Borges – France
IV Colloque International de Littérature Comparée
Buenos Aires, Universidad Católica Argentina
2, 3 et 4 septembre 2009
Faire mention des réserves, voire de l'impatience de Borges à l'égard de la culture française est un lieu commun ; l'abondance d'allusions à la littérature française dans son oeuvre suggère néanmoins une position à la fois ambiguë et productive. Borges définit Breton comme le maître d'oeuvre de manifestes turbulents, écrits en prose rimée ; il voit en Rimbaud un artiste en quête d'expériences qu'il ne put réaliser ; il oppose « Paul Bourget (de l'Académie française) à Joseph Conrad (de l'Océan Indien) ». Interrogé sur Saussure, il répond: « Le nom m'est familier, mais moins que Chaussure et que Saucisse. » Sartre, qui l'avait publié dans Les Temps modernes l'aborde pour lui dire toute son admiration : Borges regrette de ne pas connaître son oeuvre. Vanité, préméditation, dépendance de la critique, sont les griefs les plus communs à l'égard des lettres françaises, constituées selon lui par « des écrivains qui ont passé leur vie à se définir » car « il n'existe pas de littérature plus self-conscious que la française ». — Sauf celle de Borges ?
Il y a lieu en effet de s'interroger sur les dialogues que le créateur de Pierre Ménard a pu établir avec cette tradition. Si son enfance est marquée par une bibliothèque de livres en anglais, son adolescence à Genève construit le mythe singulier d'un Borges francophone. Ce capital symbolique devait lui être précieux dans un pays latino-américain comme l'Argentine, où la classe lettrée avait cherché en France, dans la pensée et le discours français, les moyens de s'affranchir de l'Espagne au dix-neuvième siècle. Une liste des auteurs passés en revue à partir de 1936 par Borges lui-même dans El Hogar suffit pour se faire une idée de l'ampleur de cette présence. La célébration constante de l'Angleterre par Borges peut d'ailleurs être relue à partir de l'hégémonie culturelle française en Argentine: il s'agit là d'une filiation stratégique, volontairement choisie. Cependant, en privé, comme l'a récemment révélé le Borges de Bioy Casares, les opinions s'adoucissent et le lecteur devine chez l'Argentin une connaissance étendue de la culture française et un dialogue permanent avec sa tradition. Dans cette optique, Paul De Man a proposé d'inscrire les fictions borgésiennes dans la lignée du Candide de Voltaire: la fascination pour le savoir encyclopédique et ses farces, la fiction philosophique et le conceptisme ironique qui incite à rire, apparenteraient Borges à l'esprit des Lumières. De manière générale, sa pratique d'écriture, tout comme les problèmes théoriques exposés dans les essais, convoquent régulièrement des écrivains – Montaigne, Voltaire, Pascal, Flaubert, Schwob, Valéry – qui excèdent de loin le statut de simple « affinité élective » attribué par la critique (et par Borges lui-même).
On sait par ailleurs le rôle capital qu'a joué la France dans la diffusion internationale de son oeuvre. Entre la première publication chez Gallimard dans la collection « La Croix du sud », le Cahier de l'Herne et les Oeuvres Complètes, se succèdent les réflexions de M. Foucault, de J. Derrida, de M. Blanchot, de G. Genette, de M. Lafon : le texte borgésien fait preuve en France d'une étonnante productivité critique et éditoriale. Au-delà des traces évidentes, des filiations implicites et des influences voilées, le rapport Borges–France s'inscrit ainsi dans une perspective comparatiste qui amène à une relecture du rapport entre la fiction et ses contextes d'écriture et de réception. Borges au prisme de la France, la France au prisme de Borges: le champ de recherche est complexe et reste partiellement exploré; le propos de ce colloque est d'en ébaucher les contours.
Axes de réflexion proposés
"Il divisa l'univers en quarante catégories ou genres, subdivisibles en sous-genres, subdivisibles à leur tour en espèces."
- Présence de la littérature française dans le texte borgésien et de Borges dans les littératures française et francophoneLa Comedia espagnole du Siècle d'Or en France
Histoire de la Linguistique Cognitive (Colloque SHESL 2009)
Penser le lieu : imaginaires de la fiction
Le roman des années vingt entre avant-garde et modernité : le romancier et ses doubles (juin 2009)
Le roman des années vingt entre avant-garde et modernité : le romancier et ses doubles (mai 2009)
M. Murat: Louis Aragon, roman (séminaire "Le roman des années vingt entre avant-garde et modernité")
« Aulu-Gelle et la poétique : Les Nuits attiques à travers les âges »
Modernités antiques (janvier 2009)
Yves Bonnefoy. Regards étrangers, recherches actuelles
Où va le marché des concepts ? Réflexions sur les orientations du champ théorique moderne
"Les Hommes préfèrent les blondes" : représentations de la blondeur dans les arts