Fabula, la recherche en littérature (appels)

Parade sauvage nº 23 (2011), dossier sur l'Album zutique

Appel à contribution

Information publiée le mardi 10 février 2009 par Alexandre Gefen (source : Seth Whidden)

Date limite : 1 octobre 2010

Parade sauvage : revue d'études rimbaldiennes nº 23 (2011), avec un dossier sur l'Album zutique (dir. Seth WHIDDEN)


Depuis le célèbre « incident Carjat » lors d'un dîner des Vilains Bonshommes, on a tendance à insister sur la précocité de Rimbaud, « De Charleville s'arrivé », au sein du groupe. (Léon Valade alla jusqu'à le décrire, dans une lettre à Jules Claretie du 11 octobre 1871, comme « le plus effrayant exemple de précocité mûre que nous ayons jamais vu » (1).) Cependant, à trop mettre l'accent sur la contribution de Rimbaud, on a tendance à négliger l'atmosphère déjà bien zutique du cercle ; en effet, Verlaine constatait déjà en 1869 dans une lettre à François Coppée que « le dîner […] des Vilains Bonshommes […] s'[était] enrichi d'un album où toutes les ignominies sont seules admises » (2).

Ces ignominies ne sont nullement le résultat du tout premier cénacle littéraire ; en ceci les Bonshommes s'inscrivent dans une longue tradition (3). De même, ce cercle zutique n'est qu'un exemple du fumisme qui se répand au fur et à mesure qu'approche la fin de siècle (4). En quoi ces zutistes étaient-ils différents des autres groupes d'artistes et d'écrivains ? De quoi s'agit-il, au juste, dans l'Album zutique, et quelle place y occupe réellement le jeune carolopolitain ?

Cet Album se caractérise en partie par son aspect fortement collaboratif. Si on a depuis longtemps traité avec peu de respect la littérature écrite en collaboration – dans Les Faux-monnayeurs, Olivier affirme qu' « aucun chef-d'oeuvre n'est le résultat d'une collaboration » (5) – , ce choix d'écriture est davantage admis dans le théâtre et dans la prose, les lecteurs et la critique manifestant un certain attachement au mythe du poète comme génie solitaire (6).

L'étude de la contribution rimbaldienne à l'Album se complique davantage à cause de la variété des textes. Certains parodient des dizains de François Coppée : si l'analyse de l'aspect parodique dans le contexte socio-littéraire de l'époque s'est déjà montrée extrêmement prometteuse (7), ce travail appliqué de manière approfondie aux textes rimbaldiens dans l'Album zutique reste à faire. Une telle étude doit prendre en considération des poèmes complets qui ont heurté la critique d'autrefois comme « Mais enfin, c…. » et des « Bouts-rimés » – morceaux de vers incomplets – et d'autres contributions zutiques qui ne figureraient assurément pas dans un bilan traditionnel d'une oeuvre poétique. La critique a également peu évoqué les audaces de versification de Rimbaud dans l'Album zutique (8) ; des poèmes monosyllabiques, des sonnets complets, des poèmes en distiques, des « Vieux Coppées » : comment regrouper des textes aussi divergents que ceux-ci ? Dans d'autres textes de l'Album, on note le conflit entre la forme et le fond, une tension très présente dans le recueil, à divers degrés (9) ; déjà dans sa lettre à Coppée, Verlaine traitait l'Album de « monument gougnotto-merdo-pédérasto-lyrique ». L'édition de Rimbaud, toujours en évolution, doit se confronter à la question de prendre ou non au sérieux une série de poèmes intitulée « Conneries » : que faire de ce paradoxe ? Derrière les choix éditoriaux, du bruit ou du silence critique, il faut savoir quelle importance attribuer à ces textes dans l'oeuvre de Rimbaud, et déterminer la manière dont la critique rimbaldienne a lu et compris ces poèmes, depuis leur parution il y a plus de soixante ans.

D'autres textes encore relèvent du domaine social et remettent directement en question la matière de base de la poétique – ici on pense par exemple au poème « Paris » de la même série « Conneries », et son bilan : « Al. Godillot, Gambier, / Galopeau, Volf-Pleyel, / – Ô Robinets ! – Menier, / – Ô Christs ! – Leperdriel ! ». Toute goutte d'encre tombant de la plume de Rimbaud relève-t-elle de la littérature, de la poésie ? (10). Sera remis en question, dans le contexte de toute l'oeuvre rimbaldienne, le statut de ses contributions à l'Album qui existent le plus souvent dans une sorte de « no man's land » critique inséré à la suite des catégories (déjà factices et problématiques) de « Poésies », « Derniers vers », etc., entre le sérieux et le ludique, tout à la fois à cheval entre ces ensembles et nulle part. Si, comme l'a constaté Valade dans une lettre à Emile Blémont, « c'est un génie qui se lève » (11), dans quelle mesure l'époque zutique a-t-elle aidé le génie rimbaldien à se lever, à devenir génie ? La période zutique constitue-t-elle chez Rimbaud « une étape pivot, un moment charnière dans son évolution poétique » ? (12)

Ce numéro de la revue Parade sauvage : revue d'études rimbaldiennes rassemblera des études sur le célèbre recueil de 1871. (Dans une autre partie du numéro, « Varia », la revue fera également de la place pour quelques autres études sur Rimbaud qui ne traitent pas l'Album.)

La situation de Rimbaud dans l'Album zutique, et de l'Album zutique au sein de l'oeuvre de Rimbaud : telles seront les deux axes selon lesquels se poursuivront nos questions. Le discours rimbaldien – « sérieux, ludique et satirique, pouvant tout aussi bien être ironique, polémique, humoristique » (13) – trouve donc sa place dans le discours zutique. Ce dossier spécial de la revue Parade sauvage, sur « Rimbaud et l'Album zutique », se propose de remettre en lumière cette période de l'oeuvre du poète, en soulignant particulièrement les rôles qu'y jouent la parodie, la collaboration et l'aspect socio-littéraire du projet zutique. L'équipe de rédaction de la revue vise un équilibre entre des articles généraux portant sur l'Album (où Rimbaud sera toutefois sollicité) et des études de poèmes ou de séries de poèmes de Rimbaud appartenant à ce même ensemble.

Les personnes intéressées sont priées d'envoyer une proposition d'article (un titre et un résumé d'une dizaine de lignes) d'ici le 1er octobre 2009 à Seth Whidden (seth.whidden@villanova.edu / paradesauvagerevue@yahoo.fr). Les textes, d'une longueur maximale de 30 000 signes (espacements compris), devront être envoyés au plus tard le 1er octobre 2010.

Réception d'articles : jusqu'au 1er octobre 2010

Réponse du comité de rédaction : novembre 2010

Date limite pour réception d'épreuves corrigées : 15 janvier 2011

Parution du numéro : mars 2011

(1) Cité dans Jean-Jacques Lefrère, « Quand Rimbaud comparaissait devant les Vilains Bonshommes », Parade sauvage, 14, 1997, 57.

(2) Paul Verlaine Correspondance générale, éd. Michael Pakenham, tome 1 (1857–1885), Paris, Fayard, 2005, 158.

(3) Voir sur ceci les études d'Anthony Glinoer sur le petit cénacle et la poésie cénaculaire, dont « Collaboration and Solidarity : The Collective Strategies of the Romantic Cenacle » in Models of Collaboration in Nineteenth-Century French Literature : Several Authors, One Pen, éd. Seth Whidden, Ashgate, 2009, à paraître.

(4) Voir Daniel Grojnowski, Aux commencements du rire moderne : L'esprit fumiste, José Corti, 1997.

(5) André Gide, Les faux-monnayeurs, Paris, Gallimard/Folio, 1925, 357.

(6) Voir notre « Introduction : On Collaboration » dans Models of Collaboration in Nineteenth-Century French Literature, op. cit.

(7) Voir les études importantes de Daniel Sangsue, dont (entre autres) : La Relation parodique, Paris, José Corti, coll. Les Essais, 2007; et La Parodie, Paris, Hachette, coll. Contours littéraires, 1994.

(8) A une exception près: celle de Benoît de Cornulier, « L'Alexandrin zutique métricométrifié », Rimbaud cent ans après, Parade sauvage colloque 3 (5-10 septembre 1991), éd. Steve Murphy, Charleville-Mézières, 1992, 83-86.

(9) Voir Steve Murphy, Le Premier Rimbaud ou l'apprentissage de la subversion, Paris/Lyon, CNRS/Presses universitaires de Lyon, 1990, 252. Pour « la présence rimbaldienne […] on ne peu plus variée » dans l'Album, voir notre « Les Transgressions de Rimbaud dans L'Album zutique », Parade sauvage, numéro spécial, hommage à Steve Murphy, 2008, 404-413.

(10) On a posé cette question dans un autre contexte, dans « Réponse à une enquête : ‘L'homme à la grammaire espagnole' », Histoires littéraires, 22, avril-june 2005, 64-66.

(11) Etiemble, Le Mythe de Rimbaud, t. 1, Paris, Gallimard, 1968, 36.

(12) Françoise Dragacci-Paulsen, « De l' “Album zutique” et du poème rimbaldien (fin septembre 1871-mars 1872) », Studi francesi 125, 42, mai-août 1998, 245. Voir aussi Kristin Ross, The Emergence of Social Space : Rimbaud and the Paris Commune, University of Minnesota Press, 1988, 134-136.

(13) Françoise Dragacci-Paulsen, op. cit., 252.


Responsable : Parade sauvage: revue d'études rimbaldiennes

Url de référence :
http://www.villanova.edu/paradesauvage

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