Fabula, la recherche en littérature ()

Maurice Scève. Délie object de plus haulte vertu,

Parution livre

Parution : novembre 2001.

Information publiée le dimanche 2 décembre 2001 par Cécile Alduy


Maurice Scève. Délie object de plus haulte vertu , texte annoté et établi par Eugène Parturier, introduction et bibliographie par Cécile Alduy, Paris, Société des Textes Français Modernes, octobre 2001.


En 1544 paraissait chez Sulpice Sabon Délie, de Maurice Scève. Œuvre unique, isolée entre deux générations poétiques irréductibles, celle de Marot et celle de la Pléiade, elle marque l’entrée de la poésie lyrique amoureuse française dans la modernité, à la fois en tant que premier "canzoniere" écrit sur le modèle de Pétrarque, mais surtout comme œuvre maîtresse qui pose l’autonomie du champ littéraire et l’absolu du langage poétique. À l’occasion de la réimpression par la Société des Textes Français Modernes du texte de référence établi par Eugène Parturier en 1916, une introduction inédite dresse le bilan de quarante années de recherche scévienne, de 1960 à nos jours. Accompagnée d’une bibliographie critique exhaustive, elle servira d’outil indipensable pour aborder un texte réputé difficile, et en cerner les enjeux théoriques, poétiques, herméneutiques et historiques.


Au silence ou au dénigrement qui marquèrent près de trois siècles et demi d’oubli, a en effet succédé une avalanche de publications et une fascination non dissimulée pour l’obscurité même qui fut tant reprochée à Délie. La nouvelle préface de Cécile Alduy recense cette abondante production et cartographie les apports qu’elle nous lègue en dégageant plusieurs grands domaines d’investigation. "Le sens de l’obscur" aborde la question séminale de l’obscurité, de ses motifs et de son élucidation dans Délie. Cette question n’a cessé de guider de nombreuses études, dans un perpétuel retour à l’expérience première du texte, labyrinthique et déroutante. La question du langage se lit à la fois comme motif thématique de l’ineffable et de l’impuissance poétique, comme pratique, avec la création d’une syntaxe propre, et comme herméneutique. L’hermétisme supposé de maints dizains n’est que le signe d’une perpétuelle quête de sens, mais aussi le moyen de réactiver cette dernière chez le lecteur lui-même, appellé à reproduire la recherche d’indices et de clés de l’amoureux et du poète.

Les cinquante emblèmes qui émaillent la suite des dizains continuent eux aussi de poser problème : ni leur nature (devise ou imprese), ni leur statut, ni leur fonction structrale ou iconographique ne font l’unanimité.

Sous la rubrique "ordre et désordre" sont exposées les avancées de la recherche concernant la genèse de l’œuvre et les hypothèses concurrentes afférant à sa structure, de l’interprétation numérologique et néo-platonicienne aux constructions post-structuralistes pour lesquelles le texte du recueil est un réseau d’échos et de liens à distance qui transcendent la linéarité apparente de la succession des poèmes et déjouent toute narrativité. La poétique de l’œuvre se lit aussi dans l’énigme de son titre, tour à tour envisagé comme référent biographique ou mythologique, signifié caché (l’Idée platonicienne), ou comme pur signifiant propices aux équivoques signifiantes (délit, délices, délire, délier). L’inconscient du texte se lit alors dans cette déroute des ignifiants et ce jeu de paronomase généralisée.

Enfin, l’analyse des sources et de l’intertexte a bénéficié de nouvelles exigences méthodologiques en ce domaine, et la critique s’est penchée sur des aspects encore méconnus de l’œuvre, tels que l’intrusion du politique dans le lyrique ou l’arrière-plan idéologique d’une œuvre baignée d’un évangélisme diffus.



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