « guerre des mémoires », les « mémoires de la colonisation »…) ne menace-t-elle pas de dissoudre les Mémoires, ainsi condamnés à long terme dans leur existence même ?

- Quel dialogue penser entre historiens et « littéraires » autour de cet objet de réflexion qui est devenu leur « bien commun » ? Comment penser la complémentarité et la spécificité de leurs approches ?



Proposition à faire parvenir à Mme Marchand-Tollet (Nadine.Marchand-Tollet@paris-sorbonne.fr) avant le 1 décembre 2009

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