De mieux en mieux ...
Darcos: "Je dis (...) à ces bloqueurs : méfiez-vous ! parce que l'opinion se retourne, les étudiants ne supportent plus, les familles non plus ; et il n'y aura pas de diplôme, il n'y aura pas de licence ès-grève, de mastère en pétition ou de doctorat en blocage. Donc, on ne donnera pas de diplôme à ceux qui auront fait en sorte que les universités ne fonctionnent pas."
Rappel: Xavier Darcos est Supermenteur (Lettre ouverte, pétition etc.)
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Universités : à quoi joue le gouvernement ? (Blog de Sylestre Huet - 11/05/09) + retranscription des propos de Darcos + communiqués de SLU, Autonome Sup et QSF.
La gestion de la crise universitaire par le gouvernement devient franchement bizarre. Ce matin, sur RTL, Xavier Darcos s'est lancé dans un discours violent, réduisant la contestation à "quelques dizaines d'individus qui bloquent les établissements" qui "n'auront pas de diplômes" en grèves, blocage et pétition (lire son intervention en fin de note).
Il semble également que Valérie Pécresse et Xavier Darcos aient proposé que l'inscription aux concours du CAPES ou de professeur des école donne automatiquement une première année de master, sans aucun contrôle de connaissances. «Qui brade les diplômes ?», s'insurge Sauvons l'université (lire communiqué en fin de note).
De son côté Autonome Sup, tout en condamnant les blocages accuse l'UMP de jeter de l'huile sur le feu, notamment par
la proposition de loi mettant la nomination des personnalités
extérieures aux Conseils d'administration des universités dans les
mains du gouvernement (lire en fin de note).
Examens et diplômes d'un côté, mastérisation de l'autre sont les points saillants de la phase actuelle de la crise. La contestation, elle, continue, sous des formes variées.
Alors que le sentiment de gachis s'étend - gachis pour les étudiants, les universitaires, les universités, mais aussi pour leur capacité à se réformer - la question de la responsabilité de cette situation s'impose. Les derniers épisodes de cette crise éclairent les premiers. La léthargie du gouvernement, en janvier, alors que la Conférence des Présidents d'Université avait sonné le tocsin dès le 5janvier. Puis le discours provocateur de Nicolas Sarkozy le 22 janvier. Le refus d'engager de véritables discussions avec les acteurs majeurs du mouvement universitaire et les petites manoeuvres de Valérie Pécresse pour éviter d'annoncer ses reculs partiels aux principaux animateurs de de mouvement. Les reculs confus sur la mastérisation et le décret sur le statut des universitaires.
Tout cela pouvait sembler de la maladresse, aujourd'hui, cela ressemble plutôt à une politique du pire délibérée mêlant le calcul politicien, la volonté de briser toute résistance, mais également celle de vider les amphis des universités de SHS les moins bien considérées par le pouvoir, ce qui permettra de justifier par la suite les baisses de crédits. Après tout, c'est en cohérence avec l'analyse de l'UMP selon laquelle ces formations généralistes ne débouchent pas sur l'emploi et sont inutiles
Sans partager nécessairement cette critique radicale, même certains des acteurs les plus modérés de cette crise, Lionel Collet, le président de la CPU , le syndicat Autonome Sup, le collectif Défense de l'Université ou Qualité de la Science Française (lire communiqué en fin de note) le reconnaissent : le gouvernement porte la lourde responsabilité de sa durée, de ses conséquences.
Voici les propos de Xavier Darcos, ce matin sur RTL, consacrés à l'Université
J-M Aphatie
: Certaines universités françaises vont entrer dans leur quinzième
semaine de désordre. Parmi les causes de ces désordres, le décret qui
réorganise la formation des futurs professeurs ; et une rumeur dit,
Xavier Darcos, que vous pourriez modifier ce décret cette semaine. Vrai
ou faux ?
Xavier Darcos : Non. Nous sommes en discussion.
L'affaire est compliquée à comprendre du grand public, n'est-ce-pas. Il
s'agit de savoir si oui ou non on va recruter les professeurs à bac +
5. Tout le monde est d'accord. C'est comme ça dans tous les pays
développés et ça permettra surtout d'améliorer les débuts de carrière
des enseignants. Ils seront mieux payés. Or, aujourd'hui, ils sont
recrutés pour la plupart d'entre eux à bac + 3. Comment passe-t-on de
bac + 3 à bac + 5.
Bac + 3 en 2009 ; Bac + 5 en 2011. Comment fait-on entre les deux ?
Donc, c'est la question que nous posons aujourd'hui. Nous avons déjà
décidé de maintenir les épreuves, les mêmes que celles de naguère pour
éviter que les préparations soient troublées. Maintenant, nous essayons
de voir comment ceux qui seront dans l'intermédiaire en M1,
c'est-à-dire en quatrième année, comment nous pourrons ou pas les
recruter. Ce sont des questions qui sont aujourd'hui en discussion.
Mais ça a toujours été l'objet de la discussion de fond.
J-M Aphatie : Mais vous espérez sortir quand même de tous ces troubles, cette semaine, en proposant des choses ou vous n'en proposerez pas de nouvelles aux partenaires syndicaux ?
Xavier Darcos : Mais nous ne faisons que cela. Il y a une commission même qui a été mise en place, qui est présidée par le recteur de Bordeaux, monsieur Marois et le président de Toulouse Mirail, monsieur Fillastre qui accompagnent les suivis de la réforme. La discussion n'a pas cessée. De toute façon, vous voyez bien, Jean-Michel Aphatie, ne tournons pas autour du pot, que dans les vingt universités qui sont -pour partie- encore troublées sur 85, il ne s'agit pas de savoir si on est pour ou contre ceci ou cela, il s'agit de quelques dizaines d'individus qui bloquent les établissements et qui font que les élèves les plus modestes, ceux qui financent leurs études, ceux qui ont besoin d'avoir leur diplôme avant l'été, ceux dont les familles se saignent aux quatre veines pour leur payer des études, eh bien ceux-là, ils seront dans une difficulté énorme. Ils ne pourront pas peut-être valider leur semestre. Les blocages qui persistent ne sont pas légitimes, selon vous aujourd'hui, Xavier Darcos ? Les blocages qui persistent nuisent aux étudiants les plus fragiles. Et pensez aux étudiants étrangers ! Aujourd'hui, il y a des étudiants qui vont avoir des diplômes partout, des diplômes prestigieux. Ils sont à Princeton, ils sont à Cambridge, ils sont à Law Down School of Economics, ils sont à Madrid's, ils sont à Hambourg et ils ne sont plus dans certaines de nos universités et tout cela est extrêmement grave. Je dis d'ailleurs à ces bloqueurs : méfiez-vous ! parce que l'opinion se retourne, les étudiants ne supportent plus, les familles non plus ; et il n'y aura pas de diplôme, il n'y aura pas de licence ès-grève, de mastère en pétition ou de doctorat en blocage. Donc, on ne donnera pas de diplôme à ceux qui auront fait en sorte que les universités ne fonctionnent pas.
Voici le communiqué publié ce jour d'Autonome Sup, qui demande : Qui est pyromane à l'université ?
AUTONOMESUP attire l'attention sur la gravité de la situation de nombreuses universités bloquées ou perturbées par des minorités violentes. Si ce blocage continue, la valeur des diplômes ne pourra pas être garantie et le choix sera entre la suppression de la session de juin et la dévalorisation des diplômes. Les blocages sont une atteinte à la liberté d'expression et d'enseignement. Ils prennent en otage les étudiants, notamment les plus modestes qui n'ont que la qualité de leur diplôme pour entrer dans la vie professionnelle et qui voient anéantis leurs projets et les efforts financiers consentis durant l'année. Enfin, ils portent atteinte à l'image de l'université française. Cette situation est particulièrement grave dans le contexte européen : des milliers d'étudiants européens sont en train de perdre le semestre qu'ils sont venus passer chez nous. Quelle sera la crédibilité internationale de l'Université française ? Déjà, des milliers d'étudiants se détournent de l'université pour aller vers l'enseignement supérieur privé qui, depuis la réforme du L. M. D, délivre les mêmes grades universitaires.
En jouant le pourrissement et la diversion, le ministère de l'enseignement supérieur porte la lourde responsabilité de la radicalisation du mouvement des universitaires. Mais ceux qui bloquent aujourd'hui les universités sont en train de tuer l'Université. Particulièrement attachée au service public universitaire, AUTONOMESUP estime que la défense de celui-ci passe par un très haut niveau de qualité, ce qui est le devoir des universitaires. AUTONOMESUP appelle donc tous les universitaires à leurs responsabilités et invite les étudiants à reprendre les cours sans tarder : avec celui de l'Université française, c'est leur avenir qui est menacé.
Mais le pouvoir doit s'abstenir de toute provocation : le dépôt par B. Apparu, rapporteur de la loi LRU, d'un projet de modification de cette loi pour faire nommer par les recteurs les personnalités extérieures non élues du Conseil d'administration et leur permettre de participer à l'élection du président est particulièrement scandaleux. AUTONOMESUP affirme depuis longtemps que la loi LRU doit être modifiée sur des points capitaux (mode d'élection du CA, limitation des pouvoirs des présidents, place des composantes, rôle du CS, respect du statut national des universitaires…). Mais, alors que l'université française est dans le chaos (nous l'annoncions en janvier !) et que le travail de réflexion sur la modification de la LRU initié par le député D. Fasquelle est au point mort, la seule modification de la loi LRU qu'on propose consiste à faire nommer par les recteurs, représentants des ministres, les personnalités extérieures non élues du CA (seront-elles indépendantes si elles sont nommées par le pouvoir ?) pour peser sur l'élection des présidents, ce qui ne saurait être légitime que si ces personnalités étaient désignées par les organismes qu'elles doivent représenter.
Une telle proposition ne peut apparaître que comme une volonté de reprise en main des universités et donc comme une provocation inacceptable dont les effets seront dévastateurs dans le contexte actuel. B. Apparu jette de l'huile sur le feu et, apparemment, « on » le laisse faire : quel est le but poursuivi ? Qui est pyromane à l'université ? Cette proposition doit être immédiatement retirée si l'on veut ramener le calme, ce que nous demandons dans la première partie de ce communiqué. Nous en appelons aux plus hautes autorités de l'Etat pour faire cesser les provocations de ce genre.
Michel GAY Jean-Louis CHARLET Secrétaire général et Président d'AUTONOMESUP
Voici le communiqué de Sauvons l'Université sur la mastérisation et l'annonce que l'inscription au concours de recrutement vaudra première année de master :
La volonté des ministères de mettre en place à
tout prix la réforme de la formation et du recrutement des enseignants
du primaire et du secondaire (« masterisation ») alors que toutes les
universités publiques ont refusé de mettre en place des maquettes de
master pour ces nouvelles formations conduit à des
décisions extravagantes et met en cause l'équilibre et la diversité de
l'offre de formation au niveau master dans les universités françaises.
En effet, dans le cadre des discussions en cours entre des syndicats et
les ministères de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur
et de la recherche, une proposition curieuse vient d'être avancée :
attribuer une première année de master (M1) à tout étudiant qui se
serait inscrit à une préparation à un concours de recrutement, même
s'il ne réussit pas ce dernier !
Une telle décision est susceptible d'avoir des conséquences graves à court terme.
1.
Mécaniquement, elle produira une disparition de nombreux masters,
notamment dans certaines disciplines comme les mathématiques ou les
lettres et sciences humaines puisqu'il suffira de s'inscrire dans une
préparation à un concours pour décrocher un M1.
2. Mécaniquement,
elle affaiblira encore plus, de la sorte, le secteur de la recherche
dans les universités de taille moyenne qui pourraient ainsi tendre à se
« spécialiser » dans la seule formation des enseignants au niveau
master et perdre leurs écoles doctorales.
3. Mécaniquement, elle rendra immédiatement visible et effective
l'existence d'un contingent important de « reçus-collés » qui auront
leur M1 sans avoir été reçus au concours de recrutement.
En outre, si on ajoute que cette mesure « transitoire » catastrophique pourrait bien être reconduite faute d'élaboration à temps de maquettes de masters d'enseignement, elle revient à inventer un nouveau moyen de pression pour obliger les universités à préparer des maquettes de master pour la formation des enseignants alors qu'elles ont refusé de le faire.
Le prix à payer pour la reconnaissance légitime d'un niveau de formation plus élevé pour les étudiants qui auront échoué au concours ne saurait être d'imposer la mastérisation des formations telle que l'entend le gouvernement actuel. Cette mesure apparemment limitée relève donc d'une manipulation et illustre les effets néfastes de l'opacité et de la précipitation qui marquent encore et toujours l'action des ministères concernés.
Un autre exemple de ce type de manoeuvres est la mise en place
des « groupes de travail » et de la commission ad hoc créés par le
gouvernement. Un petit nombre de réunions a été prévu dont la durée ne
permet en aucun cas de réfléchir sérieusement à la formation et au
recrutement des enseignants. En outre, prévaut, ici comme ailleurs, le
principe d'une segmentation des questions interdisant toute
appréciation d'ensemble. Une commission (Marois-Filâtre) semble chargée
de mettre en musique l'ensemble mais on ne sait pour l'heure que deux
choses de cette instance : les noms de ceux qui la dirigent et le temps
extrêmement limité qu'elle pourra consacrer à ses travaux puisqu'elle
devra rendre ses conclusions le 15 juillet. Tout cela ressemble fort à
l'éphémère mission de médiation sur le statut des
enseignants-chercheurs en février dernier dont on a pu constater qu'il
s'agissait d'une simple affaire de communication (on se demande
d'ailleurs où est passée la médiatrice en question). Même la CPU, qui a
pourtant placé l'un des siens à la tête de ladite commission semble
l'avoir compris dans son communiqué du 7 mai 2009 sur la question. Tout
cela n'est pas le gage, une fois de plus, d'un processus susceptible
d'être accepté par une majorité des acteurs de cette formation...
C'est pourquoi, en réponse à la Ministre de l'enseignement
supérieur et de la recherche qui s'indigne de l'éventualité qu'advienne
une validation des connaissances en mai-juin 2009 « alors que les
enseignements n'auraient pas été délivrés normalement » (entretien
publié le dimanche 3 mai), SLU demande : qui brade les diplômes ?
voici le communiqué de Qualité de la Science Française :
En adoptant la stratégie de la temporisation et de l'enlisement, la ministre de l'enseignement supérieur a fait en sorte que les universités françaises connaissent ces derniers mois le plus long conflit de leur histoire. Après trois mois de promesses vagues et de concessions piégées, Mme Pécresse reproche aux universitaires d'avoir mis en péril la délivrance des diplômes universitaires. Elle porte, avec M. Darcos, la responsabilité de la crise et de son aggravation. Dans cette situation déjà difficile, les tendances les plus extrémistes du mouvement, notamment parmi les étudiants, demandent soit la suppression des examens soit la validation automatique du semestre. Ces solutions ne sont pas acceptables, puisqu'elles sont illégales et nuisibles à la réputation des universités. La politique du pire doit être rejetée. La situation étant variable selon les universités, les enseignants sauront proposer des modalités diverses de contrôle des connaissance pour permettre la validation du semestre et la délivrance des diplômes.
Mme Pécresse a récemment annoncé que la commission Marois-Filâtre, chargée d'élaborer des propositions pour la réforme du recrutement et de la formation des maîtres, doit rendre son rapport avant le 15 juillet. QSF, qui entend participer à la concertation sur ces propositions, fait remarquer que cette échéance est trop rapprochée. Le report de la mastérisation, annoncé par le ministère en mars, implique, pour être effectif, que les concours et leur préparation se fassent en 2009-2010 dans les mêmes conditions qu'auparavant, et qu'on se donne le temps d'une réflexion approfondie, sans être contraint par le cadre de la réforme imposée par le ministère de l'éducation nationale en octobre 2008. QSF rappelle que le dispositif prévu mettait en péril la formation à la recherche en superposant plusieurs logiques : celle de l'initiation à la recherche, celle de la formation disciplinaire des enseignants, et celle de la professionnalisation.
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