Edgar Quinet, Philosophie de l'histoire de France. Postface de Jean-Michel Rey
Editions Payot
Collection Critique de la politique
Paru le 15 avril 2009
176 pages
18 euros
ISBN-13 : 978-2-228-90418-6
Edgar Quinet publie en 1857 ce livre Philosophie de l'histoire de France. Il s'agit pour lui de mettre en évidence les postulats sur lesquels travaillent les grands historiens du moment, quand ils entreprennent d'écrire, au milieu du XIXe siècle, une histoire de France : Augustin Thierry, Guizot, Louis Blanc, Buchez et Roux. Ce qui le frappe, c'est une convergence de vue de la part d'historiens venus d'horizons très différents, une connivence qui les pousse à se réclamer des mêmes valeurs. Tous ont pour "philosophie" une sorte de fatalisme, en considérant que l'histoire de France devait aboutir à l'état politique présent. Par un tel biais, c'est à une justification de tous les errements de cette histoire qu'ils procèdent, à une légitimation des épisodes les plus sombres de ce qui fait notre récit national. "Philosophie" à moindre frais qui est le lot de ces savants et dont Edgar Quinet montre qu'elle ressemble de très près à ce que faisaient les Pères de l'Eglise avec l'Ancien Testament. Edgar Quinet insiste également sur le fait que ces historiens mettent en oeuvre une servitude volontaire : comme si l'hypothèse de La Boétie s'était déplacée du terrain du pouvoir à celui du savoir. D'où son souhait au terme de cette critique particulièrement virulente de la discipline historique du moment : que tout homme qui pense puisse avoir "sa nuit du 4 août", c'est-à-dire renonce à ses prétentions illégitimes.
Jean-Michel Rey, dont les travaux sont au croisement de la philosophie et de la littérature, montre, dans sa Postface, la place qu'occupent ces différents motifs dans l'oeuvre de ce penseur politique qu'est Edgar Quinet. Il met en relation ses analyses avec celles de Nietzsche, de Péguy, de Valéry et de Walter Benjamin, en suggérant qu'ils s'inscrivent, chacun à sa façon, dans le sillage de cette pensée. En soulignant ce qui fait la grande originalité d'Edgar Quinet : qu'il est l'analyste des ombres, des spectres et d'autres phénomènes du même ordre, notamment le "membre fantôme" ; qu'il est philologue et qu'il prête donc attention aux faits de langage, aux mots qui tiennent lieu de réalité ; que sa démarche relève plus de la généalogie que de l'histoire. Jean-Michel Rey trace ainsi le portrait d'un des philosophies les plus importants de l'époque qu'il est temps de découvrir et dont les propos peuvent nous aider à comprendre les postulats sur lesquels repose la politique présente.
G. Steiner, Chroniques du New Yorker
M. Belhaj Kacem, Inesthétique et mimésis
M. Deguy, L'état de la désunion
Joris-Karl Huysmans, Écrits sur la littérature
J.-L. Nancy, L'Adoration, Déconstruction du christianisme (2)
A. Herschberg Pierrot (dir.), Savoirs en récits I. Flaubert : la politique, l'art et l'histoire
Bertrandon de la Broquère, Le Voyage d'Orient
A. Giraffi, La Révolution de Naples
M. Yourcenar, Les trente-trois noms de Dieu (rééd.)
E. Vila-Matas, Perdre des théories
J.-P. Martin, Eloge de l'apostat, essai sur la vita nova
A. Schiffrin, L'Argent et les mots
G. Mauger, C. Poliak, B. Pudal, Histoires de lecteurs
E. Marty, Roland Barthes, la littérature et le droit à la mort
J. Porée et G. Vincent (dir.), Paul Ricoeur, la pensée en dialogue
J. Herman et alii (dir.), L'Assiette des fictions. Enquêtes sur l'autoréflexivité romanesque
M. Traversier, Gouverner l'opéra. Une histoire politique de la musique à Naples 1767-1815
R. Pommier, René Girard. Un allumé qui se prend pour un phare