
For more than forty years, L'Esprit Créateur has published studies on French and Francophone literature, film, criticism, and culture. The journal features articles representing a variety of methodologies and critical approaches. Exploring all periods of French literature and thought, L'Esprit Créateur focuses on topics that define French and Francophone Studies today.
Vol. 48, no 3 (automne 2008) - Nouvelles dramaturgies d'Afrique et des diasporas:
cantate des corps, sonate des voix
Sous la direction de Sylvie Chalaye
Sylvie Chalaye
La Voix des corps: prologue
Vingt ans après!
il y a vingt ans, en 1988, un jeune auteur togolais encore inconnu, étudiant en philosophie, envoyait Le Carrefour au Concours Théâtral
Interafricain de Radio France International et remportait le Grand Prix
avec une pièce qui au lieu de convoquer l'image attendue de l'Afrique
donnait à voir un simple carrefour où se retrouvent un homme, une
femme, le montreur de pantin et le poète, une pièce où les personnages
ne sont plus définis comme africains ou même noirs, mais sont avant
tout des corps et des voix humaines. La pièce bouscula les idées reçues
sur ce que devait être l'africanité du théâtre africain! Et Kossi
Efoui fut montré du doigt comme un auteur qui avait quasiment... (Extrait)
Sylvie Chalaye
Pour une poétique des corps en écritures
Convoquant facilement danse, chant et musique,
les expressions scéniques africaines ont habitué les spectateurs à voir
dans les théâtres d'Afrique une esthétique centrée autour du corps et
de l'incarnation charnelle. Le mouvement des corps et le retentissement
des voix ont longtemps suffi à convoquer une théâtralité spécifique à l'esthétique africaine et à la dramaturgie des théâtres d'Afrique.
Aussi, quand dans les années 90 certains dramaturges comme le Togolais
Kossi Efoui, l'Ivoirien Koffi Kwahulé, le Tchadien Koulsy Lamko, le
Congolais Caya Makhélé, compagnon de Sony Labou Tansi revendiquent le
textocentrisme de leur démarche et défendent la littérarité de leur écriture dramatique, des voix se lèvent pour crier à l'imposture. Ces
théâtres qui s'appuieraient sur l'écrit et défendraient un répertoire
dramatique africain à venir ne seraient pas des écritures proprement
africaines. L'anthropologue Françoise Gr�nd, dans un numéro de Notre
librairie de juillet 1990 entièrement consacré aux théâtres du sud,
dirigé par... (Extrait)
Edwige Gbouablé
Langage du corps et voix d'auteur dans le théâtre de Sony Labou Tansi: une écriture de l'alibi
Le
corps dans le théâtre de Sony Labou Tansi ne constitue pas une simple
catégorie intégrée au texte dramatique. C'est un réceptacle de la
pensée du dramaturge, l'écho ou du moins la forme scripturale de
ses convictions. La relation corps/voix s'entend dès lors, selon une
perspective dialectique dans laquelle les termes s'engendrent et
s'expliquent mutuellement. Il s'agira pour nous de montrer que le
corps, à la fois matérialité humaine, champ lexical et organisation
textuelle, est soumis à une vision sociopolitique mais surtout est
engagé dans une problématique du comment dire. De là, ses enjeux
esthétiques qui posent certainement les bases d'une génération de
textes aux structures complexes et au langage hors norme. La Parenthèse
de sang, Je soussigné cardiaque, Le Coup de vieux, Antoine m'a vendu
son destin, Une chouette petite vie bien osée et Qui a mangé madame
d'Avoine Bergotha ? sont les pièces à partir... (Extrait)
Virginie Soubrier
Une physique de la voix: réflexions sur le théâtre de Koffi Kwahulé
De Cette Vieille
Magie Noire (1993) à Misterioso-119 (2005), Koffi Kwahulé écrit une
trentaine de pièces. Ses propositions dramaturgiques, toujours
inédites, soulèvent néanmoins les mêmes questions: comment, dans un
monde contemporain traversé par la violence (génocides, attentats
aveugles, misère matérielle et culturelle...), affirmer une présence?
Comment, dans un système économique mondial où il meurt à force d'être
quantifié et codifié, susciter à nouveau le désir du politique? Comment échapper aux programmes et aux scenarii, véritables dénis des individus
et des subjectivités? Comment, en un mot, dessiner un espace commun,
ouvert à toutes les singularités? Ces questions éminemment politiques,
l'auteur d'origine ivoirienne les pose en élaborant une poétique de la
voix fondée sur la relation organique qu'il entretient avec le jazz:
aux personnages des dramaturgies traditionnelles, Kwahulé, grand
admirateur de Monk et de Coltrane, préfère les voix et leur agencement
musical. En... (Extrait)
Laurence Barbolosi
Le Théâtre de Kossi Efoui: polyphonie épique ou épopée lyrique
De violence en violence, de transit en transit, les corps qui
parcourent le théâtre de Kossi Efoui apparaissent comme autant de lieux
de mémoire où le croisement de leurs voix épiques entonne le chant
d'une histoire collective à peine perceptible, tant les strates de la
survivance leur ont imposé celles de l'oubli. Traces mnésiques ou corps
spectraux, ils retracent le chemin de cette perte de l'histoire en
rassemblant les restes d'un récit dont les noms ou les mots disséminés à la surface de leur chair tentent de reconstituer le sens d'une
humanité ensevelie. "On a déjà perdu la mémoire des chemins [...] Dès
le départ, on a déjà trop voyagé / sans hublot ni fenêtre pour se
souvenir des chemins de retour", dit la Mère dans Concessions.
Cortège de corps outragés, les personnages de Kossi Efoui se frayent un
passage dramaturgique à travers l'évocation des voix anonymes restées
muselées à la stèle des violences de l'histoire coloniale. Leurs voix
se répondent, se répètent ou se déploient en un... (Extrait)
Dominique Traoré
Corps, voix et voies du dialogue
L'une des particularités des
dramaturgies contemporaines d'Afrique noire francophone est de
s'inscrire dans une poétique de la décomposition, c'est-à-dire une
sorte de radicalité dans le rapiècement des catégories théâtrales. Si
le dérèglement de la fable, de l'espacetemps et des personnages en est
la face visible, ces écritures fragmentées sous-tendent une mise en
spectacle du langage écrit. Un langage qui devient objet et enjeu de sa
propre théâtralisation et qui, de ce fait, met en oeuvre une forme
spécifique d'oralité dont la configuration s'opère à travers le couple
corps / voix et les différentes facettes que ce couple fait prendre à
ce qui reste du dialogue, cette "unité discursive, de caractère énonciatif, obtenue par la projection à l'intérieur du discours-énoncé,
de la structure de communication". Au-delà du corps-présence physique
dont les figures du personnage restent au théâtre l'incarnation
scénique, nous appréhendons ici le "corpstexte". Il s'agit en
réalité d'une corporéité dans le langage. Et justement, la voix est
l'une des matérialisations de cette corporéité dans le... (Extrait)
Christophe Konkobo
Entre-deux, entre jeux: l'intermédialité dans les théâtres contemporains
Les dramaturgies subsahariennes
contemporaines se caractérisent par une minimalisation de l'action
dramatique au profit d'une diversification des moyens narratifs qui
confèrent dans bien des cas la structure du conte à la fable. La
prépondérance de l'épique dans ces dramaturgies impose à l'écriture une
démultiplication des ressorts esthétiques qui permettent au verbe
d'acquérir la dynamique nécessaire pour articuler et véhiculer la
fable. L'intermédialité, qui est l'usage de médias dans un système
signifiant d'une autre nature, est un des ressorts dramaturgiques dont
se servent constamment deux auteurs subsahariens contemporains : Koffi
Kwahulé et Kossi Efoui. Nous analyserons le fonctionnement de
l'intermédialité dans le théâtre de ces deux dramaturges où la présence
de médias tels que la télévision, la radio et la vidéo dans le tissu
même de la fable confère au texte la force de l'oralité.
L'intermédialité engendre des espaces intertextuels qui, dans le cas de
ces... (Extrait)
Sylvie Ngilla
Frapper les rythmes, frapper les corps: dramaturgie du k.o. chez Koffi Kwahulé et Kossi Efoui
Le théâtre, la boxe et
la musique sont des arts de la performance dans lesquels l'action
physique produit "un effet esthétique immédiat" selon l'expression du
théoricien Gérard Genette. Ces trois arts convoquent la puissance des
rythmes et des corps dans le cadre de certaines règles de leur milieu
respectif. C'est le dialogue de ces trois formes artistiques en
mouvement immédiat dans les oeuvres de deux dramaturges contemporains
africains francophones qui nous intéresse ici, cet entremêlement du
théâtre, de la boxe et de la musique orchestrée par une dynamique des
'chocs' qui frappent les rythmes aussi bien que les corps que nous
allons tenter d'analyser dans Cette vieille magie noire (1993) de Koffi
Kwahulé, comme dans L'Entre-deux rêves de Pitagaba conté sur le
trottoir de la radio (2000) de Kossi Efoui. Kwahulé et Efoui évoquent
l'histoire d'un boxeur déchu. La pièce de Kwahulé retrace l'ascension
et la déchéance du... (Extrait)
Stéphanie Bérard
Percussion et répercussion des voix dans le théâtre de Gerty Dambury
Poète,
dramaturge et nouvelliste, Gerty Dambury est une écrivaine qui refuse
les frontières, les limites, et lutte contre l'enfermement, la sclérose
et l'asphyxie. Partageant depuis des années sa vie entre la Guadeloupe,
où elle est née, et Paris, où elle travaille aujourd'hui, Gerty Dambury
est résolument ouverte au monde. Elle s'insurge violemment contre toute
tentative de classification, de catégorisation et n'hésite pas à
dénoncer l'inanité des étiquettes, que ce soit celles de "francophone" ou de "postcolonial", qu'on a trop souvent tendance à coller aux
auteurs antillais et africains. Dans un entretien accordé à Suzanne
Houyoux en juin 1991, elle déclare : "J'espère sincèrement [...] qu'on
ne nous enfermera pas dans une spécificité antillaise de notre écriture, comme s'il était donné d'avance et pour toujours que nous
serions arrêtés au même point". Presque quinze ans plus tard, elle
réaffirme son indépendance dans un entretien que nous avons conduit en
mars 2003 (Extrait)
Gilles Mouëllic
Cette vieille magie noire de Koffi Kwahulé: un pacte avec le jazz
Haute Bretagne 2007 :
Un an après la sortie remarquée de son premier roman Babyface, Koffi
Kwahulé jouait Shadow dans Cette vieille magie noire, sa première
pièce éditée écrite en 1991, et publiait un recueil d'entretiens
intitulé Frères de son. Le titre de ce dernier ouvrage suffit à mettre
en évidence ce qui fait le lien entre l'écrivain, le dramaturge, le
metteur en scène et l'acteur : une musique née au début du XXe siècle à La Nouvelle Orléans, musique qu'on appellera le jazz. Dans ces
entretiens, dont des extraits ponctueront ce texte, Kwahulé parle
longuement de cette passion du jazz, de la manière dont la musique est
devenue peu à peu une inspiration consciente et essentielle de son
travail d'écriture. Deux étapes sont alors jugées déterminantes : Jaz,
pièce publiée en 1998, et le roman Babyface. Mais la décision de mettre
aujourd'hui en scène Cette vieille magie noire, seize ans après sa
publication, éclaire d'un jour nouveau cette influence musicale. Ce
sera l'hypothèse de cette analyse... (Extrait)
Gilles Mouëllic
Brothers in Sound: Koffi Kwahulé and Jazz
(Interviews with Gilles Mouëllic)
Ivorian playwright and novelist Koffi Kwahulé has often
remarked that he never writes without the music of John Coltrane or
Thelonius Monk in the background. Those who know his theatre note his
insistent use of repetitions, refrains, and riffs, the references to
musical numbers, the presence of jazz musicians, a yearning and
straining that mark his theatre as 'jazzy'. Music and cinema specialist
Gilles Mouëllic has been speaking on and off for several years with
Kwahulé about his creative kinship with jazz. Excerpted here are
passages from a series of conversations that probe the connection
between Kwahulé's writing and jazz poetics. Gilles Mouëllic: How did
what I'll call your "sound" encounter the sound of jazz? Koffi Kwahulé:
[After finding my own personal writing voice in French], jazz came to
me later, much later. For quite some time, I suspected that jazz was
the music of clever blacks who'd found a happy scam to help white
people part with their bulging purses.... (Extrait)
Judith G. Miller
Women's Voices, Women's Bodies in José Pliya's Theatre
Female characters pervade and embrace José Pliya's theatre. Unlike most contemporary male playwrights from Africa -- Koffi Kwahulé
being a notable exception -- Pliya likes to focus on women: "Il est de
notoriété publique que je suis un 'homme à femmes'. Ma mère, mes soeurs,
mes filles, les comédiennes vous le diront. [...] De pièce en pièce,
les personnages féminins reviennnent [...] [q]u'elles soient marâtres,
maternantes, maternelles, amantes ou épouses, incestueuses ou
partouzardes [...]." Setting aside Pliya's tongue-in-cheek literary
'womanizing', we can speculate that this alertness to women stems from
his disinterest in writing the kind of heroic epic dramas favored by
the first generation of African playwrights, which of
necessity -- because of the nature of official African history -- place
male characters at their core. Perhaps female characters, because of a
certain perceived vulnerability but also because there remains so much
to explore theatrically about women, provide a compelling metonymic
figure for the displaced... (Extrait)
Fanny Le Guen
Les Voix de femmes dans l'oeuvre de Koffi Kwahulé
Koffi Kwahulé est un dramaturge et romancier francoivoirien. Reconnu
internationalement, ses pièces sont traduites et jouées sur tous les
continents. C'est après des études à Abidjan puis à Paris, où il
obtient un doctorat d'études théâtrales, qu'il construit une esthétique
théâtrale contemporaine en interrogeant sans cesse les problématiques
dramaturgiques actuelles. Le travail de cet auteur francophone réside
dans la fabrication d'une langue originale en étroite relation avec la
musique jazz et les formes théâtrales. Koffi Kwahulé a remporté le
Grand prix international des dramaturgies du Monde (RFI/ACCT) avec
Cette vieille magie noire, et en 2006, il a été sélectionné pour le
Grand prix de littérature 2006 avec Mysterioso 119. Dans l'oeuvre de
Kwahulé, la femme a un rôle central. Dans chaque texte, la voix d'une
ou plusieurs femmes s'élève et se révolte pour affirmer sa liberté.
Même une pièce comme Big Shoot qui est un dialogue entre deux hommes
dit quelque chose-- à travers l'absence justement -- de la femme : Dans
tout ce que j'écris, il... (Extrait)
Les Précieuses. Naissance des femmes de lettres en France au XVIIe siècle (Myriam Dufour-Maître)
1848, la révolution oubliée (Maurizio Gribaudi & Michèle Riot-Sarcey)
L'invention de la culture hétérosexuelle (Louis-Georges Tin)
Les Arrière-gardes au XXe siècle (2de éd.) (William Marx)
Le plagiat par anticipation (Pierre Bayard)
Les Grandes Disparitions. Essai sur la mémoire du roman (Isabelle Daunais)
G. W. Sebald. Le retour de l'auteur (Martine Carré)
Métamorphose et identité. D'Ovide au transsexualisme (Filippo Gilardi)
Serge Goriely, Le théâtre de René Kalisky
C. Castoriadis, L'Imaginaire comme tel (inédit).
A. & A. Michel, La Littérature française et la connaissance de Dieu (1800-200)
Voltaire, Le Dictionnaire philosophique (Agrégation 2009)
S. Vignes (éd.), La Plénitude et l'exil. La nouvelle selon Claude Pujade-Renaud
H. Glevarec, É. Macé, É. Maigret (éd.), Cultural Studies. Anthologie
J. Vion-Dury (dir.), Destinées féminines dans le contexte du naturalisme européen (Agrégation 2009)
Y. Brailowsky, William Shakespeare, King Lear (Agrégation 2009)
S. Marret & C. Le Fustec (dir.), La Fabrique du genre
Hélisenne de Crenne, Les Epîtres familières et invectives, éd. Jean-Philippe Beaulieu.