Vers un système à plusieurs vitesses ?
Les débats restent virulents autour de la réforme-phare de Valérie Pécresse.
par V. Soulié.
Qu'ils l'apprécient ou non, tous reconnaissent son habileté. La ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, a réussi à faire passer sa réforme-phare sur l'autonomie (LRU) des universités dès août 2007. Et à l'heure où elle entre en application, ses adversaires se sont tus. Mais la ministre n'a pas pour autant gagné la partie. Les inquiétudes demeurent sur les conséquences de cette réforme - ajoutées à celles du plan campus destiné à financer des projets de prestige. Et les débats sont toujours aussi virulents autour des mêmes thèmes : le risque d'un désengagement de l'Etat et l'émergence d'un système universitaire à plusieurs vitesses, bien plus marqué qu'aujourd'hui.
On retrouve parmi les protestataires les pourfendeurs de la LRU, les syndicats d'enseignants du supérieur comme le Snesup ou les étudiants de l'Unef. Huit présidents d'université ont aussi récemment dénoncé dans Le Monde la faiblesse de leurs budgets et «le double langage de la ministre». C'est nouveau : Valérie Pécresse s'était appuyée sur les responsables universitaires pour faire passer sa réforme qui leur accorde de nombreux pouvoirs - sur la nomination des enseignants, l'embauche de contractuels, etc.
Lorsqu'on évoque un retrait, la ministre réplique qu'au contraire, l'Etat n'a jamais autant donné. Présentant les budgets 2009 des universités, elle a vanté «une hausse sans précédent». En réalité si les chiffres augmentent tant, c'est essentiellement parce que, cette année, le ministère y a inclus «les crédits de mise en sécurité» destinés à mettre aux normes des bâtiments délabrés.
Surtout en 2009, l'Enseignement supérieur n'a pas été épargné par les suppressions des postes - 900 au total. Le ministère a en outre procédé à une redistribution des emplois. «On en a enlevés aux universités où les effectifs étudiants ont diminué pour donner à celles où ils ont augmenté, c'est une question de justice», a plaidé Valérie Pécresse. Le problème est que pour de petites universités en perte de vitesse, supprimer des emplois risque de les rendre encore moins attrayantes. Derrière cela, c'est une logique des résultats que la ministre tente d'imposer. Ainsi, selon le nouveau mode - très contesté - d'allocation des moyens, la «performance» compte pour 20 % avec des critères comme le taux d'insertion professionnelle des étudiants ou de réussite en licence. L'«activité», qui compte pour 80 %, sera évaluée à partir du nombre d'étudiants présents aux examens, et non plus inscrits, et celui des enseignants-chercheurs publiants. Comme avec la LRU, les universités de sciences humaines et sociales, ou pluridisciplinaires, craignent d'y laisser des plumes.
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