Fabula, la recherche en littérature ()

A. Berman, L'Âge de la traduction. "La tâche du traducteur" de Walter Benjamin, un commentaire.

Parution livre avec compte rendu publié sur Acta

Parution : décembre 2008.

Information publiée le dimanche 30 novembre 2008 par Julia Peslier (source : Laurent Zimmermann)


Antoine Berman, L'Âge de la traduction. "La tâche du traducteur" de Walter Benjamin, un commentaire.

Textes rassemblés par Isabelle Berman avec la collaboration de Valentina Sommella.


Presses Universitaires de Vincennes, coll. Intempestives, décembre 2008.

Sortie en librairie le 11 décembre 2008

Prix: 20 €, 188 pages.

ISBN: 978-2-84292-222-1

EAN: 9782842922221


Ce livre a fait l'objet d'un compte rendu dans Acta fabula: "L'acte de traduction", par M. Dosse.





Présentation - Extraits

"Le commentaire « donne à penser », comme dit Heidegger. Et donnant à penser, il nous permet de nous éloigner de lui pour penser tous seuls. Loin d'être une « explication de texte » servile et paraphrasante, le commentaire est la meilleure manière, non seulement de penser un texte, mais de penser à partir de lui. Éventuellement contre lui. (p. 66)

Comme nous, Benjamin percevait que la « demeure » du langage était menacée, et plus radicalement à notre époque qu'à aucune autre ; comme nous, il voyait dans la traduction l'une des formes de préservation de sa « demeure ». (p. 24)

Assurément, historiquement, les langues se contaminent, se mélangent, entrent en contact. […] Arrachant l'oeuvre et sa langue à la sphère de la communication, la traduction libère la pure essence de la langue, qu'est la lettre. (p. 178)"



L'auteur

Antoine Berman dispensa pendant plusieurs années au Collège International de Philosophie un enseignement sur les problèmes de la traduction. Le séminaire que nous publions ici est un commentaire de l'article de Walter Benjamin « La Tâche du traducteur », un travail sur la lettre, proche lui-même de l'acte de traduire. Il souligne la puissance théorique de ce texte, en analyse le détail et montre les conséquences de cette pensée pour toute pratique de la traduction. L'oeuvre d'Antoine Berman est aujourd'hui l'une des références majeures pour tous ceux – philosophes, linguistes, littéraires – que préoccupe le rapport entre les langues.


* * *

Lire le compte rendu de l'ouvrage sur le site nonfiction.fr:

"Vers une langue plus pure".



* * *


Dans Libération du 22/1, on pouvait lire un article sur cet ouvrage:


La pure langue décryptée Critique

Traductologie. Quand Antoine Berman étudie Walter Benjamin.


ROBERT MAGGIORI

    Antoine Berman L'Age de la traduction. «La Tâche du traducteur» de Walter Benjamin, un commentaire Texte établi par Isabelle Berman, avec la collaboration de Valentina Sommella, Presses universitaires de Vincennes, 186 pp., 20 euros.

    Si on se demandait ce qu'est une «pure langue», sans doute attendrait-on longtemps la réponse, ne voyant pas d'emblée de quelles impuretés - son histoire, son étymologie, son usage ou son mésusage ? - la langue pourrait se défaire pour être pure. Dans la Tâche du traducteur, un court texte de 1921 conçu comme prologue à sa traduction des Tableaux parisiens de Baudelaire, Walter Benjamin définit la «pure langue», die reine Sprache, comme ce que chaque langue veut dire mais que seule la totalité des vouloir-dire de toutes les langues atteint, ou encore comme «prose du monde messianique». Etrangères, les langues s'excluent, mais, à un autre niveau, s'additionnent, se «complètent mutuellement» : lorsque, dans leur totalité, elles le font, apparaît la «pure langue». Dans la mesure où elle est à chaque fois union de langues, transport bijectif d'une langue à l'autre, accueil, «mariage», c'est donc la traduction qui, à terme, en est la représentation, ou, pour reprendre une métaphore benjaminienne, reconstitue le «grand vase brisé» de la pure langue. Si pour Mallarmé la langue pure de la poésie «rachète» le «défaut des langues» (leur multiplicité), pour Benjamin, la pure langue issue de la traduction est la «résolution» de ce défaut.

    Arbre. La Tâche du traducteur est un texte aussi fascinant qu'énigmatique, une sorte de «crypte» dans laquelle «l'essence de la traduction se trouve à la fois montrée et cachée». Impossible à résumer ou à citer, «car aucune de ses affirmations ne peut être détachée sans aussitôt devenir gratuite et sans fondement», il semble fait pour être commenté et «cette "commentabilité" constitue l'une de ses dimensions essentielles». A son commentaire, Antoine Berman a consacré tout le séminaire qu'il a tenu au Collège international de philosophie en l'hiver 1984-85. Il vient d'être publié sous le titre l'Age de la traduction.

    Le texte de Benjamin a déjà suscité d'innombrables études, et intrigué des penseurs tels que Gadamer, Agamben, Cacciari, Derrida ou Ricoeur. Mais il y a au moins deux raisons de surligner celle que propose Antoine Berman dans l'Age de la traduction. La première tient à sa qualité intrinsèque : une lecture d'une précision sans égal. La seconde à la figure même de l'auteur, rien de moins que le plus important théoricien de la traduction, ou l'un des artisans de la transformation du «problème de la traduction», qui, longtemps rivé à une branche de la linguistique, de la philologie, de la critique ou de l'herméneutique, est devenu, avec le développement des translations studies ou de la traductologie, un «arbre», producteur d'un savoir spécifique, dont les fruits retombent sur la philosophie, le droit, la science, la littérature… Aussi doit-on souhaiter que ce séminaire, qui aide à éclairer la «métaphysique du langage» de Benjamin, ou comprendre les raisons pour lesquelles la traduction serait préservation de la «demeure» menacée de la langue, aidât aussi à remettre au premier plan l'oeuvre de Berman.

    «Espaces».Né en 1942, Antoine Berman a été emporté par la maladie à 49 ans. Traducteur (espagnol, allemand), directeur du Centre Jacques-Amyot, il n'a pas eu de grande chaire universitaire et a assuré une direction de programme au Collège international de philosophie dès sa fondation en 1984. Par des articles et un seul (1) ouvrage, l'Epreuve de l'étranger. Culture et traduction dans l'Allemagne romantique (Gallimard, 1984), il a acquis le statut international de «référence», conforté par la publication posthume de Pour une critique des traductions : John Donne (Gallimard, 1995). De nombreuses thèses lui sont consacrées, relatives à sa conception de la traduction comme «travail sur la lettre», à la «critique des traductions» ou au «tournant éthique» qu'il a imposé à la traductologie.

    La traduction, disait-il, a un grand potentiel créatif, et, de moyen de reproduction-copie, déformation ou trahison de l'Altérité, peut devenir le lieu d'accueil de l'Etranger en tant que tel, et réaliser ainsi cette finalité morale qu'avec Ricoeur et Derrida il appelle hospitalité. Les logiques d'annexion et d'appropriation des «autres espaces de langue» qui ont caractérisé l'Occident n'ont pas eu cette visée. Raison de plus pour (ré)découvrir un théoricien du nom d'Antoine Berman qui donnait à la traduction la tâche de miner la «logique du Même».

    (1) A. Berman a aussi dirigé les Tours de Babel (Trans-Europ-Represss, Mauvezin 1985), où figure son étude «La traduction et la lettre ou l'auberge du lointain».


    Url de référence :
    http://www.puv-univ-paris8.org/ouv_liste.php?SCE=APARAITRE

    Derniers ouvrages parus :

    Ph. Stewart, L'Invention du sentiment: roman et économie affective au XVIIIe s.

    Les Antigones contemporaines (de 1945 à nos jours)

    R. Simanowski, J. Schäfer, P. Gendolla (dir.), Reading Moving Letters

    P. Genancia, Descartes, chemin faisant

    Vie d'Isarn, abbé de Saint-Victor de Marseille (XIe siècle)

    B. Louichon et A. Rouxel (dir.), Du corpus scolaire à la bibliothèque intérieure

    D. Edelstein, The Terror of Natural Right. Republicanism, the Cult of Nature, and the French Revolution

    O. Figes, Les Chuchoteurs. Vivre et survivre sous Staline

    S. Sontag, Renaître. Journaux et carnets (1947-1963)

    S. Sontag, Le Bienfaiteur

    P. Schmitt-Pantel, Hommes illustres. Moeurs et politique à Athènes au Ve s.

    F. Gros, Marcher, une philosophie

    A. Bergren, Weaving Truth: Essays on Language and the Female in Greek Thoughts

    J. Herrman (ed.), Hyperides. Funeral Oration

    C. Rosset, Tropiques. Cinq conférences mexicaines

    N. Di Méo, Le cosmopolitisme dans la littérature française

    O. Bessard-Banquy, La Vie du livre contemporain

    M. Chassagnol, N. Prince et I. Cani, Peter Pan. Figure mythique

    J.-P. Sarrazac & M. Consolini (dir.), Avènement de la mise en scène/Crise du drame. Continuités-discontinuités

    P. Di Folco (dir.), Le Dictionnaire de la Mort

    G. Dotoli, Traduire en français du Moyen Âge au XXIe s

    G. Dotoli, Le Français, langue d'Orient ?

    C. Castoriadis, Démocratie et relativisme. Débats avec le MAUSS

     P. Bourdieu, R. Chartier, Le Sociologue et l'Historien

    R. Grutman, C.  Milat (dir.), Lecture, rêve, hypertexte


    Fil d'information RSS    Fabula sur Facebook    Fabula sur Twitter