Fabula, la recherche en littérature (debats)

"V. Pécresse lance le Contrat doctoral unique", par S. Huet (sciences.blogs.liberation).

Points de vue et débats

Information publiée le mardi 14 octobre 2008 par Marc Escola


Le 8/10/8: Sur le blog de S. Huet, http://sciences.blogs.liberation.fr/



Valérie Pécresse lance le Contrat doctoral unique


"Hier, lors d'une réunion au Collège de France, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche Valérie Pécresse a officialisé le futur contrat des doctorants. "Un contrat unique", a t-elle précisé, dont l'objectif est de faire du doctorat "le diplôme phare de l'enseignement supérieur, plus prestigieux que le diplome d'ingénieur", me déclarait-elle la veille.

Ce contrat unique de droit public (de trois ans plus un possible), dont les détails restent à établir en concertation, a t-elle promis, avec des interlocuteurs comme la Confédération des jeunes chercheur (CJC), remplacera tous les contrats existants. Sa philosophie : donner au doctorant l'ensemble des garanties et couverture sociales d'un contrat de travail normal, avec les cotisations afférentes (sécurité sociale, maladie, vieillesse, maternité), et l'obligation de se préparer à l'insertion professionnelle, ce qui permet d'affirmer que le doctorat constitue une expérience professionnelle et non une seule période de formation, comme le réclamaient depuis longtemps les organisations syndicales.

Après l'extinction des "libéralités" qui truffaient les laboratoires, en particulier en biologie, de précaires sans couvertures sociales, toute démarche visant à solidifier le statut social des doctorants est bon à prendre. Surtout que la ministre veut faire passer un message : l'Etat aurait enfin compris qu'il faut agir afin de placer le doctorat en haut de la pyramide des diplômes, non seulement du point de vue de l'Université (ça, c'est évident) mais du point de vue des employeurs, publics et privés. Et là, c'est une autre paire de manche.
Cela suppose en effet une double révolution, côté Grandes Ecoles et côté employeurs. Tant que les milliers d'élèves-ingénieurs se verront sussurer par leurs enseignants qu'il vaut mieux aller travailler direct avec son diplôme à bac plus cinq que de faire une thèse, le nombre de ceux qui s'engagent dans cette voie restera ridicule. Tant que des dirigeants d'entreprise continueront de débiner le doctorat - "qui serait un moins par rapport au diplome d'ingénieur" - on en restera là. Et tant que les conventions de branche professionnelle ou les accords d'entreprise ne stipuleront pas que l'on embauche un docteur es-sciences à un salaire supérieur à celui d'un jeune ingénieur sorti d'une INSA, il sera difficile de convaincre plus d'ingénieurs de faire ce "détour" long et difficile.

Pourtant, l'une des conséquences néfastes pour l'économie en est bien connue : la plupart des dirigeants d'entreprise n'ont pas d'expérience personnelle de la recherche, ni de réseaux d'anciens condisciples et amis dans les labos. J'ai entendu récemment le chiffre de 17% seulement de docteurs es-sciences dans les équipes de recherches industrielles. Si c'est vrai, la frilosité traditionnelle en innovation des entreprises françaises est profondément enracinée dans leur recrutement. Valérie Pécresse annonce son intention de secouer tout ça pour que "le monde du travail reconnaisse le doctorat comme diplome phare". On verra..
Côté rémunération, la ministre insiste sur les décisions prises ces deux dernières années pour la revaloriser. Avec l'allocation de monitorat, désormais accessible à tous les allocataires de recherche du ministère, "chaque doctorant peut disposer de 1985 euros par mois".

Si l'on doit saluer les effort de moralisation du gouvernement et de solidification du statut du doctorat, il n'en demeure pas moins un problème : celui du nombre. Ayant baissé de 225 le nombre des allocations pour 2009 relativement à l'année 2008, le ministère est dans ses petits souliers... au point de vanter les décisions prises par les Conseils Régionaux (tous sauf un dirigés par les socialistes) d'intervenir sur ce terrain en finançant des doctorants. Au fond, la réflexion gouvernementale est qu'il y a assez de docteurs es-sciences formés chaque année... alors que l'on stagne autour des 10.000, loin derrière l'Allemagne par exemple. Une vision malthusienne qui s'accorde mal avec un avenir où le niveau de qualification générale s'élève et où l'innovation est censée constituer le moteur de l'économie.

Ci dessous l'extrait du discours de Valérie Pécresse qui traite du contrat unique de doctorant :

Et pour renforcer encore l'attractivité du doctorat, j'ai décidé de proposer un nouveau contrat pour les doctorants, plus simple, avec plus de garanties et qui peut s'adapter au cas par cas. Ce nouveau « contrat doctoral » comme il conviendra de le nommer, sera donc un contrat unique pour les universités et les organismes de recherche. Ce contrat sera conclu pour une durée de trois ans, et pourra être prolongé d'un an, pour des raisons particulières liées soit à la thèse soit à la vie personnelle du doctorant comme une maternité ou un congé maladie.

Par ailleurs, le contrat doctoral apportera toutes les garanties sociales d'un vrai contrat de travail, conforme au droit public. En particulier, l'employeur devra proposer au doctorant toutes les formations nécessaires à l'accomplissement de ses missions, que ce soit la préparation de sa thèse ou les activités complémentaires qui lui seront confiées.

Car le contrat doctoral sera un contrat unique, qui pourra prévoir que le doctorant assure des fonctions qui sont le propre même des métiers de la recherche, à savoir la valorisation, les missions de conseil ou d'expertise pour les entreprises ou les collectivités publiques, et bien sûr l'enseignement.

Enfin, le contrat doctoral prévoira que le salaire pourra être négocié, au-dessus d'un minimum, bien sûr, mais sans plafond. Ainsi, les universités et les organismes de recherche pourront être réellement compétitifs pour attirer les meilleurs dans leurs laboratoires, même au niveau de la thèse. De leurs côtés, les jeunes diplômés de master ou les jeunes ingénieurs pourront vraiment s'engager dans une thèse sans devoir renoncer à toute prétention salariale comme c'est le cas aujourd'hui.

Car il faut orienter plus de jeunes ingénieurs vers une première expérience de recherche, avant de rejoindre d'autres métiers, de la production, de la finance ou du management. Il faut aussi donner à la recherche publique les moyens d'attirer les meilleurs de chaque génération, pour que l'excellence scientifique ne soit pas un concept appartenant au passé de l'Europe, mais bien une réalité de son quotidien, aujourd'hui et demain."


Url de référence :
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2008/10/valrie-pecresse.html

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