Une étrange polémique s'est développée la semaine dernière, entre passion et déraison, vraies hantises et purs fantasmes. A l'origine un appel d'offres des ministères de l'Education et de l'Enseignement supérieur pour une «veille de l'opinion». La machine s'emballe alors très vite : dans les médias, particulèrement sur le Net, on parle de «flicage», de «fichage». La réalité paraît pourtant bien plus banale.
«Contagion». Le 7 novembre, le site fabula.org (sur la recherche en littérature) fait état le premier du fameux appel d'offres daté du 15 octobre. «Il faut le voir pour le croire», écrit-il à côté du document. Certaines formulations font effectivement froid dans le dos. On parle de «repérer les leaders d'opinion et les lanceurs d'alerte», d'«anticiper et d'évaluer les risques de contagion et de crise», etc. (lire ci-dessous). La liste des «sources surveillées» est impressionnante : entre autres, «les sites commentateurs de l'actualité, revendicatifs, informatifs, des syndicats, des partis, des militants d'associations, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux», etc.
Sur le Net, c'est l'émoi : on voit la main de Big Brother s'abattre sur un monde où jusqu'ici la liberté semblait totale. Les enseignants sont en plus de grands blogueurs. Certains pressentent déjà les sanctions qui tomberont à la moindre critique. On apprend pourtant que cette «veille» existe déjà depuis 2006, sous Gilles de Robien, et que tous les grands ministères en ont une. La délégation à la communication, à l'origine de l'appel d'offres, fournit des explications. Devant l'explosion du Net, la revue de presse des médias classiques ne suffisait plus. D'où cette demande d'analyse plurimedia qui s'apparente à un web monitoring. Des précisions ont toutefois été ajoutées dans l'appel d'offres de cette année, notamment sur «les lanceurs d'alerte». «Il fallait préciser au maximum pour le prestataire», argue-t-on. Nécessaire ou non, cela ressemble à une maladresse.
Edvige. L'émotion persiste. Pour deux raisons au moins. D'abord elle exprime une hypersensiblité, particulièrement de la communauté éducative, à tout ce qui ressemble à du fichage. On a vu la mobilisation contre le fichier Edvige. Il y a eu aussi le mouvement contre la base élèves, ce fichier que le ministère voulait introduire dans le primaire, avec des questions sur la nationalité des parents, sur la langue parlée à la maison, sur les suivis particuliers de l'enfant, etc. Sous la pression, ces items ont finalement été retirés.
Ensuite, il y a le climat de plus en plus dégradé dans lequel le ministre impose ses réformes. Chacune de ses mesures suscite désormais la suspicion. Plusieurs syndicats - le Sgen-CFDT et le SE-Unsa - s'engouffrent d'ailleurs dans la polémique. Si vous voulez écouter l'opinion, disent-ils en substance, relancez le dialogue social. Ils s'inquiètent aussi du coût du dispositif alors même que l'on supprime des milliers de postes : 100 000 euros pour l'Education nationale, 120 000 pour l'Enseignement supérieur et la Recherche.
Heureusement il en faut plus pour décourager les enseignants-blogueurs. Un professeur des écoles de Colomier, près de Toulouse, vient d'appeler à «la désobéissance pédagogique» et annonce qu'il n'appliquera pas les nouveaux programmes. Il encourt une sanction. Mais son inspecteur l'a reconnu : il a d'abord usé de la «voie normale», le courrier.
Et toujours sur le site de Libération:
Stéphane Mahon dirige la société i &e Décision qui, depuis deux ans, assure la «veille de l'opinion» pour les ministères de l'Education et de l'Enseignement supérieur. Il explique à Libération le sens de son travail et dément toute connotation policière.
En quoi consiste cette «veille» ?Ma société existe depuis quinze ans. A l'époque, je découpais des articles de journaux papier. Aujourd'hui avec le Net, on doit prendre en compte une infinité de sources qui ne sont pas toutes pertinentes. Notre travail est de distinguer ce qui ressort du bruit et ce qui fait sens. Nous faisons donc une analyse du discours Internet.
Sur un sujet comme l'éducation, il y a énormément de choses, plus ou moins intéressantes. La France détient en outre un nombre record de blogueurs. Mais il y aussi les forums, les sites d'informations, spécialisés, syndicaux, des grands médias, qui expriment des idées. Lorsqu'on veut prendre le pouls de l'opinion, c'est important d'y aller voir. C'est une forme d'attention à l'expression publique.
Concrètement comment faites-vous ?Nous sommes quatre chargés d'études, sociologues, sémiologues, communicants, tous connaisseurs de ces sujets. On retient un certain nombre de thèmes - la réforme du lycée, celle des programmes du primaire, etc. - qui orientent notre recherche. Chaque semaine, on remet des rapports d'études de quatre pages. On y indique les lignes de force dans l'opinion, on décrit la situation à partir des analyses de textes, puis notre vision de l'évolution.
En aucun cas nous ne disposons d'outils d'identification des personnes. Les blogueurs, dont beaucoup emploient des pseudonymes, ne nous intéressent pas en tant que tels. Nous cherchons plutôt les éditorialistes, les leaders d'opinion. J'insiste : nous revendiquons un socle déontologique très fort. Nous menons une activité d'expertise en langage et en sciences humaines totalement apolitique. Nous livrons des analyses de l'opinion de façon photographique.
Tous les ministères sont équipés de ce type d'outils. Mais l'éducation est sans doute le thème qui mobilise le plus. J'ai travaillé pour le ministère de la Justice où il y a aussi des tensions. Pourtant c'est un thème moins débattu sur le Net.
Sur combien de sources travaillez-vous ?Sur six cents en permanence, avec une qualité extrêmement diverse sur le Net. En fait, on prend en compte l'ensemble des médias, en ligne ou traditionnels. Car il n'y a pas de sphère étanche. Les médias nationaux font un article qui, mis en ligne, est ouvert à la discussion.
Vous comprenez que des termes comme «repérer les lanceurs d'alerte» puissent choquer ?Je ne vais pas dire «Il y a là un lanceur d'alerte» au cabinet de Darcos. C'est un terme sociologique qui, sorti de son contexte, a pris une connotation policière très négative. En fait le «lanceur d'alerte» est celui qui en avançant un nouvel argument va faire évoluer l'opinion. En fait c'est un leader d'opinion.
La clé du problème est l'opinion, savoir où elle en est à un moment donné, sur un sujet. L'Internet est un concentré du pire et du meilleur, de choses pathétiques et extrêmement puissantes.
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Motions de l'université de Rouen - dont rétention des notes
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La répression contre les lycéens mobilisés ne prend pas de vacances (communiqué de Sud Lycéen)
"Forte baisse du nombre des étudiants d'ici 2017" (lemonde.fr 1/1/9).
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